Canal + a donc fait la paix avec TF1. Après des batailles titanesques pour l'exclusivité de programmes (films US en première diffusion, football, séries), leurs filiales respectives, TPS et CanalSat ont fusionné pour ne former plus qu'un opérateur. C'est que le temps de la concurrence sur le crénau de la diffusion satellite est terminé. Les nouveaux entrants sur le marché de la diffusion, principalement issus des industries des telecom, constituent une nouvelle menace, menace validée par l'avis favorable à la fusion du CSA.

Et l'une des conséquences est l'apparition des chaines TF1 et M6 sur les différentes ADSL Box.  Si l'on en croit l'institut Gartner, cité par Le Monde, d'ici à 2010 cinq millions de français regarderont la TV via l'ADSL en 2010. Hypothèse que l'on peut considérer comme basse lorsque l'on voit la vitesse de progression des abonnements du haut débit et ses quelques 11 millions d'abonnements au 3eme trimestre, dont 1,5 millions recevant d'ores et déjà la TV ADSL. Le métier de diffuseur est en complète réorganisation, tout comme ce secteur, où l'on a également assisté récemment au regroupement des cablo-opérateurs français.

Cette concentration des distributeurs répond donc à l'apparition des nouveaux fournisseurs de contenus, dépourvus de l'éditorial, désormais laissé aux seuls clients : le marché de la VoD exite les convoitises, si l'on regarde les chiffres US qui font état d'un marché de 26 millions de récepteurs VOD. Et tout l'enjeu revient une fois de plus à l'exclusivité, définie par la chronologie des media, qu'elle soit politique en France ou économique aux Etats-Unis, comme le rapporte le NYT.

Le métier de grille, organisant des créneaux horaires avec des contenus selon des profils de consommateurs, est désormais en phase de marché ouvert. Et ce marché ressemble de plus en plus à celui de la vente de biens physiques matérialisé par ebay : une conception de programmes définie - et partagée - par l'utilisateur.

Et la menace est double : une concurrence sur la diffusion du contenu, avec des technologies d'hyperdistribution telles Venice ou de redistribution de Orb. Mais également d'éditorialisation avec les chaines utilisateurs de Dailymotion ou Youtube.

Dans ce contexte, la loi sur la télévision du futur, qui sera débattue à la fin du mois par le parlement, offre une vision très archaïque de la conception du futur du media. Notamment en terme de régulation, de quotas ou de financement des oeuvres audiovisuelles. Mais que le politique soit en retard sur les mutations technologiques ou sociales, on commence à en avoir l'habitude...