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jeudi 13 septembre 2007

De la convergence des media d'information

Au 2eme trimestre 2007, la France comptait plus de 30 millions d'internautes, selon Mediametrie (chiffres de juillet), tandis que, selon l'observatoire du haut débit établi par l'Arcep, on dénombrait (au 31 août) plus de 14,5 millions d’abonnés Haut Débit.

Par delà, la généralisation du multiple play est devenu une évidence, avec 7,8 millions d'abonnés à une offre de VOIP, et 3,3 millions à une offre de TV sur DSL (à fin juillet 2007).

Dans ce contexte de rapprochement des moyens techniques de communication, les media d'information opérent également des rapprochements entre les différents supports traditionnels de diffusion.

Ainsi, si la premier axe de développement a été la portabilité des media traditionnels sur le web ("copier-coller" de la presse en ligne, flux radios en streaming), le web a permis également de se jouer des formats imposés, du nombre de feuillets à l’iconographie pour un quotidien, ou la "taille" d’un reportage audio (voir l'emblématique arte radio).

Puis l’accès aux archives s’est développé, enfin l’enrichissement via des techniques dites multimedia, portfolio, animations flash, lecture automatisée de texte via des voix synthétiques. 

L’heure est dorénavant au cross-over, afin de permettre à une marque media de capter un auditorat, quel que soit le moyen de réception, avec une information disponible suivant l’acronyme ATAWAD (Any Time, AnyWhere, Any Device). En cette rentrée 2007, plusieurs projets retiennent l’attention, car les formats proposés s’éloignent du "genre" du media d’origine.

Ainsi Libération, qui s'apprête à lancer "Libé Labo" (la bande originale) et qui s'est pour l'occasion dotée d'un véritable studio permettant l'enregistrement de programmes audiovisuels. Ces emissions ne seraient pas destinées à du flux, mais s'intègreraient dans les séquences du journal en ligne.

Ainsi également France-Info, qui vient de se doter d'une véritable rédaction multimédia dédiée à la chaine information du groupe Radiofrance, permettant d'écouter le direct, mais aussi tous éléments sonores diffusés à l'antenne, et, dans une moindre mesure, de lire les informations proposées. Le site, basé sur le système de publication ouvert spip, devrait être en ligne dans les prochains jours, est en ligne.

Les media traditionnels sont en crise. Des USA à la Grande Bretagne, les pratiques des consommateurs sont des signes qui ne trompent pas. Converger ou mourir. Telle est la conséquence de la concurrence opérée par le web entre les media, lesquels sont confrontés, quoi qu'en disent certains, à l'ultime ressource - rare - des spectateurs de toute sorte : le temps de cerveau disponible. Et à la mutation de l'offre éditoriale, passant d'une logique d'offre à une logique de demande, laquelle a fait la fortune du géant Google.

Ainsi, l'intégration des doses d'intéractivité entre le producteur et le consommateur de l'information s'est-il développé. La production de contenus, les UGC, popularisée par les sites type Youtube, s'effectue de concert par les journalistes et les lecteurs. Un nouvel avatar de journalisme voit le jour, le journalisme-citoyen, qui ratisse large : d’Agoravox, lequel est avant tout un media d’opinions, au tout nouveau rejeton du groupe Le Monde, Le Post, sous-titré "Le mix de l'info", qui se présente comme "un fil continu d’informations rédigées par des journalistes et des internautes". Ces hybrides ont tous en commun d’exister par la grâce de la mutation du processus de production, apparu via le "toyotisme", puis largement répandu sous le vocable "collaboratif" dans le monde du travail, à la vitesse de l’électron-web..

A coté, certains continuent de raisonner selon des logiques top-down; ainsi, l'Etat français de décréter qui procède de l'audiovisuel extérieur ou pas, avec constitution de chaines ad hoc, lorsque le groupe national Radiofrance, par exemple, réalise via ses sites une audience non nationale de plus d'un tiers (chiffres Comscore de juillet 2007). Mais il est vrai que la spécificité française, de partitionner pour mieux régner, a engendré un maquis d'offres media étatiques qui se concurrencent elles aussi. Un morcellement qui ne peut qu'être regretté lorsque l'on voit les audiences hebdomadaires de l'entité BBC, de 233 millions d'auditeurs, téléspectateurs et internautes dans le monde entre mars 2006 et mars 2007.

