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mardi 2 avril 2013

De l'éducation

Xavier Niel, le désormais trublion de la galaxie internet, vient de s'illustrer une fois de plus en lançant une école d'informaticiens, accessible sans diplôme et sans condition de ressources. Baptisée 42, accueillant 1000 étudiants par promo, dotée d'un budget de 50 millions d'euros, elle a l'ambition de former en 3 ans des "génies" aptes à s'inscrire dans une économie numérique qui représente un poids non négligeable du PIB (on parle de 5,5% en 2015). On pourra voir la conférence de presse ici, et une analyse exhaustive du modèle par Olivier Ezratty sur son blog

L'annonce a suscité beaucoup d'enthousiasme de la part des média, des milieux professionnels et des développeurs. Mais ne rencontre pas la même ferveur dans les écoles d'informatique établies, qui soulignent que : "les grandes entreprises recrutent sur diplôme". De fait, si Xavier Niel indique que c'est le savoir-faire qui est important, non le diplôme, la formation délivrée par 42 ne sera pas reconnue par l'Etat. Et le groupe Manpower de s'interroger : des geeks sans diplômes, de la science-fiction ?

Cette démarche – s'affranchir d'un cadre traditionnel de l'enseignement – s'inscrit dans un cadre plus global, amorcé depuis quelques années aux Etats-Unis, appelé MOOC. Elle reprend les idées émises entre autres dans un rapport de l'Unesco paru en 2005, Vers les sociétés du savoir, qui, constatant l'émergence de la société des réseaux, envisageait la construction de nouveaux modèles pour la "société apprenante", liant cette éducation réifiée à l'innovation. Dans cette approche, l'étude constatait une massification de l'enseignement supérieur, et notait une "compétition internationale entre les Universités", mais aussi "l'émergence de réseaux d'Universités sur le modèle des réseaux de recherche".

Ces travaux de prospective ont anticipé, aux Etats-Unis, à la création des MOOC, (pour massive open online course). Via les plateformes dédiées Coursera, Udacity, edx (le projet regroupant le MIT, Harvard et Berkeley), mais aussi de façon autonome (ainsi Yale, Princeton, Stanford...) les universités américaines proposent leurs cours gratuitement à l'ensemble de la planète.

S'il est assez étonnant de voir que le marché de l'éducation, qui représente des sommes gigantesques, découvre tout d'un coup les vertus du "gratuit" sur le modèle des sites du web2.0, il faut revenir un temps en arrière.

La révolution conservatrice des années 80 a bien évidemment touché l'éducation américaine. L'Université devenant un marché comme un autre, l'inflation s'est saisie de tous les secteurs. Ainsi, le coût des livres scolaires a augmenté de 800% aux US en 30 ans, multiplié par près de 3 par rapport à l'indice des prix. L'accès au marché a également provoqué une considérable augmentation des crédits étudiants, lesquels atteignaient fin 2012 la somme astronomique de 1000 milliards de dollars. Cet encours de crédit a des effets pervers : sur la dette en elle-même, qui est  titrisée et menace l'économie, et sur le futur de ces étudiants qui se retrouvent incapables d'accéder à d'autres marchés (eg logement ou l'achat automobile). Et pire, aliénant l'étudiant qui se retrouve étranglé par les remboursements, empêche l'innovation ou la création d'entreprise. 

Cet état de fait est comme de bien entendu défavorable aux plus pauvres, qui s'endettent pour étudier, et peuvent se retrouver en faillite personnelle, sans avoir obtenu le fameux diplôme. Pour celux-là, ce sont in fine les études qui provoquent un appauvrisseement. Comme le note le site zerohedge :

"college - a tool for making the rich richer, the poor poorer"

C'est dans cet environnement que sont apparus les MOOC.

Silicon Valley et la scalabilité

Véritablement popularisé en 2009 par un enseignant américain du nom de Salman Khan, le projet a très vite trouvé écho chez les enseignants/entrepreneurs de la Valley. Si l'on suit la courbe d'apprentissage de la Silicon Valley, le MOOC en est l'aboutissement génial. Le dernier bien culturel, le savoir, accaparé par les élites et l'argent au fil des siècles, devient massifié par une industrie à rendements croissants. Quant à la gratuité des cours, il serait plus judicieux d'évoquer les modèles freemium, ou l'économie des app à la Apple : vendre peu cher à beaucoup.

