error 404

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 13 février 2007

Pirates !

Coup sur coup deux études viennent rappeler que les chiffres ne veulent rien dire d'autre que ce que l'on veut bien leur faire dire.

La plus récente tout d'abord, celle de l'Idate, Download Monitoring menée avec Mediametrie, qui se veut la première sur l'usage d'applications de téléchargement "légales et non autorisées". Si l'on passe sur les "applications non autorisées", il est dommage qu'elle ne prenne pas en compte les logiciels comme Windows Live Messenger, ou les pratiques de forums (avec entre autres des logiciels comme Grabbit) ou encore les hébergeurs professionnels, tels Megaupload, Rapidshare, etc...

Pourtant, l'étude relève ce que beaucoup supputaient, à savoir que les deux modes de téléchargements (gratuits et payants) ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Et que si le téléchargement illégal est majoritaire avec 85% des usages, il ne faut pas oublier la dimension sociale du partage. Et donc que les vendeurs oublient trop souvent que "les invisibles" de l'économie participent de l'économie elle-même. Un peu comme cette analogie développée par l'économiste Yann Moulier Boutang sur les abeilles et l'apiculteur, estimant le revenu des apiculteurs américains à quelques centaines de millions, mais chiffrant la perte en cas de disparition des abeilles à plusieurs dizaines de milliards de dollars (cité lors de la conférence Forum modernités, Le moteur à explosion dans l'économie de la connaissance du 12 février 2006).

Le chiffre du téléchargement "hors commerce" est d'ailleurs corroboré par Steve Jobs, qui constate - cyniquement - que moins de 3% des titres présents sur un iPod proviennent d'iTunes.
Pourtant, nous apprend une étude de GFK pour SVM, tout juste antérieure (janvier 2006), les français téléchargeraient moins mais mieux, avec un tassement de la musique et une augmentation des films. Si l'on suit le raisonnement développé par les ayants-droit musicaux, il y aurait lieu de crier aux "Pirates !" aussi fort que la Sacem, et de poursuivre encore et toujours ces asociaux anti-économiques. Pourtant, les succés rencontrés par la VoD, ou la mise en place de la plateforme de l'INA disent le contraire. Et lorsque l'on voit que les salles de cinéma françaises ont enregistré 188,45 millions d'entrées en 2006 (dont 84,76 millions pour les films français), un chiffre en hausse de 7,5% par rapport à 2005, il y a de quoi rester perplexe face à un tel paradoxe.

Pourtant, il est vraisemblable que le web agit comme une formidable caisse de résonnance pour les contenus. Comme l'indique le document de la FING, réflexion engagée sur "Musique et numérique", dont le colloque aura lieu le 15 février prochain, Internet a vu l'industrialisation du "bouche à oreille" et de la prescription de musique, depuis des réseaux informels d'amis ou d'amateurs (forums, Newsgroups, salons de "tchatche", blogs...). Le document est disponible ici.
Le seul problème, pour les acteurs économiques autrefois responsables de la communication (journalistes spécialisés, spécialistes du marketing, publicitaires, attachés de presse, diffuseurs), c'est qu'ils font de moins en moins partie de la chaine de valeur, et sont dépossédés de leur "métier" par des amateurs. C'est le grand paradigme du web.

mercredi 20 décembre 2006

Du contrôle du net

Alors que l'on croyait la parenthèse DADVSI fermée, voilà que quelques événements viennent nous rappeler la bataille qui se joue pour le contrôle des flux transitant sur les fameuses autoroutes de l'information.

Comme le rapporte l'excellent avatar Champeau, le Japon vient de créer un précédent en condamnant le créateur du logiciel de p2p winny, très populaire au pays du soleil levant. Plus près de nous, les belges de la SABAM (la Sacem qu'Outre-Quievrain) veulent endiguer le problème du p2p à sa source, c'est-à-dire en contraignant les FAI à faire la police parmi les internautes, vraisemblablement au moyen d'outils de surveillance des réseaux.

