Pas dupe

Le mot "ironic" est le plus employé dans les tag des membres US de hotornot. UrbanDictionnary indique cependant "people who think that using the word in any way will automatically make them seem intelligent."

Dans un texte de 2007, Robert S. Washburn analyse un énoncé de Dallas W. Smythe, qui dépeint "the audience as a commodity". Dans ses conclusions, il s'alarme du fait que : "Traditional media is the target of many efforts to undermine its trust and credibility, often led by the industries that wish to use them for delivering advertising messages and connect with audiences. In clawing away at these channels, capitalists create a powerful cynicism in the minds of the audience. This post-modern phenomenon removes any ability to take things seriously, instead joking or mocking issues of importance. Critical thinking is reduced or redirected away from problems, leaving no one to challenge authority or status quo."

Pour autant, les opérations de communication citées par Teddy Goff dans la campagne Obama II sont le siège occupé post Eastwood ou le "Get Details" non fonctionnel sur le faux site Romney. Toutes stratégie de communication qui reposent sur l'ironie. Ou le lulz.


Audience VS Media

Dans le même article de Washburn, un retour sur l'audience. On en est toujours à raisonner en pyramides, et toujours pas en cercles. La théorie de "audience as a commodity" pointe l'audience comme une fin en soi, alors que le marché est clairement symétrique. Tout le monde est audience de tout le monde; c'est le succès de fb ou twitter qui ne sont que des timelines de conversations. C'est le passage du message qui en fait la valeur. Il n'y a pas d'aboutissement vers un "consommateur final". Dans la vieille économie du média, on considère que c'est le contenu qui est la valeur, valeur dégradée par la consommation. Dans la nouvelle économie (comme dans la finance, d'ailleurs), on considère que c'est la circulation du bien immatériel qui crée sa valeur. La valeur de Psy (ou de Bieber, Gaga, Madonna ou Callas), c'est la reconnaissance. L'audience doit être considérée comme un media, le consommateur également comme un producteur. Bref, tous émetteurs/récepteurs, avec une valeur qui s'appuie sur l'analyse des flux entrants et sortants. L'économie de l'attention traite du DSP qui nous sert de cerveau.
Si Internet est clairement une plateforme pour gérer ces flux, et atomiser "le" marché en une foultitude de marchés, la rigidité de la structure ancienne fonctionne à plein. Ce qu'explique Shirky dans son adaptation de l'effondrement des systèmes complexes. Le système est tellement complexe que le reboot est impossible. On joue donc sur le simple qui reste, l'émotion. Ce qui renvoie à la chaise occupée d'Obama : "Ce n’était pas une réponse politique, c’était une réponse émotionnelle" explique le directeur de campagne.
La plus grande gageure du XXI est d'analyser l'émotion pour la reproduire. Déjà, certains s'alarment de la course à l'émotion et au plaisir, initiée par des algo de facebook, qui est également une plateforme d'audience. Et le Guardian de reprendre le contrôle de sa timeline.
Bref, quand on aura émulé, pour les besoins de l'économie, la valeur intrinsèque de l'humain, on pourra commencer à faire des AI.