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lundi 28 octobre 2013

Mutatis mutandis

La nécessité du Troll

PC Impact a lancé 14h42 (décidémment, Douglas Adams est une source d'inspiration chez les geeks), une "émission de TV" en partenariat avec Arrêt sur Images. Animée par le trouble-fête Manach, elle propose du sujet de fond, chose qui devait être trop anxiogène chez FranceTV.

La première émission revenait sur la responsabilité des hébergeurs, et pointait un projet de loi bisounours dérivant liberticide. L'article 17 de cette loi, votée par le Sénat le 17 septembre, élargit le champ du "mal absolu" dans notre société en modifiant la LCEN. Non content de recréer des communautés dans une république une et indivisible, la loi rend responsable les hébergeurs de l'expression des citoyens de la "stigmatisation" de ces communautés. La justice d'exception confiée à ces hébergeurs au motif du plus grave appel au trouble public (appréhender puis supprimer une expression de type "crimes contre l'humanité, incitation à la haine raciale, pornographie enfantine") empile désormais des notions totalement subjectives comme le sexisme, l'homophobie ou la "haine" des handicapés, déjà existantes dans la législation sur la presse. Outre cette énième rupture de l'égalité citoyenne, cette loi conduit à une censure de la parole, ou une autocensure du diffuseur. On en arrive donc au pré-crime et à la privatisation de la justice, sous couvert de protection des individus.

Les mêmes qui découvrent le caractère libératoire d'une parole décomplexée sur internet, et réduisent ses voix à des fascistes en puissance, envisagent de cacher cette parole, plutôt que d'éduquer et punir. Et voilà que l'adolescence de jeunes cons explose à la figure de nouvelles chiennes de garde. Invoquer comme le fait madmoizlle.com l'article L222-2 (agression sexuelle) pour stigmatiser les conseils de drague d'un animateur radio à sa population acnéique démontre bien la crispation de la parole publique:  parce que tout d'un coup l'espace public a augmenté: il n'est plus circonscrit à un temps et un lieu, et fusionne espace public et privé. Vivre avec des cons, c'est compliqué, mais cela doit s'apprendre.

Mais c'est ainsi que l'on parle de "civiliser internet", d'éduquer à internet, de moraliser internet.

Il est fâcheux de constater que la gauche essaie d'appliquer une "civilisation d'internet" sous un prétexte de moralisation; ou comment créer des blasphèmes civils. Si la parole est libre, alors les contraintes à son expression ne doivent pas être issus de faux prétextes, ni le fait de communautés. Et les effets de l'exception ne doivent surtout pas rentrer dans le champ du commun, au risque de la banaliser.. 

 

Pour en finir avec les taxis

C'est le sujet qui agite le monde de l'innovation : les VTC contre les taxis.

Uber - comme AirBnB - surfe sur la vague de sympathie de la "share economy". L'engouement actuel découle de l'apparition d'un tiers secteur économique, "l'économie sociale et solidaire", secteur oeuvrant dans un "capital humain", comme les mutuelles ou les entreprises de type SCOP. Néanmoins, Uber surfe également sur les processus de captation de flux, jouant des législations fiscales et d'une position de donneur d'ordre qui n'est en pas une. En effet, Uber est une entreprise de droit français, filiale d'une société américaine, mais dont les contrats entre parties sont du ressort du droit néerlandais. Par ailleurs, dans une tribune récente dans le Financial Times, l'auteur Evgeny Morozov, grand sceptique, rapporte le cas de "conducteurs Uber" licenciés, mais pas vraiment. Il suffit que le "non employeur" désactive le compte de "l'Uber taxi", et voilà ce dernier au "non chomage".

“driver contracting with Uber is not a bona fide employee”

Bizarrement, même de l'autre coté de l'Atlantique, le sujet est sensible, et discuté. Il suffit de lire les commentaires de ce post de TheVerge pour le constater..

