Comme tout était plus simple avant ! D'un coté, l'individu, qui régnait en maître (romain) sur la sphère privée. De l'autre l'Etat, qui régentait la sphère publique. Au milieu, l'entreprise, qui s'occupait des liens économiques que la puissance publique laissait à sa disposition. Les règles étaient claires, à chacun sa tâche, son organisation, sa structure. Le professionnel côtoyait le citoyen, l'individu se fondait dans le collectif, les intérêts privés ou généraux étaient perméables l'un à l'autre, mais définis et encadrés par des frontières précises.
Aujourd'hui, tout s'écroule. La démocratisation du web (en France, plus d'un français sur deux) et des outils techno est en train de redéfinir ces sphères, où l'individu est un chef d'entreprise qui s'ignore et l'entreprise un lien social en devenir, l'Etat, garant de la cohésion sociale, numérotant ses abattis. Deux exemples parmi tant d'autres : le commerce et le journalisme.
La fantastique percée d'ebay dans le domaine des échanges est en train de
redéfinir le terme de marchés, puisqu'il incarne véritablement la
mondialisation dont on nous rebat les oreilles. Comme l'indique l'éditorialiste
d'ITR Manager,ce succès pose des problèmes aux Etats, pour lesquels des
ressources non négligeables (telles la TVA) liées au commerce deviennent
insaisissables. Le postulat du site est clair : transformer tous les acheteurs
en vendeurs. Et faire de tous des professionnels. De son coté, un site comme Second Life est en
train de construire une économie virtuelle basée sur une monnaie universelle,
le Lindel dollar, permettant dès aujourd'hui le v-commerce.
Bien avant la sanctification du nous par Time Magazine, le très inspiré Wired publiait de dithyrambiques We're all journalists (en 2004), et autres We are the web (en 2005), anticipant la réalité du net : puisque le coût de l'outil est quasi nul, et que la diffusion du savoir propre à l'utiliser est libre, chacun va expérimenter. D'une envie ou d'une passion naissent un métier. Et pas contraint celui-là.
Sauf que. Sauf que tous les métiers sont encadrés, protégés : Le métier de journaliste, dont le directeur délégué à l'information de France 3, Hervé Brusini, rappelle dans une récente tribune du Monde le caractère tautologique (une "occupation régulière et rétribuée"), après les atermoiements des professionnels de la profession vitupérant leur mise à l'écart dans une émission politique de la première chaine de télé française, et une dernière chronique iconoclaste de Daniel Schneiderman dans Libération proclamant qu'il n'y a qu'un seul journal en France, le Canard Enchainé. Une problématique de "métier" abordée dans le récent rapport Tessier (La presse au défi du numérique) qui propose - de façon bien conservatrice - un statut de "journalistes citoyens"...
Le métier de commerçant est quant à lui issu de spécificités corporatistes qui furent dénoncées par les révolutionnaires, au travers de la loi Le Chapelier et du décret Allarde, et dont l'esprit égalitaire se retrouvait dans la liberté du commerce....
La formidable révolution du Web, celle des échanges, initiée par Napster, transforme petit à petit le paysage mondial en une immense place de marché. Le postulat est celui de la concurrence pure et parfaite, qui paradoxalement tend à niveler les disparités entre les individus : on arrive à une société égalitaire. Effrayant, puisque le modèle échappe aux nations comme aux entreprises, aux idéologues et aux doctrines, mais se construit collectivement, par des pratiques et dans les faits tout autour du globe. Par tout un chacun. Notre peuple vaincra disait l'autre... lequel ?
