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vendredi 26 octobre 2007

Souriez, vous êtes fichés

La documentation française a la bonne idée de publier un 'Médias et vie privée' (info via Infostratège, qui a établi par ailleurs une bibliographie sélective intéressante sur le droit de l'information).

La vie privée est de fait de plus en plus attaquée par le développement des medias, et le web participe pour une large part à cette remise en question. D'autant que, a posteriori de l'antienne de Mc Luhan ("Le medium c'est le message"), il semblerait que le medium en question soit en fin de compte l'individu.

Mais pour le moment, le media s'envisage comme un instrument de masse, détenu par des grands groupes de communication. Et la vie privée s'apparente à une marchandise : dans un billet de juillet 2007, le blogueur OM Malik s'interrogeait sur la la vie privée comme valeur. Comme le temps de cerveau disponible donne une valeur aux spots de publicité, le collecte d'informations sur l'individu donne une valeur aux entreprises qui les détiennent. Le fichage est partout : via les moteurs de recherche, les sites sociaux, les services de mails dits "gratuits", les logs de connexion aux sites, ceux des téléphones mobiles...

Mais il faut distinguer deux choses : le fichage et la surveillance. Et par delà, la finalité des renseignements collectés.

Si les collectifs de défense de la vie privée dénoncent régulièrement la surveillance accrue des Etats (videosurveillance, collecte des logs de connexion, ADN, empreintes digitale ou rétinienne) ou des sociétés de droit privé, ils s'émeuvent moins de l'intrusion dans notre intimité de simples quidams, armés de leur appareil photo ou de leur camera, qui sont tout aussi attentatoires à notre vie privée. Et si la surveillance est conspuée pour des raisons éthiques (ou de défiance à l'égard des gouvernants), elle s'avère utile aux populations dans certains cas. Ainsi, ces riverains excédés par le manège des prostituées à Madrid, qui, lassés d'attendre les caméras de vidéosurveillance, filment et publient sur Youtube. Ou ce sniper de Targuist , qui prend le monde à partie pour dénoncer la corruption de gendarmes dans le Rif marocain.
C'est ainsi que les internautes du monde entier collectent et publient textes, photos et vidéos dont ils sont les producteurs. Ce faisant, ils violent notre intimité en publiant la leur, puisque nous faisons partie de leur environnement. Mais, dans le monde réel, comme sur le 6eme continent, le délit de diffamation existe, tout comme celui d'usurpation d'identité. Mais que se passera-t-il lorsque les moteurs de recherche indexeront, via des logiciels de reconnaissance faciale, les silhouettes au deuxième plan des photos de vacances ? Ces technologies, utilisées dans les stades pour interdire l'accès aux hooligans, le sont désomais pour des sites à la Flickr (voir le billet d'InternetActu sur Ryia). Et si notre IP n'est pas suffisante à nous identifier, on se retrouve déjà via nos noms ou photos, "à l'insu de son plein gré" sur Copainsdavant, ou taggé dans Facebook. Et Googleisable...

Quant au fichage, c'est en gros la conservation des résultats de la surveillance. Les plus gros acquisiteurs privés de données personnelles, les moteurs de recherche, ont été récemment au centre d'une polémique et ont décidé d'adopter un profil bas, rendant anonymes les informations des internautes au bout d'un temps assez court (en séparant le profil de l'utilisateur de sa recherche). Mais que dire des Etats ? Et des simples citoyens ?

Qui donc a le droit de collecter et détenir nos précieuses informations ? Doit-on plus faire confiance à un Google, qui permet d'effectuer la recherche "Comment fabriquer une bombe" et s'oppose au gouvernement fédéral américain sur la communication de logs de recherche, ou à nos gouvernants qui tels Franco Fratini veulent empêcher non la réponse, mais la recherche même ? Et dois-je craindre ce groupe de japonais mitraillant l'obélisque de la Concorde alors que je me promène avec ma maîtresse ? De la RATP à l'Union européenne, ces questions sont au centre des préoccupations actuelles.

