Ouisharers, ouishareuses,

Suite à mon post dézinguant la "sharing economy", je me suis retrouvé, à l'invitation d'Anne-Sophie Novel, à Bercy mardi dernier. Plus précisémment à un BercyJam organisé par Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Économie numérique, et animé par OuiShare. Cette réunion de beaucoup d'acteurs de cette "nouvelle" économie était une sorte de barCamp, organisé en ateliers visant à produire idées et recommandations pour la puissance publique concernant l'économie collaborative.

Pour la petite histoire, et parce qu'elle n'est pas sans incidence sur l'autre, j'ai été tracté en arrivant dans ce paquebot qu'est Bercy par des salariés de cette administration. Le tract mentionnait les revendications de la CGT "Centrale Finance", à savoir, entre autres : taux de remplacement 75% minimum pour une carrière complète, ouverture du droit à la retraite à 60 ans pour tous, validation des années d'études et des périodes de précarité subie.

A Bercy, j'ai pris part à des ateliers, écouté, pris des notes et essayé de comprendre in situ. Et j'ai également ouvert ma - grande - gueule lors d'une table ronde.

J'ai reçu ensuite reçu une invitation à rejoindre le groupe facebook "Ouishare friends", pour y porter la contradiction. A cette occasion, l'un des membres m'a expliqué qu'une co-construction efficace, c'est "un 1/3 de militants, 1/3 de sympathisants et 1/3 d'opposants". Je me retrouve donc dans le tiers des "opposants", suite à mes deux posts de blogs qui critiquaient cette nouvelle économie.

Mon but dans la vie n'est pas de faire le contradicteur; mon but est de vivre heureux en attendant la mort. Vous voudrez bien mettre ce que vous voulez sous le vocable bonheur, d'Ulysse à Alexandre, des simples d'esprit aux hommes de bonne volonté. Mais le vieux singe que je suis, ayant vécu la bulle d'Internet, puis tous les recyclages marketing en découlant (le web2.0 est une nouvelle démocratie, le social search va tuer le search, le social gaming est l'avenir du jeu vidéo...), est toujours dubitatif quand apparaît le mot nouveau. Quoi, un nouvel Omo ?

Critiquer pour critiquer, cette forte spécificité française, n'est pas ma tasse thé. L'idée qui m'anime est de hacker les systèmes; une fois qu'ils ont été hackés, ils n'en deviennent que plus solides. L'économie collaborative, si j'ai bien compris, serait un hack de l'existant. Je vais donc hacker le hack.

 

Les ateliers

J'ai participé à deux tables rondes, dans l'atelier A - Pourquoi : " Travail, Emploi, Services"; dans l'atelier B - Comment : "Régulation/dérégulation".

 

L'atelier Pourquoi était scindé en plusieurs groupes : "Mobilité, transport, logistique", "Travail, emploi,services", "Tourisme, culture, rayonnement", "Alimentation, consommation, distribution", "Education, formation, recherche", "Production, industrie, énergie".

J'ai choisi le travail, bizarrement. Donc, pourquoi ? Pourquoi les plateformes collaboratives se mettent en place ? J'en avais une petite idée, et mon atelier a confirmé mes pensées. Si quelques idéalistes mentionnent le caractère social de la mise en oeuvre de plateformes collaboratives (retour à la confiance, décloisonnement, rencontres, enrichissement personnel, mieux vivre), d'autres soulignent le besoin d'obtenir un revenu complémentaire. La dichotomie s'explique par la schizophrénie même de ce "tiers secteur" en création. Celui qui "partage" n'est pas considéré comme un travailleur, dans son acception classique; il participe néanmoins à une création de valeur, dans un environnement hors entreprise, et se voit plutôt comme un citoyen se rendant utile à la communauté.

Notre atelier a mis en évidence les bénéfices de telles plateformes : payer moins, gagner plus, socialiser, s'entraider. Le besoin est réel, je ne peux le nier. Et le succès - relatif - témoigne de la satisfaction de ce besoin. La cause en est néanmoins que plus prégnante : le dépérissement économique des populations.

Un autre atelier a détaillé d'autres expériences, notamment les monnaies locales, afin "d'éviter le transfert de valeur vers la finance". Un autre a également pointé la volonté de se réapproprier l'outil de production, afin de produire mieux, moins, de façon responsable. Lorsqu'il n'a pas été question de mieux vivre (un indicateur tout relatif), tous les ateliers se sont focalisés sur la richesse réelle.

