Facebook vient d'acquérir Friendfeed, n'ayant pu se payer Tweeter à l'automne dernier. A se demander ce que valent l'un et l'autre, lorsque l'accord ne s'est pas fait sur un montant de $500 millions, en actions Facebook (alors valorisé à 4 milliards, après en avoir atteint 15, et en valant actuellement 6,5)...

Friendfeed est un service de microblogging qui reprend le principe d'émettre nos actions informatiques, loggées, à destination d'une population, de manière transparente (ce qu'on écoute sur Lastfm, les photos publiées sur Picasa...).

Sorti en 2007, il enrichit le fil Twitter, qui n'est autre qu'une application hybride entre le SMS (qui a eu du mal à démarrer aux Etats-Unis du fait de l'absence d'interopérabilité entre les opérateurs mobiles) et le chat en mobilité.

De fait, il est l'agrégation de dizaines de morceaux de code, appelés applications, qui se sont développés dans cet écosystème SMS pour ordinateurs, écosystème qui a largement profité du développement des PDA (merci Apple), et de leur ouverture sur des standards ouverts (merci IP). Enfin, ouvert jusqu'à un certain point...

Facebook a donc confirmé que nous étions des feeds. Après "Nous sommes les média", "Nous sommes le Web", nous sommes des feeds. On a déjà mis un nom sur ce phénomène, nous apprend Philippe Martin : le "lifestream". Le flux de la vie. Ça pète quand même plus en anglais...

Nous sommes des flux de données, entrantes puis sortantes. Avec stockage et analyse entre les deux. Devenu média, passeur, intermédiaire, facilitateur, nous sommes au centre de toute l'attention, à commencer par la nôtre. Nous bavardons devant des millions de spectateurs potentiels, nous nous mettons en scène, nous refaisons le match au café du commerce. Nous exprimons nos angoisses, clamons nos bonheurs, exprimons des idées ou racontons simplement notre vie, aussi égocentriques que des starlettes de 25 ans qui "écrivent" leur biographie. Nous n'avons pas un quart d'heure de célébrité, nous avons une vie à la crier à la face du monde. Nous existons avec et contre le regard des autres, sur la Toile.

Dernièrement, Twitter a été l'objet de l'intérêt des massmedia. On a glosé sécurité, mais également utilité. Twitter sortait de sa popularité geek pour entrer dans la communication de masse. Tout le monde devait avoir un compte Tweeter. A quelles fins? La première, exposer sa vie à son audience, et suivre celle des autres (petit florilège d'autres usages chez Pisani). Un Facebook minimal en somme, et toujours une problématique lofteuse. La 2eme, moins funky, est que Twitter lorgne également vers le SSO. Le Single Sign On. L'ID unique de chaque internaute. Quelques problématiques intéressantes à venir, donc, bientôt sur nos écrans : qu'est-ce qu'une identité? Qui la gère? Google (qui vient de remettre à jour le protocole finger)? Et qui la certifie? Visa ou Mastercard?


Passé ces questions philosophico-politico-planétaires, il est amusant de noter que finalement, nous n'avons toujours rien inventé. Déplacé le cadre de la célébrité à l'anonyme, donné la parole au dernier de la classe (à coté du radiateur), transformé le consommateur de news en producteur d'histoires. Dernière minute, une dépêche AFP vient de tomber sur nos téléscripteurs, selon son statut, deux point, ouvrez les guillemets : Régis Martin boit du rosé au bord d'une piscine. Et 10 followers auront remplacé une autre information (Notre Président à la plage, Notre Roi de la Pop en bière, Notre Équipe de Foot à la peine) par l'information ci-dessus.

We now engage with news, react to news, and share news. News has become an important element of community -- something around which we gather, connect, and converse [...]. Ariana Huffington commentant l'accord Facebook-Huffington Post, Huffington Post, 17/08/09

Rien inventé donc de plus que ce que nous faisons depuis la nuit des temps, depuis le neurone même, qui est un système complexe d'adressage d'information via des réseaux. Des pointeurs sur une données (^p). De l'information qui renvoie à de l'information. J'attends donc le rachat de tinyURL par Facebook

Disclaimer : d'où parles-tu camarade? Je suis actuellement en charge du BI chez viadeo, réseau social business européen]