Comme l'indique l'un des fondateurs de Coursera, Andrew Ng à Nature :

“You would get a certificate that verifies you took the course for a small fee like US$10–$30”

Le calcul est rapide ; ainsi d'un cours d'intelligence artificielle de l'Université de Stanford suivi par 160.000 étudiants de par le monde, et achevé par 23.000, qui ont représenté plus d'élèves que l'ensemble des étudiants de Stanford. Son professeur, Sebastien Thrun, toucha également plus d'étudiants qu'il n'aurait pu en toute une vie. De fait, il fonda Udacity en 2012, avec un modèle économique différent de celui de Coursera : intervenir selon le modèle des chasseurs de tête et prendre un fee sur la première année de salaire de ses étudiants.

Thrun incarne bien ici les passerelles entre le monde universitaire et celui des entreprises; il est "l'inventeur" de la Google Car. Et c'est selon ce modèle d'expertises et de compétences à destination du monde du travail que les MOOC peuvent prospérer, avec l'innovation et la disruption propre à l'industrie du numérique. L'usage fait loi, et la recrée (comme chez Uber ou AirBnB) : les universités se passent donc de la loi et de son cadre normatif; elles fournissent donc non plus des diplômes, mais des badges, représentant les compétences.

On pourra s'interroger sur le strict utilitarisme de l'enseignement supérieur, à destination des seules entreprises. Mais on pourra également voir la formidable opportunité pour la recherche de bénéficier de cohortes de cerveaux, formés à peu de frais. Pour l'innovation ou pour surseoir à la fuite des cerveaux. Et aussi se réjouir d'un accès au savoir qui tend vers la gratuité.

Quid du modèle français ?

Mis à part quelques expérimentations (Centrale Nantes sur un site dédié, ou Polytechnique sur Coursera), et l'initiative de Niel, notre monde reste à l'écart de ces révolutions. Le mamouth, fier de ses prérogatives, tarde à s'adapter à un mouvement inéluctable. Ainsi, ce qui aurait pu être le fer de lance d'un enseignement de type MOOC, le Cned, vient-il d'être qualifié par la Cour des Comptes comme d'un établissement public d'enseignement inadapté à la formation en ligne. Et le ministère de l'éducation de confirmer, selon le Monde : "le CNED n'est pas parvenu à se moderniser et à anticiper les évolutions technologiques qui ont modifié le comportement et les attentes des élèves".

Toujours fondé sur l'offre et non pas la demande, dans des logiques de jardin secret transmis à des méritants qui n'existent plus, le savoir ouvre le futur à l'Unesco, mais pas en France. Et, horreur, le pré carré des pairs se retrouve concurrencé par celui des peers, dans cette logique libérale qui mènera ruines et désolation.

Il semblerait que le système actuel de protection de l'individu soit perverti par son propre fonctionnement. Le système égalitaire de production des élites est décorrelé de la réalité, où le corps enseignant proscrit désormais les classements d'élèves là où les parents cherchent avant tout à le maintenir. Ainsi de la carte scolaire, contournée par ceux qui le peuvent. Ou du classement des lycées qui voient apparaître en majorité les meilleurs parmi les institutions privées. En conséquence, le marché du travail est également sclérosé, et les RH, tétanisés par le mauvais choix de candidat, demander des BAC+5 plus des années d'expérience pour le moindre poste junior. Pour des métiers inconnus il y a 5 ou 10 ans, lesquels n'ont aucune filière de formation (SEO, community manager) et qui n'existent que pour des durées limitées (quid des webmasters?). Et se retournent donc vers des marques qui "vendent" diplômes, réseau, et calibrage, là où Niel recherche du futur Steve Jobs (bachelier) ou Zuckerberg (diplômé en sociologie). De la tête bien pleine contre de la tête bien faite...