La logique de l'audience s'appréhende donc dorénavant de manière globale. D'un coté une marque media, diffusant sur tous les supports, via l'infrastructure web. De l'autre une audience mondiale. Pourtant, dans l'offre pléthorique qui est proposée aux internautes, l'éditorial reprend ses lettres de noblesse.

Ainsi, si l'offre news, dont les coûts de production se sont drastiquement réduits et l'audience notoirement multipliée, est ultra concurrentielle, la pratique d'un journalisme "hors agence" reçoit les faveurs du public, qui y trouve une valeur ajoutée. Car, à coté du déclin de la PQN et de la PQR (voir l'étude EPIQ 2006-2007), concurrencés par les gratuits d'informations, où la valeur du titre est de proposer sur un format papier l'offre "gratuite" existant dans l'audiovisuel, les newsmagazines obtiennent des résultats inverses. Et un titre comme le Canard Enchainé continue d'être profitable. 

On ne pourra donc que saluer le succès d'un rue89, qui offre à ses lecteurs un traitement de l'actualité hors du sempiternel "agenda". Ou encore la constitution d'une cellule d'investigation au sein de la radio "France info". Parce qu'expliquer le monde, hors les officines de communication, soulever des lièvres, offrir des scoops, c'est encore ce que le media d'information fait le mieux. Quel que soit le support.

jeudi 3 mai 2007

Du nouveau dans l'info

Rue89.com - le site des transfuges de Libération (Riché, Mauriac, Haski, Penicaut...) sera en ligne dimanche 6 mai à 18h.

Ce nouveau "journal", qui lorgne vers The Politico, se veut partie prenante de la "révolution des medias en cours, à l'instar des radios libres" (Riché), instituant une nouvelle "relation de confiance avec les lecteurs" (Mauriac).

Alors, vont-ils publier les sondages sortis des urnes à 18h, comme certains suisses veulent les vendre ? Vont-ils inverser la tendance à la défiance des décideurs envers les medias et les gouvernements, soulignée par le baromètre Edelman Trust 2007 ? Vont-ils rendre au journalisme ses lettres de noblesse, tant la profession est décriée pour sa collusion réelle ou supposée avec le monde politique ?

Vont-ils faire de la télé, comme le Télégramme de Brest ? Du participatif, comme tout le monde ?

Réponses dès dimanche.

 

 

jeudi 22 mars 2007

They want You

 

Et un de plus. Alors que, selon le projet pour l'excellence journalistique, l'audience des media ralentit (à voir sur le transnet de l'excellent Pisani), un media de plus - et non des moindres - lance une initiative de media citoyen. Il s'agit de Wired.

L'un des plus anciens media numériques succombe donc au web2.0 (pardon, au participatif) sur l'air de "amateurs, professionnels, mettons en commun nos talents". Ou comment faire interagir journalistes, sources, lecteurs, spectateurs, acteurs d'un fait ou d'un événement, pour produire un "gros" papier. Cela s'appelle Assignment Zero, c'est en beta, et c'est à suivre.

Du media dont vous êtes le héros, on ne compte plus les initiatives. Appelant des rédacteurs, comme le précurseur en France agoravox - lequel s'imagine déjà, via ses fondateurs, en 5eme pouvoir (voir l'excellente vidéo de Vinvi en fin de post)- à youvox, plus spécialisé. Appelant des éditeurs, via des agrégateurs comme webwag ou netvibes, qui lance déjà sa "nouvelle formule", avec plus de morceaux d'interactif dedans, ou les annoncés paperblog ou itsmynews. Appelant des JRI, comme le old school France2 pour des contributions sur la présidentielle en partenariat avec Google video (rappelons que la diffusion d'happy-entartring est rigoureusement défendue). 

