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Tag - citoyenneté

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mercredi 30 mai 2007

Le web 2.0 est mort, vive le web

La toile bruisse actuellement de soupçons concernant la santé du web 2.0. Que ce soit chez Froissant, qui trouve le 20 Minutes spécial hitech "le web 2.0 en pleine crise de croissance" non dénué de réalisme.

Que ce soit chez l'excellent quebecois Leblanc, qui se fait l'écho de la thèse d'Alexandre Cabanis (ici chez TechCrunch France), interpellé par l'ambivalence de création de valeur sur le web.

Ou encore chez Pisani, qui commentant l'évolution de Technorati, estime que la blogalaxie s'essouffle.

Alors quoi, le webtoupoyonto est-il malade ? Ne vit-il ses dernières heures ? Si oui, tant mieux, tant cette appellation est un slogan de marketeux voulant redonner du sens à la machine à cash web, slogan dénoncé par l'un des pères du Web, Tim Berners-Lee.

Le web Deux Point Zéro se meurt. Place au Web. Point barre.

Car quoi, on a réinventé l'eau tiède ? Les internautes sont capables de création. Première nouvelle ! Les internautes peuvent produire des contenus intéressants. Deuxième nouvelle ! Internet a inventé le réseau. Troisième nouvelle ! Nous pouvons faire de l'argent avec. C'est énorme !

Tout part de la définition du web. Car en réduisant Internet à un media, en y segmentant les pratiques, en qualifiant les citoyens connectés d'internautes (a-t-on déjà employé le terme téléphonautes ?), n'a-t-on pas occulté le fait que la Toile est le reflet des sociétés, voire une société elle-même ?

 

Récapitulons : au fur et à mesure que les citoyens connectés s'appropriaient les techniques, elles-mêmes de plus en plus simples et de moins en moins chères, les citoyens, consommateurs, sont devenus des producteurs, et d'applicatifs, et de contenus (la dernière idée étant les mashup d'API, par exemple le Popfly de Microsoft).

Parachevée par l'emploi du net, qui n'est que la réplique exacte des comportements sociaux (dont la communication), la place de marché mondiale révée par les acteurs de la bulle 1.0 s'est retournée contre ses promoteurs : la concurrence pure et parfaite de Walras était en marche,  les monopoles détenant les contenus (éditeurs, distributeurs, créateurs) ont volé en éclat...

Sauf que, sauf que... la schizophrénie du producteur citoyen est ici à l'oeuvre, plus que partout ailleurs. Il suffit que l'un des 2 milliards d'internautes offre un produit ou un service pour que tout l'édifice de marché s'écroule. On l'a vu avec le marché de la musique, avec Linux, avec Wkipedia. 

Dans les années 80, l'économiste Joseph Stiglitz, prix Nobel en 2001, théorisa avec Grossman le paradoxe qui porte leurs noms : le marché de l'information (dans leur cas l'information financière) ne peut être efficient car si toute l'information pertinente est contenue dans les prix de marché, alors aucun agent n'est incité à acquérir de l'information sur laquelle sont fondés les prix. Mais si chacun n'est pas informé, certains agents paient pour devenir informés.

Or, dans notre société de l'information, il est extrêmement difficile d'empêcher une information de circuler. Cette restriction, qui fait sa valeur (la rareté de Malthus), est combattue par le réseau lui-même, qui interprète cette "censure" comme une erreur. Il faudra donc la contourner.

En 2001, le sociologue Castells évoquait déjà dans "La Galaxie Internet" l'Etat-Réseau, sorte de mélange entre une infosphère chère à Dan Simmons et une noosphère à la Teillard de Chardin, doté d'une organisation structurée.

Si l'on considère que le Web est l'exact photocopie de nos comportements, de nos pratiques, de nos personnalités, puisque l'on y parle démocratie, comme le dit Cabanis, avec ses problèmes de libre expression, de communautés d'intérêts, de pouvoirs et de contre pouvoirs. Puisque le réseau est à la fois une mémoire et un tuyau, alors il n'y a pas plus de web 2.0 qu'il n'y aura de web 3.1. Seulement un nouveau territoire en train de se construire, bati par petites touches par ses habitants.

jeudi 22 mars 2007

They want You

 

Et un de plus. Alors que, selon le projet pour l'excellence journalistique, l'audience des media ralentit (à voir sur le transnet de l'excellent Pisani), un media de plus - et non des moindres - lance une initiative de media citoyen. Il s'agit de Wired.

L'un des plus anciens media numériques succombe donc au web2.0 (pardon, au participatif) sur l'air de "amateurs, professionnels, mettons en commun nos talents". Ou comment faire interagir journalistes, sources, lecteurs, spectateurs, acteurs d'un fait ou d'un événement, pour produire un "gros" papier. Cela s'appelle Assignment Zero, c'est en beta, et c'est à suivre.