 

Les thématiques de l'atelier Comment étaient les suivantes : "Régulation/dérégulation", "Visibilité, sensibilisation, communication, labellisation", "Financement", "Accompagnement, Formation, Incubation", "L'Etat peer-to-peer/L'Etat participatif". Bien que l'Etat peer to peer m'ait beaucoup inspiré, je suis allé dans le groupe "Régulation/Dérégulation".

Et là, surprise : pendant toute la durée de l'atelier, n'a été abordée que la dérégulation.

Dérégulation, pourquoi ? Parce que toutes ces industries naissantes considèrent que le poids des normes empêche leur développement. Il a bien été question du statut, à la fois des plateformes et des individus, mais essentiellement concernant des problèmes de fiscalité, ou d'assurance. A l'heure actuelle, tous s'interrogent sur la nature des gains financiers réalisés par les nouveaux "travailleurs" (faut-il taxer ou pas, doit-on imposer des seuils ?) Anecdotiquement, sur le "travail" en lui-même, et le statut du travailleur.

Dans le groupe "pourquoi", un des participants a exposé que les plateformes collaboratives étaient la mise en oeuvre pleine et entière de la théorie de Schumpeter (la fameuse création/destruction), mais en citant les caractéristiques de la concurrence pure et parfaite de Walras (Atomicité du marché, homogénéité des produits, libre concurrence, transparence, mobilité et subsidiarité) . En fait, ni Walras ni Schumpeter n'ont pu théoriser entièrement l'économie capitaliste : la CPP de Walras implique un équilibre du marché (à profit nul, donc sans croissance); l'entrepreneur de Schumpeter dérivant quant à lui vers une société de type marxiste, où l'entreprise se muait en bureaucratie.

 

Les partisans du "collaboratif", idée sociale, voire de gauche, agissent en fait comme des ultra-libéraux. La disruption qu'ils revendiquent s'effectue contre la norme sociale. Si l'on reprend l'antienne du "Travailler plus pour gagner plus", la tension sur le marché du travail s'effectue sur le coût du travail. Ce que les institutions financières reprochent à la France, c'est un coût du travail élevé. Or, ce coût est discuté, âprement, dans un processus complexe d'équilibre. La fixation de minima sociaux en résulte. Sur une plateforme de type collaboratif, c'est le mieux disant qui l'emporte. De fait, ce qui cause la paix sociale, c'est la protection sociale accordée à l'individu par le corps social. La plateforme, agissant comme un marché de l'offre et de la demande totalement dérégulé, non plus du salarié protégé, mais de charbonnier maître chez lui, détruit cet équilibre, puisqu'il n'existe aucun minimum légal (temps de travail, coût horaire minimum) et que l'individu n'est pas au fait des problématiques existantes (amortissement des biens, frais induits...).

On l'a vu avec la musique en ligne; il faut et il suffit qu'il existe un offreur gratuit pour que la demande s'aligne sur cette offre. Que l'offreur soit un pirate "institutionnalisé" qui négocie ses coûts via un tiers (la publicité) ou qu'il soit l'acheteur du CD qui décide d'annuler la valeur en mettant en partage son bien n'y change rien; la fameuse "maximisation de la satisfaction" du consommateur entraîne son choix vers le mieux disant.

Aussi, alors que les fonctions sociales de l'économie de la collaboration sont mises en avant par ces entreprises, elles dénaturent en fait la valeur de l'offre.

 

Mais où est donc Ornicar ?

La défense des plateformes est invariable : nous ne sommes pas une entreprise, nous fédérons la multitude. Nous industrialisons l'annonce de la baby-sitter à la boulangerie, nous libérons le capital immobilisé (la voiture, l'appartement) pour le remettre dans le marché, nous fluidifions les échanges. Soit.

Le problème, c'est la substitution. Le marché des services est censé être le nouvel eldorado de l'économie capitaliste. Ladite économie a structuré son marché, avec deux offreurs, qui dépendent tous du système qui les accueille : l'entreprise d'une part, l'autoentrepreneur de l'autre.

