Free vient donc de dégainer son Armageddon, intitulé tvperso. 3 ans de suspense pour en arriver à proposer à ses - seuls - abonnés la possibilité de diffuser du contenu via leur box. Un dailymotion sur le réseau TV, la nouvelle est entendue. Sauf à leur permettre de proposer des contenus soumis à copyright - et de concurrencer TF1 - le soufflé retombe vite.
Mais à y regarder de plus près, une option retient l'attention : la possibilité de broadcaster du live. Voilà donc la "catastrophe d'ampleur planétaire" : donner la parole aux abonnés de free ! Leur permettre un blog vidéo, en direct. Ouvrir une multitude de fenêtres, publiques ou privées, dans les intérieurs douillets des freenautes. Autoriser les autres à s'inviter chez soi, dans le spectacle permanent de la représentation ou de l'être. Secret Story pour tous... on en revient à TF1...
Ce qui nous ramène à une multitude de prophéties, et à leurs erreurs. Aux 15 minutes de Warhol, qui oubliait de prendre en compte la persistance de l'information. Aux écrits de Debord.
Debord fustigeait le société de consommation, et le pouvoir de la marchandise. Pourtant, la société qui est en train de lui succéder, celle de l'information, remet en cause son capitalisme honni. Si tout le monde produit du spectacle, son spectacle, reflet de chacun, qui mettre en cause ? Et comment différencier le bourgeois du prolétaire puisque tous sont propriétaires de leurs moyens de production et de distribution (exception faite du trépané) ?
La possibilité donnée à tous de produire son propre spectacle, en l'occurrence sa propre vie, rejoint ce que Jeremy Rifkin écrivait dans L'âge de l'accès : une course à la monétisation de l'expérience. Partant, la peopleisation du monde est en marche, où tout un chacun pourra être quelqu'un, sorti des cercles "monopolistiques" des élites, artistiques, économiques ou politiques. Ce modèle de valorisation de sa propre personne est actuellement en cours, indirectement, puisqu'il fait le bonheur des réseaux sociaux tels myspace ou facebook. Les connaissances (savoir comme humains), l'intérêt comme l'audience (au travers des moteurs de recherche), tout cela valorise au travers des outils les individus qui les utilisent.
Mais on peut également voir cet accès à l'autre sous la forme d'une ouverture, accès qui ne passe pas nécessairement par une valorisation monétaire. Une fenêtre ouverte sur le monde, un passage, tel qu'imaginé par Dan Simmons dans "Les Cantos d'Hyperion", sous la forme des "portes distrans", dispositifs - gratuits - permettant un déplacement instantané entre les mondes...
"La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une "immense accumulation de marchandises" dégainait Marx (in Le Capital, 1867).
"Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles." répondit Debord (in la société du spectacle, 1967).
Et si le processus en lui-même n'était qu'un immense spectacle, rendant acceptable le fait de n'être qu'un processus ?
Communiquons (ma tv rend fou) par Lionel Kaplan, trouvé sur l'excellent blog tvnomics
