Agora numérique

"De mémoire de journaliste web", on n'avait jamais vu un tel succès pour une page de réaction à un fait divers. Cette phrase d'un article du Figaro concernant la page facebook de soutien à un bijoutier meurtrier est étonnante à double titre; d'une part, parce qu'il existe donc une mémoire web; de l'autre, parce qu'il ressort que facebook est devenu, en 7 ans d'existence française, la nouvelle agora.

Cet espace de liberté fait extrèmement peur aux corps constitués, qui disposent d'un monopole de la représentation. Qu'il s'agissent de ministres qui, horrifiés par les hashtag twitter, veulent interdire l'expression a priori et cacher la poussière sous le tapis. Qu'ils s'agissent de journalistes (que l'on a connu plus inspirés) qui y voient un moyen génial de faire le ménage parmi leurs "amis" facebook (cité par Rue89).

Ces deux discours devant un fait divers, qui en d'autres temps aurait mobilisé une parole politique (le serpent de mer de la peine de mort chez l'extrème droite) poussent à radicaliser les pour et les contre là où le débat public est nécessaire à l'exercice de la démocratie. Et les réseaux sociaux, tout appropriés qu'ils sont en tant qu'espaces publics, sont plus utiles que dangereux.

De la diffusion

La polémique fait rage entre Arthur et le service public. En cause, une énième réorganisation de la station Le Mouv', qui peine à trouver des auditeurs, là où la radio d'Arthur, Oui Fm, ne peut se développer faute de fréquence hertziennes disponibles.

Que ce soient les medias ou les oeuvres, tous ont besoin d'exposition. La récente mise à jour de l'étude allemande concernant l'impact de la fermeture de MegaUpload ne dit pas autre chose : elle a surtout bénéficié aux blockbusters, la consommation pirate s'apparentant à une forme de marketing (ou bouche à oreille) qui permettait de faire découvrir des "petits et moyens films".  

C'est tout le paradoxe des biens d'expérience, et concomittament de la crise des media : on n'apprécie qu'après la consommation, et la multitude transformée en média est un autre moyen de diffusion. Reste à la valoriser, sans transformer chaque acteur de la chaine en publicitaire.

Grammaire digitale

42, Simplon.co, la mutinerie qui propose des formations, la professionalisation du site du Zero (qui devient Openclassrooms), la fondation Mozilla qui organise des "coding gouters"... le code - et les codeurs - a le vent en poupe.

Pour autant, il ne faut pas croire que former des bataillons de codeurs va transformer l'économie, atone. Beaucoup de professeurs, chercheurs ou journalistes considèrent actuellement le code comme un nouveau latin. Un texte de 2012 du journaliste John Nahgton (Pourquoi les enfants devraient apprendre à coder) fait régulièrement surface sur les SNS. Où il est question d'autonomie, de créativité, de DIY, d'algo et de crypto.

Mais pas que. Alors que le monde dans lequel nous vivons se compléxifie à une vitesse stupéfiante (les puces sont partout, et le M2M ne va rien arranger), il faut avant tout apprendre le code non pour le construire, mais déjà pour en comprendre le fonctionnement. Nul n'est censé ignorer la loi? Nul ne devrait être censé ignorer le code.