La documentation française a la bonne idée de publier un
'Médias et vie privée' (info via Infostratège, qui a établi
par ailleurs une
bibliographie sélective intéressante sur le droit de
l'information).
La vie privée est de fait de plus en plus attaquée par le développement des
medias, et le web participe pour une large part à cette remise en question.
D'autant que, a posteriori de l'antienne de Mc Luhan ("Le medium c'est le
message"), il semblerait que le medium en question soit en fin de compte
l'individu.
Mais pour le moment, le media s'envisage comme un instrument de masse,
détenu par des grands groupes de communication. Et la vie privée s'apparente à
une marchandise : dans un billet de juillet 2007, le blogueur OM Malik s'interrogeait sur la la vie privée comme valeur. Comme
le temps de cerveau disponible donne une valeur aux spots de publicité, le
collecte d'informations sur l'individu donne une valeur aux entreprises qui les
détiennent. Le fichage est partout : via les moteurs de recherche, les sites
sociaux, les services de mails dits "gratuits", les logs de connexion aux
sites, ceux des téléphones mobiles...
Mais il faut distinguer deux choses : le fichage et la surveillance. Et par
delà, la finalité des renseignements collectés.
Si les collectifs de défense de la vie privée dénoncent régulièrement la
surveillance accrue des Etats (videosurveillance, collecte des logs de
connexion, ADN, empreintes digitale ou rétinienne) ou des sociétés de droit
privé, ils s'émeuvent moins de l'intrusion dans notre intimité de simples
quidams, armés de leur appareil photo ou de leur camera, qui sont tout aussi
attentatoires à notre vie privée. Et si la surveillance est
conspuée pour des raisons éthiques (ou de défiance à l'égard des gouvernants),
elle s'avère utile aux populations dans certains cas. Ainsi, ces riverains
excédés par le manège des prostituées à Madrid, qui, lassés d'attendre les
caméras de vidéosurveillance, filment et publient
sur Youtube. Ou ce sniper de
Targuist , qui prend le monde à partie pour dénoncer la corruption de
gendarmes dans le Rif marocain.
C'est ainsi que les internautes du monde entier collectent et publient textes,
photos et vidéos dont ils sont les producteurs. Ce faisant, ils violent notre
intimité en publiant la leur, puisque nous faisons partie de leur
environnement. Mais, dans le monde réel, comme sur le 6eme continent, le délit
de diffamation existe, tout comme celui d'usurpation d'identité. Mais que se
passera-t-il lorsque les moteurs de recherche indexeront, via des logiciels de
reconnaissance faciale, les silhouettes au deuxième plan des photos de vacances
? Ces technologies, utilisées dans les stades pour interdire l'accès aux
hooligans, le sont désomais pour des sites à la Flickr (voir le billet
d'InternetActu sur Ryia). Et si notre IP n'est pas suffisante à nous identifier, on se retrouve déjà via
nos noms ou photos, "à l'insu de son plein gré" sur Copainsdavant, ou taggé
dans Facebook. Et Googleisable...
Quant au fichage, c'est en gros la conservation des résultats de la
surveillance. Les plus gros acquisiteurs privés de données personnelles, les
moteurs de recherche, ont été récemment au centre d'une polémique et ont décidé d'adopter un profil
bas, rendant anonymes les informations des internautes au bout d'un temps assez
court (en séparant le profil de l'utilisateur de sa recherche). Mais que dire
des Etats ? Et des simples citoyens ?
Qui donc a le droit de collecter et détenir nos précieuses informations ?
Doit-on plus faire confiance à un Google, qui permet d'effectuer la recherche
"
Comment fabriquer une bombe" et s'oppose au
gouvernement fédéral américain sur la communication de logs
de recherche, ou à nos gouvernants qui tels Franco Fratini veulent empêcher non
la réponse, mais
la recherche même ? Et dois-je craindre ce groupe de
japonais mitraillant l'obélisque de la Concorde alors que je me promène avec ma
maîtresse ? De la
RATP à
l'Union européenne, ces questions sont au centre des
préoccupations actuelles.
Dernièrement est apparue une pétition sur le Web intitulée
"Bill of
Right for Users of the Social Web" (traduction en français
ici). Partant du principe que les données personnelles nous
définissent tout comme notre statut, les auteurs - issus du monde du web - ont
écrit une sorte de charte de bonne conduite à l'usage des sites dits web2.0.
Préconisant entre autres la propriété et le contrôle de nos données, cette
déclaration d'intention est bonne tant que les données sont centralisées. Dès
lors qu'il n'y a plus de monopole, tout s'écroule. Ce qui se passe déjà avec
les Nations, dont le monopole d'écriture des lois est
battu en brêche par le web...
Etre fiché, en définitive, c'est être conservé dans une base de données.
Tout allait bien lorsque la base de données se limitait à quelques milliards de
neurones. La mémoire était à l'intérieur de nous-même. Mais, comme le
rappellait Michel Serres lors d'une conférence en 2005 (lien via InternetActu), depuis
l'écriture et plus encore l'imprimerie, nous avons externalisé notre mémoire. A
qui appartient-elle désormais ?