Au 2eme trimestre 2007, la France comptait plus de 30 millions d'internautes, selon Mediametrie (chiffres de juillet), tandis que, selon l'observatoire du haut débit établi par l'Arcep, on dénombrait (au 31 août) plus de 14,5 millions d’abonnés Haut Débit.

Par delà, la généralisation du multiple play est devenu une évidence, avec 7,8 millions d'abonnés à une offre de VOIP, et 3,3 millions à une offre de TV sur DSL (à fin juillet 2007).

Dans ce contexte de rapprochement des moyens techniques de communication, les media d'information opérent également des rapprochements entre les différents supports traditionnels de diffusion.

Ainsi, si la premier axe de développement a été la portabilité des media traditionnels sur le web ("copier-coller" de la presse en ligne, flux radios en streaming), le web a permis également de se jouer des formats imposés, du nombre de feuillets à l’iconographie pour un quotidien, ou la "taille" d’un reportage audio (voir l'emblématique arte radio).

Puis l’accès aux archives s’est développé, enfin l’enrichissement via des techniques dites multimedia, portfolio, animations flash, lecture automatisée de texte via des voix synthétiques. 

L’heure est dorénavant au cross-over, afin de permettre à une marque media de capter un auditorat, quel que soit le moyen de réception, avec une information disponible suivant l’acronyme ATAWAD (Any Time, AnyWhere, Any Device). En cette rentrée 2007, plusieurs projets retiennent l’attention, car les formats proposés s’éloignent du "genre" du media d’origine.

Ainsi Libération, qui s'apprête à lancer "Libé Labo" (la bande originale) et qui s'est pour l'occasion dotée d'un véritable studio permettant l'enregistrement de programmes audiovisuels. Ces emissions ne seraient pas destinées à du flux, mais s'intègreraient dans les séquences du journal en ligne.

Ainsi également France-Info, qui vient de se doter d'une véritable rédaction multimédia dédiée à la chaine information du groupe Radiofrance, permettant d'écouter le direct, mais aussi tous éléments sonores diffusés à l'antenne, et, dans une moindre mesure, de lire les informations proposées. Le site, basé sur le système de publication ouvert spip, devrait être en ligne dans les prochains jours, est en ligne.

Les media traditionnels sont en crise. Des USA à la Grande Bretagne, les pratiques des consommateurs sont des signes qui ne trompent pas. Converger ou mourir. Telle est la conséquence de la concurrence opérée par le web entre les media, lesquels sont confrontés, quoi qu'en disent certains, à l'ultime ressource - rare - des spectateurs de toute sorte : le temps de cerveau disponible. Et à la mutation de l'offre éditoriale, passant d'une logique d'offre à une logique de demande, laquelle a fait la fortune du géant Google.

Ainsi, l'intégration des doses d'intéractivité entre le producteur et le consommateur de l'information s'est-il développé. La production de contenus, les UGC, popularisée par les sites type Youtube, s'effectue de concert par les journalistes et les lecteurs. Un nouvel avatar de journalisme voit le jour, le journalisme-citoyen, qui ratisse large : d’Agoravox, lequel est avant tout un media d’opinions, au tout nouveau rejeton du groupe Le Monde, Le Post, sous-titré "Le mix de l'info", qui se présente comme "un fil continu d’informations rédigées par des journalistes et des internautes". Ces hybrides ont tous en commun d’exister par la grâce de la mutation du processus de production, apparu via le "toyotisme", puis largement répandu sous le vocable "collaboratif" dans le monde du travail, à la vitesse de l’électron-web..

A coté, certains continuent de raisonner selon des logiques top-down; ainsi, l'Etat français de décréter qui procède de l'audiovisuel extérieur ou pas, avec constitution de chaines ad hoc, lorsque le groupe national Radiofrance, par exemple, réalise via ses sites une audience non nationale de plus d'un tiers (chiffres Comscore de juillet 2007). Mais il est vrai que la spécificité française, de partitionner pour mieux régner, a engendré un maquis d'offres media étatiques qui se concurrencent elles aussi. Un morcellement qui ne peut qu'être regretté lorsque l'on voit les audiences hebdomadaires de l'entité BBC, de 233 millions d'auditeurs, téléspectateurs et internautes dans le monde entre mars 2006 et mars 2007.

La logique de l'audience s'appréhende donc dorénavant de manière globale. D'un coté une marque media, diffusant sur tous les supports, via l'infrastructure web. De l'autre une audience mondiale. Pourtant, dans l'offre pléthorique qui est proposée aux internautes, l'éditorial reprend ses lettres de noblesse.

Ainsi, si l'offre news, dont les coûts de production se sont drastiquement réduits et l'audience notoirement multipliée, est ultra concurrentielle, la pratique d'un journalisme "hors agence" reçoit les faveurs du public, qui y trouve une valeur ajoutée. Car, à coté du déclin de la PQN et de la PQR (voir l'étude EPIQ 2006-2007), concurrencés par les gratuits d'informations, où la valeur du titre est de proposer sur un format papier l'offre "gratuite" existant dans l'audiovisuel, les newsmagazines obtiennent des résultats inverses. Et un titre comme le Canard Enchainé continue d'être profitable. 

On ne pourra donc que saluer le succès d'un rue89, qui offre à ses lecteurs un traitement de l'actualité hors du sempiternel "agenda". Ou encore la constitution d'une cellule d'investigation au sein de la radio "France info". Parce qu'expliquer le monde, hors les officines de communication, soulever des lièvres, offrir des scoops, c'est encore ce que le media d'information fait le mieux. Quel que soit le support.