En 2011, Michel Serres, dans un discours prononcé à l'Institut de France dans le cadre d'une séance sur les défis de l'éducation, discours intitulé Petite Poucette et qui donnera lieu à un livre l'année suivante, concluait :

"Nous vivons un période comparable à l’aurore de la paideia, après que les Grecs apprirent à écrire et démontrer ; comparable à la Renaissance qui vit naître l’impression et le règne du livre apparaître [...] Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d’un éclat qui ressemble, aujourd’hui, à celui des constellations dont l’astrophysique nous apprit jadis qu’elles étaient mortes déjà depuis longtemps."

Il est regrettable de constater que personne ne lit les rapports de l'UNESCO, pourtant édités en français. Pas plus que n'a d'intérêt pour les dystopies, utopies, uchronies décrites via d'autres supports, comme epic2020. Qui montrent des avenirs possibles, probables, dangereux ou merveilleux. Mais qui ont le mérite de les imaginer.

EPIC 2020 The Future of Education

vendredi 11 janvier 2013

De la poussière sous le tapis

A la fin de l'année dernière, un hastag notable est apparu sur twitter : #unBonJuif. Notable, car au-delà du caractère antisémite accordé au twitt tout entier, ce hastag - et les twitt liés - a été révélé par sa prévalence : #unBonJuif s'est retrouvé en TT (trending topic).

L'émoi suscité par ces twits abjects a fait réagir une organisation communautaire, provoqué l'ouverture d'une enquête par le Parquet de Paris, et un puis deux ministres se sont saisies de l'affaire.

Aux dernières nouvelles, et après un délibéré du juge suite à la plainte de l'UEJF, la ministre en charge du dossier, Fleur Pellerin, a appelé à une négociation. Et de rappeler sur Twitter que si liberté d'expression il y avait, elle tombait sous le coup de la LCEN, et non de la liberté de la presse.  

En effet, l'article 6 de la LCEN dispose que, s'entendant de "personnes physiques ou morales qui assurent, même à titre gratuit, pour mise à disposition du public par des services de communication au public en ligne, le stockage de signaux, d'écrits, d'images, de sons ou de messages de toute nature fournis par des destinataires de ces services" : 

Est puni d'un an d'emprisonnement et de 75 000 EUR d'amende le fait, pour une personne physique ou le dirigeant de droit ou de fait d'une personne morale exerçant l'une des activités définies aux 1 et 2 du I, de ne pas satisfaire aux obligations définies au quatrième alinéa du 7 du I, de ne pas avoir conservé les éléments d'information visés au II ou de ne pas déférer à la demande d'une autorité judiciaire d'obtenir communication desdits éléments.

Cette polémique est intéressante à double titre :

D'une part, parce que Twitter se réfugie derrière le 1er Amendement américain, qui diffère des lois sur la liberté d'expression française sur un point : il n' a pas de restrictions à cette expression. Il ne saurait, en tant qu'entreprise américaine, être soumis à la loi française.

D'autre part, parce que la réponse de l'Etat participe de la politique de l'autruche, voire de l'agitation médiatique.

En effet, comme le montre Bluetouff, copie d'écrans à la clé, la loi est violée en permanence, par des services et entreprises françaises.

Les heurts entre loi américaine et française au sujet d'internet ne sont pas nouveaux; ainsi, en 2000, Yahoo avait été condamné par la justice française pour avoir permis l'exposition sur le territoire français d'objets nazis en vue de vente. L'affaire avait donné lieu à une intense bataille juridique. Comme l'explique, entre autres, Maître Iteanu, le problème en creux est le suivant :

Qui gouverne aujourd'hui? La loi française ou la technique ou la loi américaine ?

Une des réponses - techniques - à certains troubles est de fait la mise en place de dispositifs, plus ou moins automatisés, visant, à la requête non de la justice mais de simples particuliers, de supprimer les contenus illicites. Cela se traduit par la désindexation des moteurs de recherches, la suppression de contenus. Sur google, on voit apparaîre, à la faveur de certaines recherches, ce texte :

En réponse à une plainte reçue dans le cadre du US Digital Millennium Copyright Act (loi de protection des droits d'auteur), nous avons retiré 1 résultat(s) de cette page. Si vous le souhaitez, vous pouvez prendre connaissance de la plainte DMCA qui a entraîné le retrait de ce(s) résultat(s) à l'adresse suivante : ChillingEffects.org.