Le mot d'ordre est co-mmu-ni-quez ! Express yourself ! Le courrier des lecteurs, en direct, permanent, interactif. Et pas seulement en commentaires sur des blogs. Nous voulons de la matière. Car le problème du blog, c'est - comme le rappelle rue89, émanation en ligne des transfuges de Libération - la pertinence des commentaires. Donc quitte à commenter, autant écrire, argumenter, développer. Répondez-vous par articles interposés. 7 millions de blouggueurs, et moi et moi et moi.. Qui a dit qu'internet détruisait le lien social ?

Alors d'abord, une précision. Le journaliste citoyen est un concept. Comme le web toupoillonto. On ne le répetera jamais assez, un journaliste est une personne qui tire au moins la moitié de ses revenus d'une activité... de journaliste. Le reste est l'art du conte, avec une pointe de sens moral (la très mésestimée déontologie), et de la technique.

Du coté des pros, il y a aussi du contenu. On y traite de tout, mais le plus représenté est le politique. Attendu, un Rue89.com avec les transfuges du plan social Rotschild 3, dont le modèle serait The Politico, émanation de transfuges du NYT. Déjà fonctionnels, Latélélibre, du trublion Lepers, Betapolitique, du juriste Souffron, iPol, d'une société de production indépendante, quelCandidat.com, site événementiel du Dauphiné Libéré, voire  Libération qui fait du TF1...

Ce maelstrom, quoique chaotique, fourre-tout et toujours en beta, est revigorant. Car tous ces nouveaux media sont des media d'opinion. Il y sévit autant d'éditorialistes que de journalistes sans carte, avec cet aspect café du commerce que le massmedia dominant, le media audiovisuel, avait anihilé. Sans doute à cause de sa dépendance au pouvoir, et d'un ministère de l'Information pas si vieux, surtout, pas de préférences. Impartialité et temps d'antenne égal. D'où les polémiques récentes concernant concubines ou femmes de ministres, et les suspicions toujours plus grandes envers les connivences, feintes ou réelles, subies ou affichées. Or, le parti pris existe dans la PQN, la presse magazine. Mais dans l'audiovisuel, point. On pourra gloser sur les amitiés maçonnes de l'Intérieur, le ton crypto-gauchiste d'une ex-tv mitterandienne, mais nous n'avons pas l'équivalent d'une Fox news - républicaine néo con - versus une CNN apparentée démocrate. Quant à la radio, si la publique fut taxée d'affinités socialistes, la crise du "non" au CPE TCE lui a fait rendre ses auditeurs les plus à gauche.

Le web reconstruit du media d'opinion, et suscite le débat. Le PC explose ses scores sur Dailymotion (une "second life" ?), les caricatures anti-bayrou succèdent aux appels anti-ségo auxquels répondent des pastiches anti-sarko à la vitesse du clic. Et, en ces temps de communication politique, jamais campagne n'avait suscitée autant d'attention. Et tout autant d'indécision. Alors ça jacte, blouggue, trollise, poste, forwarde, bookmarke, tagge. T'en penses quoi sur ce qu'il a dit hier soir attends voilà les images oh écoutes ce remix il cartonne mais c'est-y pas un éditorialiste qui affiche sa préférence ? La fabrique de l'opinion s'est muée en autant de fabriques qu'il y a d'opinions. 60 millions, sans compter nos amis belges !

Et que penser des résultats de recherche dans wikipedia.fr, où à l'heure où j'écris ce post Nicolas Sarkjozy est le 13eme article le plus demandé, devant Ségolène Royal 14ème, et "élection présidentielle en 2007" 18ème ? (info via l'excellent québécois Michel Leblanc).

Alors, parce que l'identité nationale est jacobine, on s'est dit qu'il n'y aurait pas trop d'un statut pour encadrer tout ce joli monde, et d'un label pour s'y distinguer, entre gens de bonne compagnie. Sauf que faire le tri entre 7 millions de personnes, ce n'est plus l'apanage d'une commission, c'est une mission pour Bercy.