Dernièrement est apparue une pétition sur le Web intitulée "Bill of Right for Users of the Social Web" (traduction en français ici). Partant du principe que les données personnelles nous définissent tout comme notre statut, les auteurs - issus du monde du web - ont écrit une sorte de charte de bonne conduite à l'usage des sites dits web2.0. Préconisant entre autres la propriété et le contrôle de nos données, cette déclaration d'intention est bonne tant que les données sont centralisées. Dès lors qu'il n'y a plus de monopole, tout s'écroule. Ce qui se passe déjà avec les Nations, dont le monopole d'écriture des lois est battu en brêche par le web...

Etre fiché, en définitive, c'est être conservé dans une base de données. Tout allait bien lorsque la base de données se limitait à quelques milliards de neurones. La mémoire était à l'intérieur de nous-même. Mais, comme le rappellait Michel Serres lors d'une conférence en 2005 (lien via InternetActu), depuis l'écriture et plus encore l'imprimerie, nous avons externalisé notre mémoire. A qui appartient-elle désormais ?

jeudi 4 octobre 2007

Free Burma



et souscrire ici

mardi 21 août 2007

De l'anonymat

Au fur et à mesure que le web s'immisce dans nos vies, un des derniers pré carré définissant l'individu, sa vie privée, se réduit comme peau de chagrin. Et a fortiori, son anonymat.

Les données personnelles, telles que les noms, date de naissance, numéro de téléphone, constituent en France des données privatives et leur collecte est strictement encadrée (voir les textes de loi sur le site de la CNIL). Pour autant, nombre de sites sont en infraction avec la législation française, puisqu'il est par exemple interdit de collecter les opinions politiques, philosophiques ou religieuses des personnes.
Mais le caractère des individus ne s'arrête pas à ces données personnelles. Leurs habitudes, leurs centres d'intérêt, leurs aspirations définissent également leur personnalité, et ces informations sont devenues pour les acteurs de la "nouvelle" économie la principale source de revenus. De fait, Internet a opéré une mutation radicale dans l'approche du marketing, passant d'un marché de masse à un marché individuel, puisque bénéficiant de l'identification de la cible et d'un return path en temps quasi réel. Cette révolution touche tous les media, dès lors que le web, en supprimant le support, les a transformés en media de flux. Ainsi, l'offre est en permanence adaptée à la demande.

Cette approche a été mise en oeuvre avec succès par Google, qui en 10 ans est venu rivaliser avec les plus grands de la publicité, tels WPP ou Publicis. Les centres d'intérêt du genre humain connecté, approche globale (voir l'article d'écrans sur le Zeitgeist) permet de valoriser des mots clés, les Adwords, en fonction de l'audience d'un mot, sur un principe d'enchères. L'approche individuelle, définie par un profil de l'utilisateur en fonction de son historique de recherche (voir la fonction Google history), permet de cibler une annonce en fonction de sa cible. Pour autant, ces informations ne sont pas nominatives, elles ne permettent pas de relier un individu à un profil, si ce n'est via une adresse IP, adresse que la CNIL considère également comme une donnée personnelle, mais qui dans les faits ne permet pas d'identifier avec certitude un internaute (IP familiales, professionnelles, sur réseaux wifi ouverts ouverts...).

Et puis vint le "social networking"

Les réseaux sociaux ont vu se populariser la mise en ligne par les internautes eux-mêmes d'informations les concernant. Orientés principalement autour de l'entertainement, ces sites permettent de s'agréger autour de valeurs communes et de centres d'intérêt. Les Skyblogs ou autres Myspace identifient leurs "clients" sur le modèle de Google : l'individu y est impersonnel, il est un avatar.  Ainsi, on y compte pas moins de trente Rupert Murdoch, identifiés par le nom et la photo de l'intéressé.. Là encore, pas de données personnelles, mais un profiling publicitaire des cibles dont l'un des bénéficiaires n'est autre que... Google !
Puis, avec les réseaux professionnels sont apparues les informations nominatives, forcément importantes, puisque faisant le lien entre sphères privée et publique (le marché du travail).

La prochaine révolution du web est la fin de l'anonymat. Déjà, des informations sur les individus sont disponibles sur la toile, sur différents sites (pages personnelles, réseaux sociaux...). Des moteurs de recherche spécialisés voient le jour (tels Wink ou le surmédiatisé Spock), qui ambitionnent de recenser toutes les informations individuelles dispatchées aux quatres coins du web, mais dont le fonctionnement est basé sur des bases de données qui ne leur seront pas nécessairement ouvertes. De fait, ce ne sont que Google light.

