Souriez, vous êtes fichés
Par julien breitfeld le vendredi 26 octobre 2007, 16:07 - usages - Lien permanent
La vie privée est de fait de plus en plus attaquée par le développement des medias, et le web participe pour une large part à cette remise en question. D'autant que, a posteriori de l'antienne de Mc Luhan ("Le medium c'est le message"), il semblerait que le medium en question soit en fin de compte l'individu.
Mais pour le moment, le media s'envisage comme un instrument de masse, détenu par des grands groupes de communication. Et la vie privée s'apparente à une marchandise : dans un billet de juillet 2007, le blogueur OM Malik s'interrogeait sur la la vie privée comme valeur. Comme le temps de cerveau disponible donne une valeur aux spots de publicité, le collecte d'informations sur l'individu donne une valeur aux entreprises qui les détiennent. Le fichage est partout : via les moteurs de recherche, les sites sociaux, les services de mails dits "gratuits", les logs de connexion aux sites, ceux des téléphones mobiles...
Mais il faut distinguer deux choses : le fichage et la surveillance. Et par delà, la finalité des renseignements collectés.
Si les collectifs de défense de la vie privée dénoncent régulièrement la
surveillance accrue des Etats (videosurveillance, collecte des logs de
connexion, ADN, empreintes digitale ou rétinienne) ou des sociétés de droit
privé, ils s'émeuvent moins de l'intrusion dans notre intimité de simples
quidams, armés de leur appareil photo ou de leur camera, qui sont tout aussi
attentatoires à notre vie privée. Et si la surveillance est
conspuée pour des raisons éthiques (ou de défiance à l'égard des gouvernants),
elle s'avère utile aux populations dans certains cas. Ainsi, ces riverains
excédés par le manège des prostituées à Madrid, qui, lassés d'attendre les
caméras de vidéosurveillance, filment et publient
sur Youtube. Ou ce sniper de
Targuist , qui prend le monde à partie pour dénoncer la corruption de
gendarmes dans le Rif marocain.
C'est ainsi que les internautes du monde entier collectent et publient textes,
photos et vidéos dont ils sont les producteurs. Ce faisant, ils violent notre
intimité en publiant la leur, puisque nous faisons partie de leur
environnement. Mais, dans le monde réel, comme sur le 6eme continent, le délit
de diffamation existe, tout comme celui d'usurpation d'identité. Mais que se
passera-t-il lorsque les moteurs de recherche indexeront, via des logiciels de
reconnaissance faciale, les silhouettes au deuxième plan des photos de vacances
? Ces technologies, utilisées dans les stades pour interdire l'accès aux
hooligans, le sont désomais pour des sites à la Flickr (voir le billet
d'InternetActu sur Ryia). Et si notre IP n'est pas suffisante à nous identifier, on se retrouve déjà via
nos noms ou photos, "à l'insu de son plein gré" sur Copainsdavant, ou taggé
dans Facebook. Et Googleisable...
Quant au fichage, c'est en gros la conservation des résultats de la surveillance. Les plus gros acquisiteurs privés de données personnelles, les moteurs de recherche, ont été récemment au centre d'une polémique et ont décidé d'adopter un profil bas, rendant anonymes les informations des internautes au bout d'un temps assez court (en séparant le profil de l'utilisateur de sa recherche). Mais que dire des Etats ? Et des simples citoyens ?
Qui donc a le droit de collecter et détenir nos précieuses informations ? Doit-on plus faire confiance à un Google, qui permet d'effectuer la recherche "Comment fabriquer une bombe" et s'oppose au gouvernement fédéral américain sur la communication de logs de recherche, ou à nos gouvernants qui tels Franco Fratini veulent empêcher non la réponse, mais la recherche même ? Et dois-je craindre ce groupe de japonais mitraillant l'obélisque de la Concorde alors que je me promène avec ma maîtresse ? De la RATP à l'Union européenne, ces questions sont au centre des préoccupations actuelles.Dernièrement est apparue une pétition sur le Web intitulée "Bill of Right for Users of the Social Web" (traduction en français ici). Partant du principe que les données personnelles nous définissent tout comme notre statut, les auteurs - issus du monde du web - ont écrit une sorte de charte de bonne conduite à l'usage des sites dits web2.0. Préconisant entre autres la propriété et le contrôle de nos données, cette déclaration d'intention est bonne tant que les données sont centralisées. Dès lors qu'il n'y a plus de monopole, tout s'écroule. Ce qui se passe déjà avec les Nations, dont le monopole d'écriture des lois est battu en brêche par le web...
Etre fiché, en définitive, c'est être conservé dans une base de données. Tout allait bien lorsque la base de données se limitait à quelques milliards de neurones. La mémoire était à l'intérieur de nous-même. Mais, comme le rappellait Michel Serres lors d'une conférence en 2005 (lien via InternetActu), depuis l'écriture et plus encore l'imprimerie, nous avons externalisé notre mémoire. A qui appartient-elle désormais ?

Commentaires
interessant de voir comment cela va évoluer. Est ce que les comportement vont se moraliser ou non?
Par exemple si tu vois que ton voisin urine sur ta porte tous les matins pour t'embeter, par petite vengeance de voisinage. C'est juste un conflit de voisinage, cela ne va pas plus loin que ta concierge. Mais avec internet il peut être fiché comme sale, incivique ... sur toute la terre dans toutes circonstances. Même s'il émigre, même s'il va refaire sa vie dans l'ouest sa réputation d'animal dégoutant va le suivre.
Sachant cela, qu'il n'y a plus de virginité de la réputation possible, est ce que les gens vont devenir plus vertueux ou plus vicieux encore, est ce que l'on pardonnera plus ou moins, est ce qu'il y aura plus de droit à la seconde chance ou non?
Sans compter que les bruits qui courent sur quelqu'un ne sont pas forcément vrais. Même les photos/videos peuvent être truquées. Et la mémoire se construit aussi sur des éléments faux. Comme je le disais aujourd'hui: calomniez, il en restera toujours quelque chose c'est prouvé!
http://jdumetz.free.fr/2007/11/calo...