Au fur et à mesure que le web s'immisce dans nos vies, un des derniers pré
carré définissant l'individu, sa vie privée, se réduit comme peau de chagrin.
Et a fortiori, son anonymat.
Les données personnelles, telles que les noms, date de naissance, numéro de
téléphone, constituent en France des données privatives et leur collecte est
strictement encadrée (voir les textes de loi sur le site de la
CNIL). Pour autant,
nombre de sites sont en infraction avec la législation française, puisqu'il est
par exemple interdit de collecter les opinions politiques, philosophiques ou
religieuses des personnes.
Mais le caractère des individus ne s'arrête pas à ces données personnelles.
Leurs habitudes, leurs centres d'intérêt, leurs aspirations définissent
également leur personnalité, et ces informations sont devenues pour les acteurs
de la "nouvelle" économie la principale source de revenus. De fait, Internet a
opéré une mutation radicale dans l'approche du marketing, passant d'un marché
de masse à un marché individuel, puisque bénéficiant de l'identification de la
cible et d'un
return path en temps quasi réel. Cette révolution touche
tous les media, dès lors que le web, en supprimant le support, les a
transformés en media de flux. Ainsi, l'offre est en permanence adaptée à la
demande.
Cette approche a été mise en oeuvre avec succès par Google, qui en 10 ans est
venu rivaliser avec les plus grands de la publicité, tels WPP ou Publicis. Les
centres d'intérêt du genre humain connecté, approche globale (voir l'
article
d'écrans sur le Zeitgeist) permet de valoriser des mots clés, les
Adwords, en fonction de
l'audience d'un mot, sur un principe d'enchères. L'approche individuelle,
définie par un profil de l'utilisateur en fonction de son historique de
recherche (voir la fonction
Google history), permet de cibler une annonce en fonction de sa
cible. Pour autant, ces informations ne sont pas nominatives, elles ne
permettent pas de relier un individu à un profil, si ce n'est via une adresse
IP, adresse que la
CNIL considère également comme une donnée personnelle, mais
qui dans les faits ne permet pas d'identifier avec certitude un internaute (IP
familiales, professionnelles, sur réseaux wifi ouverts ouverts...).
Et puis vint le "social networking"
Les réseaux sociaux ont vu se populariser la mise en ligne par les internautes
eux-mêmes d'informations les concernant. Orientés principalement autour de
l'
entertainement, ces sites permettent de s'agréger autour de valeurs
communes et de centres d'intérêt. Les Skyblogs ou autres Myspace identifient
leurs "clients" sur le modèle de Google : l'individu y est impersonnel, il est
un
avatar. Ainsi, on y compte pas moins de trente
Rupert Murdoch, identifiés par le nom et la photo de
l'intéressé.. Là encore, pas de données personnelles, mais un profiling
publicitaire des cibles dont l'un des
bénéficiaires n'est autre que... Google !
Puis, avec les réseaux professionnels sont apparues les informations
nominatives, forcément importantes, puisque faisant le lien entre sphères
privée et publique (le marché du travail).
La prochaine révolution du web est la fin de l'anonymat. Déjà, des informations
sur les individus sont disponibles sur la toile, sur différents sites (pages
personnelles, réseaux sociaux...). Des moteurs de recherche spécialisés voient
le jour (tels
Wink ou le
surmédiatisé
Spock), qui
ambitionnent de recenser toutes les informations individuelles dispatchées aux
quatres coins du web, mais dont le fonctionnement est basé sur des bases de
données qui ne leur seront pas nécessairement ouvertes. De fait, ce ne sont que
Google
light.
De la fin de l'anonymat, il en est donc question d'un point de vue
règlementaire et commercial. Règlementaire, puisque le gouvernement a récemment
décidé d'en finir avec l'anonymat sur le Web, au terme d'une loi dont le décret
vient d'être
validé par le Conseil d'Etat. Cette loi, dont certaines
dispositions furent combattue entre autres par la CNIL, l'AFA ou l'
IRIS, impose aux
FAI et les opérateurs fixes et
mobiles la conservation des logs de connexions des abonnés
(adresses IP, heure et date de connexion, durée...) pendant un an; et un
nouveau décret en préparation, selon les Echos du 20 août, pourrait intégrer
les pseudonymes et mots de passe dans les données à conserver.
Et commercial, inspiré en cela par le nouveau réseau social,
Facebook. Facebook, dont la progression fulgurante est étonnante, revendique quelques
30 millions de profils. Et dispose de données que font saliver plus d'un
publicitaire : une combinaison de données personnelles (âge, localisation
géographique, nom, téléphone portable...), de données sociales (cercles de
relation et leur typologie), de données contextuelles et d'intérêt (livres,
films, musique....). Le tout renseigné par l'internaute lui-même. Et si
d'aucuns, comme dans la vidéo ci-dessous, y voient la figure du big brother
doublé du complotisme d'Etat US, il est plus à craindre que ces données seront
une fois de plus utilisées par les gourous du marketing pour vendre de la
lessive. Ceci expliquant sans doute pourquoi le web rumeurise avec insistance sur le rachat de Facebook par
Google...
Fearing Facebook