De la fin de l'anonymat, il en est donc question d'un point de vue règlementaire et commercial. Règlementaire, puisque le gouvernement a récemment décidé d'en finir avec l'anonymat sur le Web, au terme d'une loi dont le décret vient d'être validé par le Conseil d'Etat. Cette loi, dont certaines dispositions furent combattue entre autres par la CNIL, l'AFA ou l'IRIS, impose aux FAI et les opérateurs fixes et mobiles la conservation des logs de connexions des abonnés (adresses IP, heure et date de connexion, durée...) pendant un an; et  un nouveau décret en préparation, selon les Echos du 20 août, pourrait intégrer les pseudonymes et mots de passe dans les données à conserver.

Et commercial, inspiré en cela par le nouveau réseau social,  Facebook.  Facebook, dont la progression fulgurante est étonnante, revendique quelques 30 millions de profils. Et dispose de données que font saliver plus d'un publicitaire : une combinaison de données personnelles (âge, localisation géographique, nom, téléphone portable...), de données sociales (cercles de relation et leur typologie), de données contextuelles et d'intérêt (livres, films, musique....). Le tout renseigné par l'internaute lui-même. Et si d'aucuns, comme dans la vidéo ci-dessous, y voient la figure du big brother doublé du complotisme d'Etat US, il est plus à craindre que ces données seront une fois de plus utilisées par les gourous du marketing pour vendre de la lessive. Ceci expliquant sans doute pourquoi le web rumeurise avec insistance sur le rachat de Facebook par Google... 

Fearing Facebook

Do you Facebook

mercredi 30 mai 2007

Le web 2.0 est mort, vive le web

La toile bruisse actuellement de soupçons concernant la santé du web 2.0. Que ce soit chez Froissant, qui trouve le 20 Minutes spécial hitech "le web 2.0 en pleine crise de croissance" non dénué de réalisme.

Que ce soit chez l'excellent quebecois Leblanc, qui se fait l'écho de la thèse d'Alexandre Cabanis (ici chez TechCrunch France), interpellé par l'ambivalence de création de valeur sur le web.

Ou encore chez Pisani, qui commentant l'évolution de Technorati, estime que la blogalaxie s'essouffle.

Alors quoi, le webtoupoyonto est-il malade ? Ne vit-il ses dernières heures ? Si oui, tant mieux, tant cette appellation est un slogan de marketeux voulant redonner du sens à la machine à cash web, slogan dénoncé par l'un des pères du Web, Tim Berners-Lee.

Le web Deux Point Zéro se meurt. Place au Web. Point barre.

Car quoi, on a réinventé l'eau tiède ? Les internautes sont capables de création. Première nouvelle ! Les internautes peuvent produire des contenus intéressants. Deuxième nouvelle ! Internet a inventé le réseau. Troisième nouvelle ! Nous pouvons faire de l'argent avec. C'est énorme !

Tout part de la définition du web. Car en réduisant Internet à un media, en y segmentant les pratiques, en qualifiant les citoyens connectés d'internautes (a-t-on déjà employé le terme téléphonautes ?), n'a-t-on pas occulté le fait que la Toile est le reflet des sociétés, voire une société elle-même ?

 

Récapitulons : au fur et à mesure que les citoyens connectés s'appropriaient les techniques, elles-mêmes de plus en plus simples et de moins en moins chères, les citoyens, consommateurs, sont devenus des producteurs, et d'applicatifs, et de contenus (la dernière idée étant les mashup d'API, par exemple le Popfly de Microsoft).

Parachevée par l'emploi du net, qui n'est que la réplique exacte des comportements sociaux (dont la communication), la place de marché mondiale révée par les acteurs de la bulle 1.0 s'est retournée contre ses promoteurs : la concurrence pure et parfaite de Walras était en marche,  les monopoles détenant les contenus (éditeurs, distributeurs, créateurs) ont volé en éclat...

Sauf que, sauf que... la schizophrénie du producteur citoyen est ici à l'oeuvre, plus que partout ailleurs. Il suffit que l'un des 2 milliards d'internautes offre un produit ou un service pour que tout l'édifice de marché s'écroule. On l'a vu avec le marché de la musique, avec Linux, avec Wkipedia. 

