Car As A Service

Le huge truc du buzz de la semaine dernière, ce fut l'investissement de Google Ventures dans Uber. A proprement parler, ce n'est pas un investissement direct de Google - qui dispose de son propre fonds, Google Capital - même si le raccourci fait gloser, et il y a de quoi.

Le service de VTC, qui a le vent en poupe dans une économie qui se veut de concurrence libre et non faussée, fait le bonheur de certaines populations, ceux déplorant le manque de taxis, la rente accordée à certaines entreprises (en France, les G7 et Taxi Bleu), ou ceux qui y voient un moyen simple d'arrondir leurs fins de mois.

La stratégie de Google dans le domaine de la voiture est intéressante. Après avoir cartographié le monde, via Maps, puis l'avoir pris en photo, Google développe la voiture sans chauffeur et a racheté pour un milliard de dollars l'application Waze. Connaissant Google, qui fait travailler ses utilisateurs depuis l'algorithme Pagerank, il y a fort à parier que les données du service Uber seront exploitées afin de définir des zones de chalandises, de modéliser les usages comme les itinéraires, d'optimiser le marché des offres (chauffeurs) et des demandes (clients).

Cet investissement ne fait donc que renforcer l'idée que Google a désormais bien assimilé que le marché de l'automobile devient un marché du déplacement, et donc de services. Services qu'il se propose de commercialiser lui-même, en proposant son propre device, comme il l'a fait avec ses propres tablettes. Il sera un temps ou Peugeot et Renault seront des équipementiers ... 

 

Des frontières plus que jamais  

Je ne connais pas la loi sur la liberté de la presse en Angleterre. Toujours est-il que c'est exclusivement par la menace que l'exécutif a fait détruire une partie des documents leakés de Snowden par le Guardian. Le principal allié des Etats-Unis, qui fournit une grande partie du dispositif de surveillance à la NSA sur le territoire européen, se révèle être aussi peu regardant sur les libertés publiques que lui; ce qui n'est pas étonnant, dans un pays leader mondial des cameras de surveillance, avec une caméra pour 11 habitants (5.9 millions de cameras selon la "British Security Industry Association"). A la suite de quoi, les documents en cause (concernant le GCHQ, pendant de la DCRI française) ont été exfiltrés aux Etats-Unis pour être traités par le New York Times.

Après l'exil de Snowden - que même Cuba n'a pas voulu accueillir - on arrive au bout du système : la donnée elle-même devient persona non grata.

 

La fausse bonne idée des API (ou comment rendre le code propriétaire)

Un gros article dans Wired revient sur App.net, qui devait révolutionner internet. Du type Platform As A Service (PAAS), il mettait en oeuvre une logique Single Sign On pour mutualiser les multiples applicatifs web. Mais, comme l'indique l'article, les écosystèmes ouverts ne le sont jamais bien longtemps; les diverses app tierces reposant sur twitter ont en fait l'amère expérience..

En programmation, on a vite appris à créer des bouts de code indépendants, fonctions ou procédures, qui sont appelés en fonction des usages; un programme, ce n'est juste qu'un flux de données qui est traité par un processeur, au travers de bouts de code. Tout était simple quand les données transitaient dans le bus d'une carte mère.

Avec le développement des services web, ces bouts de code se retrouvent appartenir à des sociétés. Facebook est une bibliothèque de fonctions indiquant en entrée au moins un ID utilisateur, et en sortie, des données liées. Idem pour twitter, vine, picasa, tumblr... Dans le monde du web, le bus est désormais Internet, les processeurs décentralisés dans le "cloud". Internet devient un gigantesque ordinateur, et chaque fournisseur de composant essaie de valoriser sa partie du mieux qu'il peut. On en a un exemple flagrant avec les FAI qui opérent un bus et cherchent à monétiser la bande passante VS les applicatifs qui sont le processeur ou la mémoire d'une babasse à l'ancienne..

Il est illusoire de penser que les API sont bénéfiques pour l'utilisateur final. Elles ne font que renforcer le pouvoir de domination des plateformes dont la propriété du code est fondamentale. Pas étonnant que les GAFA sont toutes situées aux US, où les brevets logiciels sont la norme.