Alors qu'Uber a lancé une pétition mi-octobre, récoltant au 27/10 14.000 signatures , le billet de Nicolas Colin sur les fossoyeurs de l'innovation, blamant la rente, en avait fait le double en deux jours. Quand on parle d'innovation, tout est bon dans le cochon. Pourtant...

Lorsqu'Uber annonce en début de mois qu'il baisse ses tarifs, le consommateur ne peut que se réjouir. L'employé, qui n'en est pas un, ne peut que constater 25% de diminution pour la course. Le processus d'innovation revendiqué par ces nouveaux entrants, la disruption du marché, n'est finalement que la libéralisation d'un marché régulé, au mépris des conventions sociales qui régissent l'écosystème. Rappelons qu'un chauffeur de taxi, qu'il soit salarié, locataire ou artisan, est soumis à des devoirs en plus de l'achat éventuel de sa licence.

Lorsque la jeune garde libérale soutient Uber contre les taxis, il ne faut pas qu'elle oublie que, derrière les entreprises de rente, il y a aussi les artisans taxis; ces derniers ont, à Paris, des revenus proches du smic en tant qu'artisans. Et que derrière Uber, il y a aussi des VC, qui ont investi énormément d'argent (les entreprises de l'économie du partage ont déjà reçu 600M de dollars de fonds d'investissement). Et qu'il semble que la stratégie de développement soit la même pour tous : prendre à témoin l'usager, à qui l'on promet - et offre - un produit disruptif, afin de peser politiquement. Ben Schiller, chez fastcoexist, nous apprend donc qu'AirBnB vient de lancer une pétition adressée aux New Yorkais pour qu'ils les soutiennent. Et d'évoquer l'astroturfing....

Il est toujours délicat d'ouvrir un marché à la concurrence. Sauf à ruiner les exploitants, une telle ouverture pourrait couter €4 milliards à la collectivité française. Et les plateformes extra-territoriales, qui se gobergent de droits, en évitant les devoirs des écosystèmes dans lesquelles elles évoluent, devraient adopter un profil bas.

 

Libérez les algorithmes !

Les algo ont envahi notre quotidien. Des résultats de recherche au mur de facebook, des recommandations de sites tels qu'Amazon ou Netflix à la pub comportementale, les formules sont partout. Algorithms are the new gatekeepers, proclame cette présentation slideshare. Ce qui semble à première vue une avancée technologique cache en fait une redoutable menace : l'incident, l'inconnu, le hasard sont ainsi ramenés à la portion congrue. Pire, les formules mathématiques, censées être cohérentes et "sincères", peuvent être détournées de leur fonction à des fins malveillantes. C'est ainsi qu'en début d'année, un réseau de pharmaciens pratiquant la double comptabilité a été démantelé, pratiques qui étaient permises via une fonction cachée du logiciel de compta.

Pour internetActu (sous la plume d'Hubert Guillaud), dans une optique de contrôle de la vie privée, il faudrait limiter le pouvoir des algorithmes. Et de citer des travaux d'universitaires américains appelant à connaître la façon dont les algorithmes nous "jugent", notamment dans le cadre des analyses des données personnelles. Travaux qui rejoignent le point de vue d'Evegny Morozov - encore lui -  dans Technology Review, qui s'alarme de l'emploi toujours plus grand des données par les entreprises ou les gouvernements, sans implication ni contrôle des citoyens. Et de renvoyer dos à dos NSA et GAFA...

Dans tous les cas, à mesure que nous sommes dépendants de logiciels, et nourrissons la machine, il serait judicieux que nous puissions ouvrir le capot et regarder comment ça marche. Si l'on n'y prend pas garde, les algorithmes risquent bien de remplacer l'organisation humaine, et nous amener dans une société du 0 et du 1, là où c'est un chaos organisé mais maitrisé par la collectivité qui existe à ce jour

lundi 26 août 2013

Mutatis mutandis

Car As A Service

Le huge truc du buzz de la semaine dernière, ce fut l'investissement de Google Ventures dans Uber. A proprement parler, ce n'est pas un investissement direct de Google - qui dispose de son propre fonds, Google Capital - même si le raccourci fait gloser, et il y a de quoi.