Dans les années 80, l'économiste Joseph Stiglitz, prix Nobel en 2001, théorisa avec Grossman le paradoxe qui porte leurs noms : le marché de l'information (dans leur cas l'information financière) ne peut être efficient car si toute l'information pertinente est contenue dans les prix de marché, alors aucun agent n'est incité à acquérir de l'information sur laquelle sont fondés les prix. Mais si chacun n'est pas informé, certains agents paient pour devenir informés.

Or, dans notre société de l'information, il est extrêmement difficile d'empêcher une information de circuler. Cette restriction, qui fait sa valeur (la rareté de Malthus), est combattue par le réseau lui-même, qui interprète cette "censure" comme une erreur. Il faudra donc la contourner.

En 2001, le sociologue Castells évoquait déjà dans "La Galaxie Internet" l'Etat-Réseau, sorte de mélange entre une infosphère chère à Dan Simmons et une noosphère à la Teillard de Chardin, doté d'une organisation structurée.

Si l'on considère que le Web est l'exact photocopie de nos comportements, de nos pratiques, de nos personnalités, puisque l'on y parle démocratie, comme le dit Cabanis, avec ses problèmes de libre expression, de communautés d'intérêts, de pouvoirs et de contre pouvoirs. Puisque le réseau est à la fois une mémoire et un tuyau, alors il n'y a pas plus de web 2.0 qu'il n'y aura de web 3.1. Seulement un nouveau territoire en train de se construire, bati par petites touches par ses habitants.

mercredi 16 mai 2007

La Nation est-elle soluble dans le Web ?

Alors que l'on a assisté au retour en grâce de la Nation, célébré - à droite comme à gauche - le drapeau, voire l'identité, et entendu des discours très patriotiques,  il est flagrant de constater que la grande, vieille et belle Nation a quelques plombs dans l'aile.

Passons sur les dangers de la mondialisation - forcément industrielle - et restons sur le media et le citoyen. La campagne présidentielle s'est déroulée pour la première fois sur le Web. Le récent documentaire diffusé sur Arte (garanti sans morceaux de Lemeur dedans, oh, joie!) en a rendu compte avec brio.

Mais la Toile s'est également invitée dans cette élection au travers de la presse francophone, qui a couvert de blogs l'événement, mais a aussi fait exploser le droit national en publiant, dès 17h30, les premières estimations. C'est ainsi que la tsr a enregistré un million d'internautes le dimanche 6 mai, avides du résultat d'un sondage "en direct". Et si les blougueurs français ont dans l'ensemble respecté la loi (ciel bleu, humidité à 54% à 17h30 chez embruns), et les connections au web ont été moins importantes qu'au premier tour, les résultats se sont vraisemblablement propagés sous le manteau, via SMS

A y regarder de plus près, la transgression de la loi (dores et déjà présente via les usages du peer to peer), émanation du pouvoir législatif, est à même d'affecter la Nation, ensemble de citoyens détenant la puissance politique. En s'invitant dans le débat, le media suisse (ou belge) a compromis la puissance politique française, l'a affaiblie, l'a défiée.

Pourtant, ce décalage entre loi et réseaux n'est finalement que la poursuite d'une tendance lourde : celle de la mondialisation du droit, apparue avec les Traités internationaux et qui se poursuit dans l'écriture de lois à l'échelle européenne par exemple.

Mais cette écriture se réalise de plus en plus via les usages du Web, en dehors des enceintes parlementaires, sous la pression collective des citoyens connectés. Comme le remarque Olivier Ezratty, dans un post sur les paradoxes de la TV numérique, "les lois anticipent rarement les grandes évolutions technologiques, elles ont plutôt tendance à s’y adapter au fil de l’eau".

Une pression collective qui a fait plier certaines majors sur les DRM, ou a obligé le site Digg.com à enfreindre la loi DMCA au sujet d'un article sur les clés AACS, crise qui est vécue par un de ses fondateurs comme une lutte à mort ('Nous mourrons en ayant essayé' ).