Mettre en place un système de signalement et de retrait automatique de tels "mots" n'est pas chose facile. Le "robot" n'est pas un juge. Et rendre la justice (c'est à dire interpréter humainement la loi) est totalement subjectif. Pour les automatismes, par exemple, youtube méconnait le principe du Fair Use ou de l'exception de citation à fins pédagogiques, et censure de fait un cours de Sciences Po citant des contenus audiovisuels. De fait, ce contenu a migré chez vimeo.

De plus, comme le rappelle Guillaume Champeau, la censure apparaît même vaine : l'imagination - et la bétise - étant sans limites, on verrait dans l'heure apparaître d'autres graphies (#1BonJuif, #UnB0nJu1f...). Cette imagination, qui contourne une censure, est déjà à l'oeuvre depuis longtemps en Chine. La surveillance des réseaux sociaux, et le retrait de toute information qui y est liée, engendre des détournements, comme l'expliquait l'an dernier cet article du Monde.

Paul Da Silva l'a très bien expliqué dans sa tribune : "mieux vaut éduquer les gens que censurer internet".

Car permettre à un service de communication en ligne de supprimer des twitt caractérisés par un hashtag pose un problème patent. En l'espèce, le hashtag / mot clé est un raccourci, un pointeur vers une information plus globale. De fait, supprimer toute une expression sur présomption d'illéicité, c'est intégrer une censure controlée par un intermédiaire technique. Sur une idée à priori intéressante, c'est intégrer une police de la pensée, qui supprimerait - selon le bon vouloir de qui ? - une forme d'expression. Les dérives sont nombreuses.  Ainsi, "l'internet" chinois a "effacé" pendant quelques jours la marque Ferrari, introuvable sur les moteurs de recherche et les réseaux sociaux.

Alors que l'internet français s'est déchainé quelques jours contre Free, lors de l'AdGate, au nom de la liberté d'expression, il est étonnament muet quant à la question du filtrage des hashtag. Prendre le risque du filtrage des hashtag, c'est interdire le mot #radioLondres pendant les élections présidentielles; c'est interdire le hashtag #NDDL car il répond à une demande de manifestation non autorisée.

 

Nous vivons depuis 20 ans la plus grande révolution de l'histoire de l'humanité : la re-création du monde ante Babel. Grâce à des outils comme Google, j'ai accès à des informations de langues que je ne connais pas, dans des alphabets que je ne connais pas. Chrome traduit automatiquement pour moi le Asahi Shimbun . Grâce à Twitter, je sais en temps réel les exactions commises par des gouvernements contre leur population, j'ai accès aux propos des oppositions, des contradictions, des débats, même les plus vulgaires.

"Il est interdit d'interdire" proclamait un slogan de mai 68. Il est moins dangereux pour le corps social d'interdire, puis de sanctionner, que de pré-interdire. Au-delà des précog et autres logiciels de simulation de pré-crime, laisser à l'appréciation d'algorithmes la validation d'une expression est la plus dangereuse des choses qui soient. Derrière #UnBonJuif se cache toujours une mère juive.

mercredi 30 mai 2007

Le web 2.0 est mort, vive le web

La toile bruisse actuellement de soupçons concernant la santé du web 2.0. Que ce soit chez Froissant, qui trouve le 20 Minutes spécial hitech "le web 2.0 en pleine crise de croissance" non dénué de réalisme.

Que ce soit chez l'excellent quebecois Leblanc, qui se fait l'écho de la thèse d'Alexandre Cabanis (ici chez TechCrunch France), interpellé par l'ambivalence de création de valeur sur le web.

Ou encore chez Pisani, qui commentant l'évolution de Technorati, estime que la blogalaxie s'essouffle.

Alors quoi, le webtoupoyonto est-il malade ? Ne vit-il ses dernières heures ? Si oui, tant mieux, tant cette appellation est un slogan de marketeux voulant redonner du sens à la machine à cash web, slogan dénoncé par l'un des pères du Web, Tim Berners-Lee.

Le web Deux Point Zéro se meurt. Place au Web. Point barre.

Car quoi, on a réinventé l'eau tiède ? Les internautes sont capables de création. Première nouvelle ! Les internautes peuvent produire des contenus intéressants. Deuxième nouvelle ! Internet a inventé le réseau. Troisième nouvelle ! Nous pouvons faire de l'argent avec. C'est énorme !

