La société du spectacle... ou le spectacle de la société ?
Par julien breitfeld le mercredi 11 juillet 2007, 16:01 - media - Lien permanent
Free vient donc de dégainer son Armageddon, intitulé tvperso. 3 ans de suspense pour en arriver à proposer à ses - seuls - abonnés la possibilité de diffuser du contenu via leur box. Un dailymotion sur le réseau TV, la nouvelle est entendue. Sauf à leur permettre de proposer des contenus soumis à copyright - et de concurrencer TF1 - le soufflé retombe vite.
Mais à y regarder de plus près, une option retient l'attention : la possibilité de broadcaster du live. Voilà donc la "catastrophe d'ampleur planétaire" : donner la parole aux abonnés de free ! Leur permettre un blog vidéo, en direct. Ouvrir une multitude de fenêtres, publiques ou privées, dans les intérieurs douillets des freenautes. Autoriser les autres à s'inviter chez soi, dans le spectacle permanent de la représentation ou de l'être. Secret Story pour tous... on en revient à TF1...
Ce qui nous ramène à une multitude de prophéties, et à leurs erreurs. Aux 15 minutes de Warhol, qui oubliait de prendre en compte la persistance de l'information. Aux écrits de Debord.
Debord fustigeait le société de consommation, et le pouvoir de la marchandise. Pourtant, la société qui est en train de lui succéder, celle de l'information, remet en cause son capitalisme honni. Si tout le monde produit du spectacle, son spectacle, reflet de chacun, qui mettre en cause ? Et comment différencier le bourgeois du prolétaire puisque tous sont propriétaires de leurs moyens de production et de distribution (exception faite du trépané) ?
La possibilité donnée à tous de produire son propre spectacle, en l'occurrence sa propre vie, rejoint ce que Jeremy Rifkin écrivait dans L'âge de l'accès : une course à la monétisation de l'expérience. Partant, la peopleisation du monde est en marche, où tout un chacun pourra être quelqu'un, sorti des cercles "monopolistiques" des élites, artistiques, économiques ou politiques. Ce modèle de valorisation de sa propre personne est actuellement en cours, indirectement, puisqu'il fait le bonheur des réseaux sociaux tels myspace ou facebook. Les connaissances (savoir comme humains), l'intérêt comme l'audience (au travers des moteurs de recherche), tout cela valorise au travers des outils les individus qui les utilisent.
Mais on peut également voir cet accès à l'autre sous la forme d'une ouverture, accès qui ne passe pas nécessairement par une valorisation monétaire. Une fenêtre ouverte sur le monde, un passage, tel qu'imaginé par Dan Simmons dans "Les Cantos d'Hyperion", sous la forme des "portes distrans", dispositifs - gratuits - permettant un déplacement instantané entre les mondes...
"La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une "immense accumulation de marchandises" dégainait Marx (in Le Capital, 1867).
"Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles." répondit Debord (in la société du spectacle, 1967).
Et si le processus en lui-même n'était qu'un immense spectacle, rendant acceptable le fait de n'être qu'un processus ?
Communiquons (ma tv rend fou) par Lionel Kaplan, trouvé sur l'excellent blog tvnomics

Commentaires
Ah, Debord. C'est toujours dangereux de le citer (même uniquement sa phrase la plus connue), le premier qui a réussi à comprendre la cohérence de "la société du spectacle", me jette la première Loana.
"la société qui est en train de lui succéder, celle de l'information, remet en cause son capitalisme honni". Whaou, me serais je égarer sur le site de l'Huma ?
Bien au contraire, la "société de l'information" revigore le capitalisme, même A. Smith en juterait dans sa "main invisible".
Il suffit d'un ordi, d'une web cam et d'un égo plus ou moins gros, et l'on constate que tout y est: libre circulation des marchandises (informations), aucune entrave à l'ajustement de l'offre et de la demande, tous les acteurs sont sur un pied d'égalité (tu en fais un atout alors que le 1er Minc venu te parlerait de concurrence parfaite), interventionnisme limité à la seule police (les modérateurs), etc.
Un lecteur de l'Huma ajouterait que les "pauvres" n'auront pas accès à cette société, comme le capitalisme...
En plus, bon hein, les sites les plus visités, ce ne sont pas les sites de "cultures", celle réduite à ses premières lettres.
Filippo
PS : ta référence aux portes distrans dans "Hypérion" : leur symbôle est ambigü dans le livre, puisqu'elles ont permis le développement de l'Homme, mais aussi de se faire exploiter par (une faction de) son pire ennemi...
quant au reste, c'est l'objet de ce blog : dire que le web crée une société égalitaire, quant aux moyens de production, et engendre une concurrence pure et parfaite, débarrassée des tickets d'entrée qui font les monopoles... pour l'accès, laisse donc les lecteurs de l'huma où ils sont et parie sur le fait que l'accès sera possible pour tous, juste parce que le système a besoin que l'on y ait accès, pour sa survie même... pour hyperion, les portes étaient un joli raccourci parce qu'elle ouvrent sur des Mondes, effectivement, il y a des gens "entre". cela te gène ?
Je me souviens que tu étais très prosélyte sur ce sujet : le net créateur de liberté. Je suis peut être plus pessimiste, mais bon, le net n'est qu'un outil auquel on prête beaucoup trop de vertu magique. Et c'est justement l'intérêt de ton site : éclairer pour que cela le devienne réellement et non pas parce que cela l'est déjà...
En outre, je ne suis pas contre les monopoles, sauf s'ils sont privés. Mais c'est un autre débat.
Un lecteur de Pif Gadget.
PS : Bah, pour Hypérion, je suis toujours gêné quand je ne peux répondre à quelques questions basiques : Qui ? Pourquoi ?