Ces pressions, réappropriation du débat public par des citoyens connectés, ont par le passé permis au débat sur DADVSI d'avoir un retentissement inattendu, et à celui du TCE d'être aprement discuté. Une tendance qui n'est pas prête de s'arrêter, et qui voit même l'honnie licence globale remise au goût du jour dans le récent rapport Cédras, constatant de l'impossibilité de contrôler le réseau. Ou, quand la sagesse des foules rejoint le lobbying institutionnel...

 

Tout est une question de pouvoir

La défiances contre les pouvoirs établis n'est pas neuve (pour preuve le récent livre de Pierre Rosanvallon sur la contre-démocratie), mais elle semble se nourrir à son exact opposé des élites contre le peuple. D'où la méfiance des massmedia et le traitement condescendant des blougueurs. D'où la crainte des professionnels (journalistes, photographes, mais aussi artistes ou cinéastes) envers les amateurs.

On rira de savoir que la SRF (Société des réalisateurs de films, présidée par Cédric Klapisch) a demandé aux présidentiables d'appliquer aux FAI les mêmes droits et devoirs qu'aux chaines de télévision, notamment des quotas de diffusion (sur un media non linéaire..).  On rira de lire Internet, et après de Dominique Wolton, tant l'incompréhension du réseau est grande.  

 

Mais que ces incompréhensions existent, apparaissent alors des revendications de nouveau pouvoir (le 5eme, d'après ses promoteurs, Agoravox en tête), quand ce ne sont finalement que la remise à niveau des anciens.

Que vient donc faire la Nation dans cette fable ? Mais tout, mon général ! Si la Nation est l'expression politique du peuple, qu'est-ce donc que le Web ?

jeudi 3 mai 2007

Du nouveau dans l'info

Rue89.com - le site des transfuges de Libération (Riché, Mauriac, Haski, Penicaut...) sera en ligne dimanche 6 mai à 18h.

Ce nouveau "journal", qui lorgne vers The Politico, se veut partie prenante de la "révolution des medias en cours, à l'instar des radios libres" (Riché), instituant une nouvelle "relation de confiance avec les lecteurs" (Mauriac).

Alors, vont-ils publier les sondages sortis des urnes à 18h, comme certains suisses veulent les vendre ? Vont-ils inverser la tendance à la défiance des décideurs envers les medias et les gouvernements, soulignée par le baromètre Edelman Trust 2007 ? Vont-ils rendre au journalisme ses lettres de noblesse, tant la profession est décriée pour sa collusion réelle ou supposée avec le monde politique ?

Vont-ils faire de la télé, comme le Télégramme de Brest ? Du participatif, comme tout le monde ?

Réponses dès dimanche.

 

 

mardi 26 décembre 2006

Goodbye 2006, hello 2007

Tous connectés. Il semblerait qu'à l'âge de l'accès, Internet soit au XXI ce que l'eau potable était au XXeme. En attendant le statut de bien commun, les entreprises et les collectivités offrent les accès aux nomades technoïdes. En France, après Bordeaux, voilà la mairie du 3eme arrondissement de Paris qui fournit un accès wifi gratuit

Google a fait main basse sur le web. La killer app est bien le moteur de recherche. On googelise donc, lorsqu'on cherche une réponse. Et on obtient un profil du monde à un instant T en consultant le Zeitgeist. Mais la concurrence ne désarme pas, et il existe d'ingénieux développeurs, comme Alan Taylor qui propose sur son site un metamoteur de recherche (souvenez-vous, hotbot) des contenus de livres des sites GoogleBooks, Amazon Search Inside et MSN Live Book Search. Encore une source d'ennuis pour les éditeurs. Par contre, pour les lecteurs, c'est ici

Moneo est mort, vive paypal. La première bulle a eu le mérite de générer des investissements lourds, notamment en matière d'infrastructure de réseaux. D'où le succès du commerce en ligne, et la fourniture des contenus numériques directement à domicile. Le magasin est déporté directement chez le client, la facture acquittée chez le vendeur sans intermédiaire. La bataille est désormais dans la filialisation de l'abonné, et la convergence des moyens de paiement, paiement sur mobile et settopbox, avec la quadruple convergence.