Le statut d'autoentrepreneur a été créé afin de minimiser l'évasion fiscale (le travail au noir) : permettre à n'importe quel particulier d'avoir un revenu légal, complémentaire le plus souvent, et non comme on l'entend être un tremplin vers un statut supérieur (artisan, profession libérale, voire créateur d'entreprise). L'autoentrepreneur est un pis aller du travail, dans un marché où les entreprises recrutent des consultants à la pelle, externalisant le risque du CDI, le coût du travail prohibitif et les aléas du facteur humain. Deux exemples : en 2012, plus de la moitié des entreprises créés ont en fait été sous le régime de l'autoentrepreneur; et le revenu moyen d'un autoentrepreneur est de 4300€... par an. C'est donc un revenu complémentaire; mais le travail exercé ne l'est pas, il se substitue ponctuellement à un emploi salarié. Dans l'économie des plateformes - et de la multitude - trois tiers temps individuels non régulés remplacent un emploi temps plein, chargé, normé, couteux.

L'entreprise, qui a des coûts fixes (dont le principal, le coût du travail salarié), voit apparaître une nuée de sauterelles - qui ne sont pas des professionnels, qui ne sont assujettis à aucun devoir, en particulier social - sur son marché. Résultat : l'effondrement du marché.

Prenons un service de voiture partagé. La rareté du nombre de taxis confronte la demande de transport. La mobilisation des voitures inutilisées engendre une suroffre, qui provoque une élasticité-prix négative : les prix diminuent fortement. L'artisan taxi est en concurrence avec le chauffeur de VTC. L'artisan taxi exerce sur le même marché, le transport de personnes, alors qu'il est soumis à une prime d'entrée (compter 200.000 à 400.000 euros l'achat d'une licence), dont n'a pas à s'acquitter le propriétaire d'un véhicule de tourisme lambda. Concurrence déloyale crient les taxis; rente et monopole soutenu par l'Etat rétorquent les plateformes de "partage". C'est étrange, même nos amis - et protecteurs - américains, que l'on ne peut raisonnablement prendre en défaut sur la concurrence, sont préoccupés par le phénomène; et la ville de Los Angeles a de fait interdit Uber.

 

Et ouishare alors ?

Ce qui ma fait sourire, c'est que Ouishare, c'est un grand écart permanent. Comment relier en effet ceux qui citent "l'insurrection qui vient", (pamphlet anonyme dont l'inspiration séditieuse a tellement effrayé en haut lieu qu'elle a occasionné la rocambolesque affaire Coupat), et les me-too inspirés de la sharing economy qui surfent sur le déclassement des classes moyennes ? Si je dois m'inscrire en contradicteur, faut-il que je le sois contre l'incendie du temple d'Artemis, le sabotage des lignes de TGV ? Contre l'économie du déclassement ? Contre la finance ? Contre la pauvreté elle-même ?

 

J'ai bien entendu que plus grand chose n'est porteur d'espérance à l'heure actuelle. La politique nous montre de jour en jour ses faiblesses, ses compromissions, ses lâchetés, et sa déconnexion du pays réel. Que penser en effet de la défiance de ces quasi-professionnels vis à vis de leur électorat, alternant entre un marché de clientèles et une infantilisation des citoyens ? Que penser de leur qualité de super citoyens, lorsqu'on décide de ficher les honnêtes gens, de les protéger via la vidéo-surveillance, et que dans le même temps, la boucle de rétroaction quant à leur patrimoine est très discutée, et de façon souvent curieuse. Que penser des deux poids deux mesures, dans leur réaction face au scandale Prism, selon que la NSA espionne leurs concitoyens ou leur auguste personne ?

L'entreprise ? Quelle entreprise ? L'édifice typiquement jacobin appelé "grand groupe" qui a petit à petit démembré le tissu entrepreneurial, pyramide où chaque strate est un plafond de verre ? Celle qui considère le salarié comme une variable d'ajustement ? Celle qui vit de rentes d'Etat, n'innove qu'à la marge et pratique la politique de l'autruche, blâmant la mondialisation, le coût du travail, la productivité, et préférant rémunérer plus l'actionnaire que de procéder à l'investissement ?

En passant, je vous dois des excuses. Dans mon deuxième post concernant la share economy, j'ai indiqué n'avoir trouvé aucun économiste (hors Marx) traitant de la collectivisation de l'outil de production. Je me suis trompé, il y en a un : il s'agit de Schumpeter lui-même, qui voyait l'entreprise dériver vers la bureaucratisation, et empêcher toute innovation. Pour mémoire :

Les entreprises (…) sont contrôlées par un petit nombre de grandes sociétés bureaucratisées (…). La propriété et la gestion des entreprises se sont dépersonnalisées – l’appropriation ayant dégénéré en détention d’actions et d’obligations et le poids du pouvoir ayant acquis une mentalité analogue à celle des fonctionnaires 

Nous en sommes là : rigidité de la structure, politique comme économique. Passagers clandestins surfant sur ces positions, que ce soit la finance (voir par exemple les mécanismes de High Frequency Trading, qui ont peu de choses à voir avec l'idée première du marché), ou les plateformes exploitant du travail quasi gratuit, puisque non soumis à toutes ces règles qui permettent une cohésion du corps social, de la redistribution au lissage des inégalités.

