Tout est parti d'une blague de potache. Un certain Tremechan, adepte du pastiche, avait posté sur son compte Picasa quelques détournements de couvertures d'albums ayant marqué la jeunesse de beaucoup de web users. Des parodies (remix, ou encore mashup selon la terminologie web2) comme il en existe beaucoup, que les internautes s'approprient et se forwardent pour égayer des journées de bureautique intenses. 

Le caractère un peu niais d'une ancienne idole des jeunes, allié à une foultitude de couvertures, disponibles sur les sites des distributeurs, a révélé la force du concept. Le bouche-à-oreilles a pris, et ce grand détournement a fait des émules dans la communauté des amateurs sachant manier le logiciel de retouche d'images.

Mais ce qui n'aurait pu rester qu'une blague de potache a pris un virage inédit grâce à l'industrialisation du procédé. Martine cover generator, le site récemment fermé, est né de l'envie d'un autre potache, appelé Delight, qui disposait quant à lui de compétences de codeur. Les couvertures étant fondées sur un respectueux cahier des charges (typographie, emplacement des caractères), la création d'un générateur de titres n'était plus qu'un jeu d'enfants (l'API Imagemagick intégré dans un script PHP par exemple).

Pour un public accro mais peu rompu au maniement de Photoshop, l'outil était une bénédiction. Combien de fausses couvertures de Martine ont-elles été générées avec ce site ? Le blog Martine est très pop en recense à lui seul plusieurs centaines; quant au site Poptronics, il évoquait le 23 octobre, soit 5 jours après le lancement du site générant les couvertures, le nombre de plusieurs dizaines de milliers de visites par jour...

Reste la fermeture du site. L'auteur a préféré arrêter l'expérience au bout d'un mois, après une demande amiable des éditions Casterman, et parce qu'il n'avait pas envie de risquer un procès. Pourtant, on peut se demander ce qu'aurait été l'issue d'un tel procès, puisque le droit consacre la parodie au titre d'exception au droit d'auteur.

Mais au delà d'un procès d'intention qui rappelle dans l'esprit l'affaire jeboycottedanone (perdue en appel par le groupe Danone), il reste que la fourniture d'outils d'usage simple à destination de publics non professionnels engendre l'adoption par ces derniers. Et peut être l'envie pour certains d'essayer les logiciels de retouche d'images (ou Imagemagick).