Encore plus près, puisque chez nous, c'est le BLIC (Bureau de liaison des industries cinématographiques) qui demande, à l'aune du réexamen de l'accord portant sur la Vod, "davantage d'engagements des FAI" contre le piratage; en balance, la possibilité d'aligner l'exploitation Vod sur celle DVD en vidéoclub, dans la fameuse chronologie des media.

Pourtant, cette resucée du débat a tout du combat d'arrière garde. D'abord parce que le filtrage des contenus est absolument impossible, que ce soit pour des raisons légales ou techniques. Si la technique reste une affaire de techniciens, peut-être. Mais lorsqu'on peut partager des fichiers à l'aide du Windows live, que des services comme yousendit ou neobebox permettent d'archiver et d'échanger des fichiers de la taille d'un film...

Enfin, ce débat est surtout l'oeuvre d'acteurs de la génération unpointzero, dont les rentes de situation sont bousculées, comme l'a souligné le rapport Levy-Jouyet au regard de la gestion des droits intellectuels. Pourtant, les nouveaux acteurs comme Google s'activent. La BMI (la Sacem d'Outre-Atlantique) vient de signer avec SpiralFrog.

Le récent - et très médiatisé - succés d'Autumn avec 400.000 visionnages (chiffres Google) à début décembre est là pour rappeler qu'un nouveau mode de distribution existe, et qu'un contenu avec une vraie production et une durée cinéma peut s'inscrire dans la petite lucarne du web, entre long tail et contenu exclusif, avec des frais réduits, marketing comme distribution..
Mais comme le souligne Champeau, il est vrai que le patron du BLIC est en même temps celui de Gaumont, le distributeur. Alors la pression pour le contrôle est là, mais ne doutons pas qu'elle fera pshiit..

vendredi 29 septembre 2006

Redistribution audiovisuelle

Si le web a bien modifié quelque chose, c'est le rapport au temps et à l'espace. A peine DADVSI votée que cette loi, censée protéger les artistes, mais taillée sur mesure pour les acteurs classiques des media, est obsolète. L'activité vente des maisons de disques est en net recul - l'édition se porte bien en revanche, merci. Et du coté des distributeurs, ça sent le sapin.

Voici donc la Fnac. Le groupe PPR envisage de se séparer de l'ancien fleuron de son groupe pour se recentrer sur un coeur de métier beaucoup plus rentable que l'agitation culturelle, le luxe. Comme le rapporte

Libération, les produits culturels ne représentent plus que 40% des ventes de l'enseigne, et ce chiffre est en constante diminution.
Il semble que l'adaptation au web des enseignes de distribution a été trop faible, ou que la prise de conscience a trop tardé. Comment expliquer sinon le succès d'un Apple, ou l'engouement autour de l'activité vente de Myspace ?

Ce sont donc les artistes eux-mêmes qui (re)prennent en main leur distribution. Une semaine après la sortie de leur album hors du circuit traditionnel (vente en direct sous forme CD ou clé USB, en téléchargement sur Myspace...), le groupe canadien Barenaked Ladies, annonce 1 million de dollars de recettes.

Concernant la vidéo, ce sont coup sur coup Francetélévision et TF1 qui annoncent leur offre VOD. Et court-circuitent par là-même le réseau de distribution physique. Pourtant, selon NPA Conseil et le CSA, seuls 18% des français connaitraient la VOD. Si l'offre est pléthorique - 25 services sont recensés - il manque encore une vraie convergence des plateformes de diffusion. Un film se regarde sur une TV, plus difficilement sur un écran d'ordinateur.

Mais cette convergence s'accélère. Ainsi, la récente offre de Neuf qui lance son media center,

MP9. En attendant l'offre d'Orange, et le développement des services d'abonnement musicaux et cinéma des FAI. Faute d'avoir noué les bonnes alliances, les distributeurs sont condamnés. Suivant le DIY qui caractérise le web, leurs successeurs ont délocalisé leurs points de vente... chez le consommateur.