Je veux bien entendre que nous sommes dans une situation de sclérose. Je veux bien que des communautés prennent le problème à bras le corps et essaient des solutions, puisque c'est le propre du génie humain : s'adapter.

Mais je n'aime pas les communautés. Noirs, blancs, juifs, gays, retraités, médecins, taxis... sont autant de communautés que l'on structure indépendamment des autres, et qui agissent pour leur propre compte. L'intérêt général n'a jamais été la somme des intérêts particuliers.

La réponse au dépérissement des individus - et de la société - ne peut se faire au détriment de la société. Le laboratoire mis en place à Détroit, ville sinistrée de la rutilante Amérique ne me fait pas rêver. Même si je n'ai rien contre kisskissbankbank ou hellomerci, ces entreprises me renvoient l'image de sociétés du tiers monde, où le micro-crédit a été la réponse au défaut des institutions financières à la construction de la vraie vie. Et, à tout vous dire, même les Restaurants du Coeur m’écœurent. Non pas pour leur remarquable travail envers notre sous-prolétariat (115 millions de repas servis sur 2011-2012), mais parce que la société entière se défausse de ses obligations sur ce tiers secteur...

 

Une mauvaise réponse à un vrai problème

Les plateformes offrent une réponse à deux sortes de misère, affective ou pécuniaire. Je n'en démords pas, le collaboratif est une réponse au dépérissement des populations. Et vous n'avez rien inventé: le collaboratif, c'est l'économie sociale et solidaire, déjà structuré comme un vrai marché.

Ce qui est frappant, c'est de constater que toute cette économie se développe contre le système financier, sans en combattre les causes, puisque personne ne veut prendre cette question à bras le corps. Contre le rigidité du système, contre des communautés d'intérêts qui lobyyent pour leur propre compte. Eriger des communautés contre des communautés, cela renvoie à de sombres heures de l'Histoire, et je n'aime pas cela.

Qu'allez-vous faire ensuite ? Restructurer des communes, vivant en autarcie avec les moyens - ingénieux - du bord. Cultiver vos propres semences et votre cannabis ? Attendre les contrôleurs d'Etat avec des fourches ? Recréer des féodalités, avec vos lois, vos monnaies ?

Lorsque j'ai poursuivi des études secondaires (comme disait Coluche), j'ai appris que l'Etat-Nation, la structure qui nous structure, était basée sur 3 critères communs à tous : la langue, la culture, et le territoire. A l'heure d'Internet, le territoire, qu'est-ce que c'est ? Facebook ? G+ ? La langue ? Quand les individus communiquent avec des gifs animés, quand Chrome traduit instantanément les pages en russe ou en japonais... La culture ? Quand vous mangez asiatique en regardant des histoires de superhéros US appropriés à la culture messianique ...

L'Etat-Nation, qu'est-ce que c'est ? La loi ? Quand c'est la liberté d'expression garantie par le 1er Amendement qui prime sur toutes les autres. Quand les plateformes sociales définissent leur propre loi, via les CGU. Le vivre-ensemble ? Quand les individus se restructurent en communautés, religieuses, ethniques, d'intérêt privés (les médecins, les politiques, les retraités, les jeunes) et plus communs. 

La société change, l'Etat-Nation est en voie de disparition, et les structures entrepreneuriales sont elles-mêmes impactées. Mais je ne suis pas d'accord avec les idéalistes comme Jaron Lanier qui pensent que le monde post industriel sera sauvé par les nouveaux maréchaux-ferrants équipés d'imprimantes 3D, dans des structures autogérées, ni que la réponse à la crise se trouve dans le DIY. Surtout lorsque tous les indicateurs montrent la progression inexorable des sans travail (partiellement dû au numérique), leur déclassement, et expliquent que se profile à l'horizon la fin du travail. D'ailleurs, je ne peux que vous conseiller le livre de Rifkin, que vous pourrez télécharger illégalement ici [disclaimer : le téléchargement illégal tue la création; oui mais, d'un autre coté, la culture n'est pas une marchandise. ohwait. C'est schizophrène. La société est schizophrène, et moi-même je ne me sens plus très bien : producteur, consommateur, citoyen, sharer... ]