Le service de VTC, qui a le vent en poupe dans une économie qui se veut de concurrence libre et non faussée, fait le bonheur de certaines populations, ceux déplorant le manque de taxis, la rente accordée à certaines entreprises (en France, les G7 et Taxi Bleu), ou ceux qui y voient un moyen simple d'arrondir leurs fins de mois.

La stratégie de Google dans le domaine de la voiture est intéressante. Après avoir cartographié le monde, via Maps, puis l'avoir pris en photo, Google développe la voiture sans chauffeur et a racheté pour un milliard de dollars l'application Waze. Connaissant Google, qui fait travailler ses utilisateurs depuis l'algorithme Pagerank, il y a fort à parier que les données du service Uber seront exploitées afin de définir des zones de chalandises, de modéliser les usages comme les itinéraires, d'optimiser le marché des offres (chauffeurs) et des demandes (clients).

Cet investissement ne fait donc que renforcer l'idée que Google a désormais bien assimilé que le marché de l'automobile devient un marché du déplacement, et donc de services. Services qu'il se propose de commercialiser lui-même, en proposant son propre device, comme il l'a fait avec ses propres tablettes. Il sera un temps ou Peugeot et Renault seront des équipementiers ... 

 

Des frontières plus que jamais  

Je ne connais pas la loi sur la liberté de la presse en Angleterre. Toujours est-il que c'est exclusivement par la menace que l'exécutif a fait détruire une partie des documents leakés de Snowden par le Guardian. Le principal allié des Etats-Unis, qui fournit une grande partie du dispositif de surveillance à la NSA sur le territoire européen, se révèle être aussi peu regardant sur les libertés publiques que lui; ce qui n'est pas étonnant, dans un pays leader mondial des cameras de surveillance, avec une caméra pour 11 habitants (5.9 millions de cameras selon la "British Security Industry Association"). A la suite de quoi, les documents en cause (concernant le GCHQ, pendant de la DCRI française) ont été exfiltrés aux Etats-Unis pour être traités par le New York Times.

Après l'exil de Snowden - que même Cuba n'a pas voulu accueillir - on arrive au bout du système : la donnée elle-même devient persona non grata.

 

La fausse bonne idée des API (ou comment rendre le code propriétaire)

Un gros article dans Wired revient sur App.net, qui devait révolutionner internet. Du type Platform As A Service (PAAS), il mettait en oeuvre une logique Single Sign On pour mutualiser les multiples applicatifs web. Mais, comme l'indique l'article, les écosystèmes ouverts ne le sont jamais bien longtemps; les diverses app tierces reposant sur twitter ont en fait l'amère expérience..

En programmation, on a vite appris à créer des bouts de code indépendants, fonctions ou procédures, qui sont appelés en fonction des usages; un programme, ce n'est juste qu'un flux de données qui est traité par un processeur, au travers de bouts de code. Tout était simple quand les données transitaient dans le bus d'une carte mère.

Avec le développement des services web, ces bouts de code se retrouvent appartenir à des sociétés. Facebook est une bibliothèque de fonctions indiquant en entrée au moins un ID utilisateur, et en sortie, des données liées. Idem pour twitter, vine, picasa, tumblr... Dans le monde du web, le bus est désormais Internet, les processeurs décentralisés dans le "cloud". Internet devient un gigantesque ordinateur, et chaque fournisseur de composant essaie de valoriser sa partie du mieux qu'il peut. On en a un exemple flagrant avec les FAI qui opérent un bus et cherchent à monétiser la bande passante VS les applicatifs qui sont le processeur ou la mémoire d'une babasse à l'ancienne..

Il est illusoire de penser que les API sont bénéfiques pour l'utilisateur final. Elles ne font que renforcer le pouvoir de domination des plateformes dont la propriété du code est fondamentale. Pas étonnant que les GAFA sont toutes situées aux US, où les brevets logiciels sont la norme.