Tout part de la définition du web. Car en réduisant Internet à un media, en y segmentant les pratiques, en qualifiant les citoyens connectés d'internautes (a-t-on déjà employé le terme téléphonautes ?), n'a-t-on pas occulté le fait que la Toile est le reflet des sociétés, voire une société elle-même ?

 

Récapitulons : au fur et à mesure que les citoyens connectés s'appropriaient les techniques, elles-mêmes de plus en plus simples et de moins en moins chères, les citoyens, consommateurs, sont devenus des producteurs, et d'applicatifs, et de contenus (la dernière idée étant les mashup d'API, par exemple le Popfly de Microsoft).

Parachevée par l'emploi du net, qui n'est que la réplique exacte des comportements sociaux (dont la communication), la place de marché mondiale révée par les acteurs de la bulle 1.0 s'est retournée contre ses promoteurs : la concurrence pure et parfaite de Walras était en marche,  les monopoles détenant les contenus (éditeurs, distributeurs, créateurs) ont volé en éclat...

Sauf que, sauf que... la schizophrénie du producteur citoyen est ici à l'oeuvre, plus que partout ailleurs. Il suffit que l'un des 2 milliards d'internautes offre un produit ou un service pour que tout l'édifice de marché s'écroule. On l'a vu avec le marché de la musique, avec Linux, avec Wkipedia. 

Dans les années 80, l'économiste Joseph Stiglitz, prix Nobel en 2001, théorisa avec Grossman le paradoxe qui porte leurs noms : le marché de l'information (dans leur cas l'information financière) ne peut être efficient car si toute l'information pertinente est contenue dans les prix de marché, alors aucun agent n'est incité à acquérir de l'information sur laquelle sont fondés les prix. Mais si chacun n'est pas informé, certains agents paient pour devenir informés.

Or, dans notre société de l'information, il est extrêmement difficile d'empêcher une information de circuler. Cette restriction, qui fait sa valeur (la rareté de Malthus), est combattue par le réseau lui-même, qui interprète cette "censure" comme une erreur. Il faudra donc la contourner.

En 2001, le sociologue Castells évoquait déjà dans "La Galaxie Internet" l'Etat-Réseau, sorte de mélange entre une infosphère chère à Dan Simmons et une noosphère à la Teillard de Chardin, doté d'une organisation structurée.

Si l'on considère que le Web est l'exact photocopie de nos comportements, de nos pratiques, de nos personnalités, puisque l'on y parle démocratie, comme le dit Cabanis, avec ses problèmes de libre expression, de communautés d'intérêts, de pouvoirs et de contre pouvoirs. Puisque le réseau est à la fois une mémoire et un tuyau, alors il n'y a pas plus de web 2.0 qu'il n'y aura de web 3.1. Seulement un nouveau territoire en train de se construire, bati par petites touches par ses habitants.

mardi 26 décembre 2006

Goodbye 2006, hello 2007

Tous connectés. Il semblerait qu'à l'âge de l'accès, Internet soit au XXI ce que l'eau potable était au XXeme. En attendant le statut de bien commun, les entreprises et les collectivités offrent les accès aux nomades technoïdes. En France, après Bordeaux, voilà la mairie du 3eme arrondissement de Paris qui fournit un accès wifi gratuit

Google a fait main basse sur le web. La killer app est bien le moteur de recherche. On googelise donc, lorsqu'on cherche une réponse. Et on obtient un profil du monde à un instant T en consultant le Zeitgeist. Mais la concurrence ne désarme pas, et il existe d'ingénieux développeurs, comme Alan Taylor qui propose sur son site un metamoteur de recherche (souvenez-vous, hotbot) des contenus de livres des sites GoogleBooks, Amazon Search Inside et MSN Live Book Search. Encore une source d'ennuis pour les éditeurs. Par contre, pour les lecteurs, c'est ici

Moneo est mort, vive paypal. La première bulle a eu le mérite de générer des investissements lourds, notamment en matière d'infrastructure de réseaux. D'où le succès du commerce en ligne, et la fourniture des contenus numériques directement à domicile. Le magasin est déporté directement chez le client, la facture acquittée chez le vendeur sans intermédiaire. La bataille est désormais dans la filialisation de l'abonné, et la convergence des moyens de paiement, paiement sur mobile et settopbox, avec la quadruple convergence.