Du media dont vous êtes le héros, on ne compte plus les initiatives. Appelant des rédacteurs, comme le précurseur en France agoravox - lequel s'imagine déjà, via ses fondateurs, en 5eme pouvoir (voir l'excellente vidéo de Vinvi en fin de post)- à youvox, plus spécialisé. Appelant des éditeurs, via des agrégateurs comme webwag ou netvibes, qui lance déjà sa "nouvelle formule", avec plus de morceaux d'interactif dedans, ou les annoncés paperblog ou itsmynews. Appelant des JRI, comme le old school France2 pour des contributions sur la présidentielle en partenariat avec Google video (rappelons que la diffusion d'happy-entartring est rigoureusement défendue). 

Le mot d'ordre est co-mmu-ni-quez ! Express yourself ! Le courrier des lecteurs, en direct, permanent, interactif. Et pas seulement en commentaires sur des blogs. Nous voulons de la matière. Car le problème du blog, c'est - comme le rappelle rue89, émanation en ligne des transfuges de Libération - la pertinence des commentaires. Donc quitte à commenter, autant écrire, argumenter, développer. Répondez-vous par articles interposés. 7 millions de blouggueurs, et moi et moi et moi.. Qui a dit qu'internet détruisait le lien social ?

Alors d'abord, une précision. Le journaliste citoyen est un concept. Comme le web toupoillonto. On ne le répetera jamais assez, un journaliste est une personne qui tire au moins la moitié de ses revenus d'une activité... de journaliste. Le reste est l'art du conte, avec une pointe de sens moral (la très mésestimée déontologie), et de la technique.

Du coté des pros, il y a aussi du contenu. On y traite de tout, mais le plus représenté est le politique. Attendu, un Rue89.com avec les transfuges du plan social Rotschild 3, dont le modèle serait The Politico, émanation de transfuges du NYT. Déjà fonctionnels, Latélélibre, du trublion Lepers, Betapolitique, du juriste Souffron, iPol, d'une société de production indépendante, quelCandidat.com, site événementiel du Dauphiné Libéré, voire  Libération qui fait du TF1...

Ce maelstrom, quoique chaotique, fourre-tout et toujours en beta, est revigorant. Car tous ces nouveaux media sont des media d'opinion. Il y sévit autant d'éditorialistes que de journalistes sans carte, avec cet aspect café du commerce que le massmedia dominant, le media audiovisuel, avait anihilé. Sans doute à cause de sa dépendance au pouvoir, et d'un ministère de l'Information pas si vieux, surtout, pas de préférences. Impartialité et temps d'antenne égal. D'où les polémiques récentes concernant concubines ou femmes de ministres, et les suspicions toujours plus grandes envers les connivences, feintes ou réelles, subies ou affichées. Or, le parti pris existe dans la PQN, la presse magazine. Mais dans l'audiovisuel, point. On pourra gloser sur les amitiés maçonnes de l'Intérieur, le ton crypto-gauchiste d'une ex-tv mitterandienne, mais nous n'avons pas l'équivalent d'une Fox news - républicaine néo con - versus une CNN apparentée démocrate. Quant à la radio, si la publique fut taxée d'affinités socialistes, la crise du "non" au CPE TCE lui a fait rendre ses auditeurs les plus à gauche.

Le web reconstruit du media d'opinion, et suscite le débat. Le PC explose ses scores sur Dailymotion (une "second life" ?), les caricatures anti-bayrou succèdent aux appels anti-ségo auxquels répondent des pastiches anti-sarko à la vitesse du clic. Et, en ces temps de communication politique, jamais campagne n'avait suscitée autant d'attention. Et tout autant d'indécision. Alors ça jacte, blouggue, trollise, poste, forwarde, bookmarke, tagge. T'en penses quoi sur ce qu'il a dit hier soir attends voilà les images oh écoutes ce remix il cartonne mais c'est-y pas un éditorialiste qui affiche sa préférence ? La fabrique de l'opinion s'est muée en autant de fabriques qu'il y a d'opinions. 60 millions, sans compter nos amis belges !

Et que penser des résultats de recherche dans wikipedia.fr, où à l'heure où j'écris ce post Nicolas Sarkjozy est le 13eme article le plus demandé, devant Ségolène Royal 14ème, et "élection présidentielle en 2007" 18ème ? (info via l'excellent québécois Michel Leblanc).

Alors, parce que l'identité nationale est jacobine, on s'est dit qu'il n'y aurait pas trop d'un statut pour encadrer tout ce joli monde, et d'un label pour s'y distinguer, entre gens de bonne compagnie. Sauf que faire le tri entre 7 millions de personnes, ce n'est plus l'apanage d'une commission, c'est une mission pour Bercy.

Alors bienheureux le CSA de s'en tenir aux mass media français. Et bienheureux le Forum des droits sur Internet avec ses recommandations concernant la campagne sur la "propagande électorale". Mais dans tout ça, je me demande : à quand une carte de presse nationale d'identité ?