2006 a été marquée par le deuxzero (toupoillionto), le tout communautaire. C'est facile à retenir, ça a de la gueule. Mais c'est toujours le principe du web : de la communication dans les deux sens, donc de la socialisation. Outils simplifiés de publication (succès des myspace et autres flickr), bande passante et progrès des cartes videos (succès des youtube, MMORPG et du très médiatisé Second Life), curiosité et volonté d'intervenir dans le maelstrom médiatique (blog et projets participatifs, tels wikipedia)... on construit donc à l'horizontal, et moins à la verticale. Le management est tout estourbi, la dichotomie producteur/consommateur moins tranchée. 2007 sera au centre de cette problématique pour la répartition des droits d'auteurs.

Plus de services, moins de produits. Les nouveaux communistes du web ont ébréché le modèle de rente des applications propriétaires. Elles sont désormais écrites dans des langages ouverts (Sun rejoint le mouvement avec Java), sur des couches logicielles libres (Apache, Linux, Firefox), en modules interopérables et multiplateformes (Ajax, Xul). Et la valeur revient au service, au contenu, au service rendu. Foisonnement d'idées, acculturation technique, partage des développements, mashup. Mais l'OEB n'a pas dit son dernier mot.

Quid du media de papa ? Décidemment, le web ne respecte rien. Les jeunes ne lisent plus, ils surfent. Ils ne regardent plus la TV, ils se filment. Et la radio ? Ils bloguent. Et le pire, c'est qu'ils choisissent. Les moins jeunes sont également atteints, trop de choix tue le choix ? Ou le ver du gratuit a-t-il mangé la pomme ? Toute la presse est atteinte, sur tout le globe. Moins de journalistes, des millions de blogueurs. Les TV achètent des réseaux sociaux, et ce faisant syndicalisent des producteurs-à-l'insu-de-leur-plein-gré. Les producteurs en place fliquent, les en-devenir espèrent. Mais ça bouillonne, et les corps intermédiaires trinquent.

De la politique 2.0. Qui dit blog dit café du commerce, ou salons du XVIIIe. Ca jacasse, ça hypothétise, ça réseaute, ça fait trembler les institutions avec le CPE. D'où la conversion en masse des politiques - d'autres fameux corps intermédiaires - aux réseaux sociaux et forums participatifs. Je vous ai compris disait l'autre, mais qu'avait-il entendu ?

Parce que c'est bientôt la nouvelle année, et que ras le bol des bonnes résolutions, le générateur de bonnes résolutions s'occupe de tout (via ecrans.fr)

Et parce que j'ai trouvé comment le faire, et qu'il résume très bien toute la virtualité évoquée plus haut, voici "Make love not Warcraft", un épisode assez bluffant de South Park (qui sera visible tant que les ayant-droits le voudront bien). Joyeux Noyel !



South Park - Make love not Warcraft

samedi 11 novembre 2006

Bien entendu, c'est off

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Web. Depuis l'avènement du truisme web 2.0, et la démocratisation des outils et de la bande passante, le vulgus pecum internetus se prend pour un musicien, de comique, un journaliste.


Il en va de même pour ces derniers, qui expulsés du media mainstream, continuent de travailler via ce nouvel écran, à diffusion mondiale et instantanée. On y retrouve donc le très policé Karl Zéro ou le trublion John Paul Lepers, en congé de Canal+, où encore l'ex enfant du Rock et toujours vert Philippe Manoeuvre, pour un "Punk Press Club" diffusé sur Dailymotion.

Dans cette fièvre à communiquer et ce mélange des genres, le lièvre du jour s'appelle le off. Le off, dans le langage courant, c'est un secret. Dans le langage journalistique, c'est la marque de confiance d'un personnage public envers un media, le respect de l'intimité, voire des liaisons dangereuses; au choix, des enfants naturels, des accords secrets, des tours pendables... Certaines proximités peuvent couter des places, certaines embrassades paraître déplacées...

Malheureusement, le off a tendance à disparaître, parce que la vie privée se confond avec la vie publique, et que chacun peut dorénavant rapporter - preuves à l'appui - ce qu'il a vu ou entendu. Son corollaire, le double langage, a aussi une espérance de vie assez courte. On se souvient du pauvre Jack Lang pratiquant l'autosatisfaction. Mais aussi du macaque du républicain George Allen, dont il se pourrait bien qu'il lui ait couté son siège au Sénat, et pendant le basculement de cette chambre aux démocrates pour la première fois depuis 1994. Le New York Times a en son temps parlé d'une Youtube election.

