Entrepreneuship is the New Politics

Le modèle politique est à l'agonie. Lorsqu'on voit la course à l’échalote de "républicains" dans le marigot des idées populistes de la droite extrême, on ne peut que le déplorer. Pourtant, de nombreuses initiatives populaires existent pour suppléer à l'incurie manifeste de nos gouvernements à prévoir, guider, ou enchanter le monde. Et c'est étrangement du coté de l'entreprise que les regards se tournent. Tradition française oblige, pas l'entreprise paternaliste issue de l'après-guerre qui gère sa rente à coup de démagogie facile; ni l'entreprise scélérate qui exploite bien évidemment ses employés, génère stress, suicides, et évasion fiscale. Non, l'entreprise en mode "entrepreneur".

Suivant la mode de la startup américaine, l'entrepreneur a non seulement le vent en poupe, mais il est aussi appelé, toujours selon le modèle US, à changer le monde. Chose que le politique a depuis bien longtemps abandonné. L'entrepreneur aujourd'hui célébré et cajolé (à voir le nombre d'espaces publics ou privés qui lui sont dédiés) est également sommé de faire bouger les lignes, comme on a pu le voir avec la récente polémique opposant taxis et VTC

D'inspiration libérale - voire libertarienne - ces nouveaux hérauts de l'âge des possibles recouvrent toutes les sensibilités politiques, et participent de la refondation du système étatique. A défaut de rebooter la démocratie, ils ont au moins la possibilité de hacker le système. A suivre...

 

Travailleurs du dimanche

Si la politique est au point mort, le débat se porte bien. Pour preuve, celui qui resurgit au détour de la condamnation de deux GSS de bricolage : le travail dominical. Et le débat est rude, avec des points de rupture bien établis; toucher au dogme, même avec de l'ironie, peut mener à des procès en sorcellerie...

On pourrait croire que le dimanche est un moment de cohésion sociale, avec une morale républicaine qui s'érigerait en gardienne de cette cohésion, contre le travail. Il n'en est malheureusement rien. Près de 30% des français travaillerait déjà, "habituellement ou occasionnellement" le dimanche. 1/3 des français, qui n'ont pas le choix, parce que leur emploi fait partie de catégories soumises à dérogation, travaillent le dimanche.

Si l'on s'en tient au droit non dérogé (zones PUCE), le loisir est considéré comme un champ d'exemption au repos dominical. Mais parce que l'hypocrisie n'a pas de nom, le loisir est pris ici dans sa dimension culturelle : aussi, si l'on peut aller chez euroDisney, et que la société tolère le travail des acteurs jouant Dingo, des cafetiers, des hoteliers, des boutiques souvenirs, elle reste intransigeante avec le bricoleur du dimanche.

Il n'y a qu'à attendre qu'Amazon arrive à livrer (établis, poutrelles, ciment ou plâtre) le dimanche...

 

"Je ne suis qu'un boutiquier"*

Un texte très lucide est paru sur actualitté la semaine où les députés votaient, tous partis confondus, une loi anti Amazon.

"Faut-il laisser mourir les librairies" s'interroge sur la désertion progressive des échoppes par les clients, qui leur préfèrent le géant US. Et de pointer les errements des libraires, qui s'obstinent à chercher des boucs émissaires, là où c'est leur métier, et plus exactement leur utilité, qui est remise en cause.

L'industrie de contenu vit ses dernières heures de rente, et s'accroche à ce qui lui reste, le support d'un part, le copyright de l'autre. Si la puissance publique se préoccupe autant des libraires, c'est également pour deux raisons; la tarte-à-la-crème de l'"exception culturelle", et la constitution de la filière livre qui est un modèle exemplaire de cavalerie. Supprimez les soutiers de la distribution (l'un des métiers annexe du libraire étant manutentionnaire), vous tuerez les éditeurs. C'est en cela que le lobby de ces derniers est considérable, et qu'il se trouve donc une étrange unanimité politique pour rester entre matous matois.

A toute chose malheur est bon; une initiative de la sorte ne fera qu'augmenter la pénétration du livre numérique. Que les esprits chagrins du papier se consolent; pour les amoureux du livre, il reste les bibliothèques. Les amoureux du lire sont déjà perdus.

 

* In [Le Magnifique, P. de Broca] :

" Croyez-moi, c'est vous qui avez la meilleure part, cher Merlin, alors que moi, qu'est-ce que je fais ? Je reçois ça. Des manuscrits. Vingt par jour. 140 par semaine. Qu'est-ce que vous voulez que je foute de toutes ces saloperies ? Non, croyez-moi, vous avez sûrement plus de satisfactions que moi, au bout du compte ! Vous faites rêver des milliers de gens ! Et ce rêve, cher Merlin, c'est vous qui le fabriquez, parce que vous êtes un magicien, et moi je ne suis qu'un boutiquier ! "