[disclaimer 2 : parce que les AD sont généralement dépourvus d'humour, voici une jolie screencap indiquant que ma responsabilité ne peut être engagée au titre de la liberté de choix de clic dans le marché de la recherche]

Alors je comprends les motifs de OuiShare, mais la mise en oeuvre m'effraie. A moins que vous ne raisonniez déjà en parfaits trotskistes : précipiter le monde dans le chaos pour le faire renaître de ses cendres. V comme Vendetta (la BD, pas le film).

Quelle est la meilleure chose qui arrive aux turcs, post kémalisme : qu'ils se rendent compte par eux-mêmes que les barbus ne sont pas leur tasse de thé ? Quelle est la meilleure chose qui arrive aux égyptiens : qu'ils se rendent compte par eux-même que les Frères musulmans ne sont pas leur tasse de thé ? Quelle est la meilleure chose qui va arriver aux français : que le FN n'est pas la réponse au déficit démocratique de l'opposition historique droite/gauche. Marine en 2017, l'horreur...

Je comprends vos interrogations, et suis ravi de votre activisme. Activisme planétaire s'il en est, pour une société meilleure, plus juste, et solidaire. Activisme contagieux qui répond à des préoccupations mondiales, qui fait dire à la banque mondiale qu'aucun pays ne serait à l'abri des troubles qui secouent le Brésil.

Mais je m'inscrit en faux dans la réponse donnée à la crise. Selon une étude de la Fondation de France relayée par Rue89, vous êtes de plus en plus pauvres, de plus en plus seuls. Et les classes moyennes, celles qui structurent la société, sont le plus touchées par le déclassement social. Et vous n'êtes pas les seuls : au hasard, les israéliens, qui sont pourtant au coeur de la nouvelle économie, subissent le même sort. Et les Etats-Unis ressemblent plus à la société de Treme qu'à la ville de New York. Selon l'Unicef, l'avant-dernier pays en terme de pauvreté - relative - de l'enfance est l'Amérique. Coincé entre la Lettonie et la Roumanie.

Pour ma part, je considère que nous sommes dans une situation pré-révolutionnaire. Je pense en effet que nous réunissons les conditions qui ont menées à 1789, voire 1968 (très light) : éclosion d'une bourgeoisie d'entrepreneurs, diffusion massive des idées via la culture et l'éducation, déclassement des populations d'une ère révolue. Je ne joue ni à Danton, ni à Robespierre. Je vois que le système est au bord du gouffre, qu'aucune guerre ne viendra "résoudre" la crise qui secoue le monde, et des initiatives qui sont autant de replis sur soi et d'adaptation personnelle, donc de stratégies de fuite et non de lutte.

J'attends avec impatience votre résumé du BercyJam, notamment pour relire les propositions de l'Etat peer-to-peer; hacker le système, débureaucratiser, fluidifier. J'approuve à 100%. Mais intégrer le partage dans une économie, ce n'est pas dans mon monde. Dans mon monde à moi - de vieux singe con - les rêves sont gratuits. Quant au partage, il ne me rapporte rien. Il m'en coûte même.

Pour retomber sur mes pattes, je reviendrai au final sur le tract de la CGT de Bercy : le monde de vos - nos - parents, celui de la retraite à 60 ans, pour des populations ayant vécu la meilleure partie de la vie du XXème, s'effondre. Le taux plein. Qui de vous pourra encore y prétendre, lorsque vous entrez sur le marché du travail à 27 ans, et qu'on envisage 42 ans de cotisation pour y parvenir, sachant que la première population au chômage est les 50 ans et plus (20,6 % des chômeurs de catégorie A, B ou C, contre 16,4 % de moins de 25 ans) ? Si vous voulez hacker le système, il serait peut-être intéressant de ne pas se structurer en communautés (le privé contre le public, les retraités contre les actifs, les lobbys contre les lobbys) mais au contraire refaire du lien ensemble, commun et pour, et non privé, communautaire, et contre.

 

Je vous laisse, il faut que j'aille faire sa fête à l'exception culturelle, et puis que je réfléchisse au moyen le plus smart d'agréger de la donnée hétérogène et non structurée. Et encore éliminer le facteur humain.

Julien Breitfeld