Alors bienheureux le CSA de s'en tenir aux mass media français. Et bienheureux le Forum des droits sur Internet avec ses recommandations concernant la campagne sur la "propagande électorale". Mais dans tout ça, je me demande : à quand une carte de presse nationale d'identité ?


mardi 6 mars 2007

De l'égalité

Comme tout était plus simple avant ! D'un coté, l'individu, qui régnait en maître (romain) sur la sphère privée. De l'autre l'Etat, qui régentait la sphère publique. Au milieu, l'entreprise, qui s'occupait des liens économiques que la puissance publique laissait à sa disposition. Les règles étaient claires, à chacun sa tâche, son organisation, sa structure. Le professionnel côtoyait le citoyen, l'individu se fondait dans le collectif, les intérêts privés ou généraux étaient perméables l'un à l'autre, mais définis et encadrés par des frontières précises.

Aujourd'hui, tout s'écroule. La démocratisation du web (en France, plus d'un français sur deux) et des outils techno est en train de redéfinir ces sphères, où l'individu est un chef d'entreprise qui s'ignore et l'entreprise un lien social en devenir, l'Etat, garant de la cohésion sociale, numérotant ses abattis. Deux exemples parmi tant d'autres : le commerce et le journalisme.

La fantastique percée d'ebay dans le domaine des échanges est en train de redéfinir le terme de marchés, puisqu'il incarne véritablement la mondialisation dont on nous rebat les oreilles. Comme l'indique l'éditorialiste d'ITR Manager,ce succès pose des problèmes aux Etats, pour lesquels des ressources non négligeables (telles la TVA) liées au commerce deviennent insaisissables. Le postulat du site est clair : transformer tous les acheteurs en vendeurs. Et faire de tous des professionnels. De son coté, un site comme Second Life est en train de construire une économie virtuelle basée sur une monnaie universelle, le Lindel dollar, permettant dès aujourd'hui le v-commerce.

Pour le journalisme, c'est une autre histoire. Alors que le pays compterait 7 millions de blougueurs, les titres papier n'en finissent plus de dégraisser. La rationalisation économique d'un coté, la convergence des media de l'autre; la vieille dame AFP vient à ce titre de rejoindre le mouvement en sortant de son domaine de prédilection, la dépêche papier... Mais le problème est autre : le problème est que tout le monde peut produire de l'information. Un téléphone portable peut produire une vidéo, ce qui provoquera au choix la fermeture de la version brésilienne de Youtube, ou la suspension d'un éditorialiste politique de France2...

Bien avant la sanctification du nous par Time Magazine, le très inspiré Wired publiait de dithyrambiques We're all journalists (en 2004), et autres We are the web (en 2005), anticipant la réalité du net : puisque le coût de l'outil est quasi nul, et que la diffusion du savoir propre à l'utiliser est libre, chacun va expérimenter. D'une envie ou d'une passion naissent un métier. Et pas contraint celui-là.

Sauf que. Sauf que tous les métiers sont encadrés, protégés : Le métier de journaliste, dont le directeur délégué à l'information de France 3, Hervé Brusini, rappelle dans une récente tribune du Monde le caractère tautologique (une "occupation régulière et rétribuée"), après les atermoiements des professionnels de la profession vitupérant leur mise à l'écart dans une émission politique de la première chaine de télé française, et une dernière chronique iconoclaste de Daniel Schneiderman dans Libération proclamant qu'il n'y a qu'un seul journal en France, le Canard Enchainé. Une problématique de "métier" abordée dans le récent rapport Tessier (La presse au défi du numérique) qui propose - de façon bien conservatrice - un statut de "journalistes citoyens"...

Le métier de commerçant est quant à lui issu de spécificités corporatistes qui furent dénoncées par les révolutionnaires, au travers de la loi Le Chapelier et du décret Allarde, et dont l'esprit égalitaire se retrouvait dans la liberté du commerce....

La formidable révolution du Web, celle des échanges, initiée par Napster, transforme petit à petit le paysage mondial en une immense place de marché. Le postulat est celui de la concurrence pure et parfaite, qui paradoxalement tend à niveler les disparités entre les individus : on arrive à une société égalitaire. Effrayant, puisque le modèle échappe aux nations comme aux entreprises, aux idéologues et aux doctrines, mais se construit collectivement, par des pratiques et dans les faits tout autour du globe. Par tout un chacun. Notre peuple vaincra disait l'autre... lequel ?