2006 a été marquée par le deuxzero (toupoillionto), le tout communautaire. C'est facile à retenir, ça a de la gueule. Mais c'est toujours le principe du web : de la communication dans les deux sens, donc de la socialisation. Outils simplifiés de publication (succès des myspace et autres flickr), bande passante et progrès des cartes videos (succès des youtube, MMORPG et du très médiatisé Second Life), curiosité et volonté d'intervenir dans le maelstrom médiatique (blog et projets participatifs, tels wikipedia)... on construit donc à l'horizontal, et moins à la verticale. Le management est tout estourbi, la dichotomie producteur/consommateur moins tranchée. 2007 sera au centre de cette problématique pour la répartition des droits d'auteurs.

Plus de services, moins de produits. Les nouveaux communistes du web ont ébréché le modèle de rente des applications propriétaires. Elles sont désormais écrites dans des langages ouverts (Sun rejoint le mouvement avec Java), sur des couches logicielles libres (Apache, Linux, Firefox), en modules interopérables et multiplateformes (Ajax, Xul). Et la valeur revient au service, au contenu, au service rendu. Foisonnement d'idées, acculturation technique, partage des développements, mashup. Mais l'OEB n'a pas dit son dernier mot.

Quid du media de papa ? Décidemment, le web ne respecte rien. Les jeunes ne lisent plus, ils surfent. Ils ne regardent plus la TV, ils se filment. Et la radio ? Ils bloguent. Et le pire, c'est qu'ils choisissent. Les moins jeunes sont également atteints, trop de choix tue le choix ? Ou le ver du gratuit a-t-il mangé la pomme ? Toute la presse est atteinte, sur tout le globe. Moins de journalistes, des millions de blogueurs. Les TV achètent des réseaux sociaux, et ce faisant syndicalisent des producteurs-à-l'insu-de-leur-plein-gré. Les producteurs en place fliquent, les en-devenir espèrent. Mais ça bouillonne, et les corps intermédiaires trinquent.

De la politique 2.0. Qui dit blog dit café du commerce, ou salons du XVIIIe. Ca jacasse, ça hypothétise, ça réseaute, ça fait trembler les institutions avec le CPE. D'où la conversion en masse des politiques - d'autres fameux corps intermédiaires - aux réseaux sociaux et forums participatifs. Je vous ai compris disait l'autre, mais qu'avait-il entendu ?

Parce que c'est bientôt la nouvelle année, et que ras le bol des bonnes résolutions, le générateur de bonnes résolutions s'occupe de tout (via ecrans.fr)

Et parce que j'ai trouvé comment le faire, et qu'il résume très bien toute la virtualité évoquée plus haut, voici "Make love not Warcraft", un épisode assez bluffant de South Park (qui sera visible tant que les ayant-droits le voudront bien). Joyeux Noyel !



South Park - Make love not Warcraft

lundi 9 octobre 2006

Du bon usage du web 2.0

Dans un post du 12 septembre dernier, Internetactu faisait état de l'intervention de Tim Berners-Lee sur le site d'IBM. Revenant sur le web 2.0, il expliquait que

Le Web 2.0 est avant tout un slogan, personne ne sait ce qu’il signifie. Si pour vous, le Web 2.0 veut dire blogs et wikis, alors il s’agit de faire communiquer les gens entre eux.

et de rappeler que

L’objet même du Web 1.0 était de faire communiquer les gens entre eux

Dans un rapport rendu public le 5 octobre dernier, le Pew internet project, se basant sur des données de la société Hitwise, note que les fameux UGC caractérisant le web 2.0 ne différent pas de ceux du web 1.0, qu'ils aient été pages personnelles, messageboards, usergroups. La seule évolution, selon le rapport, est la facilité avec laquelle  des sites comme Flick'r ou Wikipedia ont rendu la publication de contenus par les utilisateurs.
Et le rapport de noter perfidement que l'appellation 2.0 peut être employée par des adeptes du marketing pour se distancer des échecs des compagnies du Web 1.0