Notre élection à nous a toutes les chances de singer la consultation américaine. Les politiques ont envahi la toile, chacun draguant le chalant à coup de blogs multimedia, de webtv, de forums participatifs. Certains semblent s'y être très bien acclimatés. D'autres sont même sensibles aux jeunes pousses qui proposent des moyens de diffusion - le P2P - récemment vilipendés. Mais tous sont heureux de l'exposition qu'ils y trouvent.

Seulement voilà, la communication n'est plus à sens unique. Et son contrôle appartient à tout le monde. Ce qui apparait cocasse avec la déjà deuxième-tourable Ségolène Royal, qui ne peut qu'au mieux déplorer, au pire stigmatiser cette démocratisation pourtant appelée par ses soins. Après donc l'épisode Bourdieu, puis les sifflets du Zénith, elle est de nouveau sur la sellette avec ses propos sur les profs et les 35 heures.
Ne nous méprenons pas, cette surmédiatisation fait aussi le jeu de ses petits camarades compétiteurs, dont on peut même penser qu'ils en sont les instigateurs. Pourtant, l'audience de ces informations est au rendez-vous, ce qui prouve que la demande existe.

La prochaine présidentielle se jouera donc aussi pour la première fois sur le net. Un net à charge, et à décharge. Un net qui sert de mémoire, et d'agora (ou de cirque, c'est selon) médiatique.
Big Brother is watching you. Mais dans l'état décentralisé du net, le Grand Frère n'est plus celui que l'on pouvait craindre.

mercredi 11 octobre 2006

We, the media

Dans un ouvrage paru en 2004, un journaliste américain du nom de Dan Gilmor tentait de montrer comment les blogs, les wikis, les forums, le P2P étaient en train de transformer la sphère médiatique. We the media était aussi une charge incisive contre l'establishment journalistique, considérant les bloggeurs au mieux comme de gentils illuminés, au pire comme de dangereux irresponsables, mais dans tous les cas n'ayant aucune légimité, déontologie ou professionalisme, pour exercer le métier de l'information.


Pourtant, 2 ans plus tard, il semblerait que l'avis des profesionnels de la profession ait sensiblement évolué. Si l'exemple d'un Oh My News, quotidien corréen en ligne, dont l'audience est estimée entre  1 et 2 million de lecteurs, est le plus parlant et s'explique autant par des considérations politiques et techniques (il fut le principal organe de presse indépendant dans un pays où la quasi totalité des citoyens sont connectés), la tendance est aujourd'hui à associer le lecteur à la production de contenu.

Ainsi, après le projet Exchange de CNN, Ecrans.fr nous apprend que la vénérable Reuters se met au journalisme collaboratif.  Alors que la presse écrite est en crise, et vraisemblablement le modèle du "passeur" également, des initiatives de journalisme citoyen se mettent en place, à l'instar en France de Agoravox ou du monde citoyen. Une fourniture des UGC (User generated contents), de façon fortuite comme lors des attentats de Londre ou du tsunami de 2004, ou continue, comme de la cadre des blogs..

La principale avancée d'Internet a été de permettre à l'individu de diffuser, hors les contraintes qu'elles furent techniques (bande passante trop étroite), règlementaires ou politiques.  Ce qui ne va pas sans heurts, car l'apprentissage de la liberté d'informer par tout un chacun débouche sur une énorme cacophonie, où la masse de l'information ne peut plus être vérifiée afin d'être crédibilisée. Il en va donc de la responsabilité de chacun. Mais il reste quand même que cette prise de parole équivaut pour certains à une prise de pouvoir, comme l'estime le directeur du quotidien El Pais en Espagne pour qui "Le numérique, c'est la fin de la démocratie bourgeoise" (cité lors du débat "démocratie.fr" du Monde).


Il est à signaler enfin le projet de la BBC, dans le cadre de Creative future, intitulé Eyewitness - History. Il s'agit ni plus ni moins que de permettre aux individus "d'enregistrer et de partager leur mémoire et leur expérience sur les 100 dernières années". Bref, de permettre à monsieur-tout-le-monde d'écrire sa biographie, un témoignage  dans la mémoire collective du globe, de l'archiver et de la transmettre. Si avec ça nous ne sommes pas le media...