Des pro-ams qui virent au pro
Par julien breitfeld le mardi 22 mai 2007, 14:43 - media - Lien permanent
Ce qui devait arriver arriva. Après l'audiovisuel avec Youtube (déjà précédé par Revver, Break.com ou Eyeka), c'est au tour des contenus écrits d'être rémunérés en fonction de leur audience.
Poursuivant sa stratégie d'achat de contenus "pro-ams", commencé avec la rémunération de videos via WAT, TF1 via sa nouvelle acquisition overblog veut maintenant rémunérer ses blougueurs.
Initiée en France par des sites tels Come4News, cette pratique de monétisation de l'audience prend de l'ampleur à mesure que les publicitaires investissent la Toile, et que les contenus deviennent intéressants, qualitatifs, et rares. Une récente étude citée par Internetactu estime que si 12% du trafic US concerne les sites du truisme web 2.0, seuls 1% des internautes sont concernés par la production de contenu. Encore ne faut-il pas oublier qu'un site comme Myspace déclare héberger quelques 100 millions d'utilisateurs/producteurs...
La stratégie de marques des massmedia est entre autres une politique de signatures. Si l'on se souvient des liens unissant le journal Libération et Jean-Paul Sartre, quid des auteurs comme Mauriac, Giraudoux ou André Maurois, plumes du Figaro ?
Le "media 2.0" est en train de rejoindre le massmedia sur ce segment, l'heure étant à l'aggrégation de contenus, qualitatifs, et à leur exclusivité, moyennant rétribution, en cours ou à venir. L'éditorial joue à plein, avec sélection de contenus par des comités de rédaction, comme chez Agoravox, ou cooptation de blougueurs, et labellisation, chez French 2.0.
En début d'année paraissait sur le site de Haaretz la retranscription d'une intervention d'Arthur Sulzberger, l'un des dirigeants du New York Times au forum de Davos. Rejoignant certains autres avis sur la fin de l'ère papier du "newspaper", il livrait également sa vision sur l'un des aspects essentiels du journalisme : l'intégrité.
Dans un monde de millions de blougueurs, il estimait que le public cherchait dans le NYT des informations crédibles. Et de définir le journal comme un Conservateur d'informations... C'est que le collaboratif a ses limites. On l'a récemment vu avec la polémique sur l'EPR dans Wikipedia, ou encore avec le déluge de contributions sur Guy Moquet.
Si donner la parole au peuple est une belle chose ("Peuple prend la parole et garde là" disait déjà Libération dans les années 70), seuls quelques rares élus blougueurs peuvent se targuer d'une audience, et pourront monétiser leur visibilité (ou enrichir leur ego). Mais ce n'est toujours pas la quantité qui fait la qualité.
Au final, la révolution web 2.0 rencontre une fois de plus la vraie vie : produire du contenu, intéresser une audience, monétiser l'intérêt. Vous avez dit professionnel ?
Mise à jour du 4 juin : et un milieu de plus touché par les pro-ams. Selon Francis Pisani, sur Transnets, c'est au tour du monde du porno US de se plaindre de la concurrence des amateurs....

Commentaires
Au final on ne peut que s'interroger sur les véritables buts du Web 2.0 qui ne sont évidemment pas ceux claironnés à tout va par leurs créateurs (démocratie, le citoyen lambda comme producteur de contenus, réseaux sociaux...).
Le Web 2.0 est là pour faire de l'argent et la profusion de contenus aidant, les sites deviennent illisibles. Ils se doivent d'attirer par d'autres moyens leurs auteurs et de les rendre fidèles. Ce qui semble être une ouverture des métiers du journalisme deviendra en fait, une autre partie du métier de journaliste, celui de la rémunération internet.
Rémunérer les blogueurs oui, mais combien ? Qui dans le top 100 de wikio vit de son blog ? Les blogueurs les plus fameux virent-ils au pro ou leur blog leur sert-il uniquement à continuer à être encore plus pro qu'ils n'étaient ? Leurs revenus ne viennent pas de leurs blogs, mais leur blog leur permet certainement d'acquérir des revenus traditionnels (livres, piges, publications, honoraires...) supplémentaires. De là à dire qu'ils virent au pro, j'ai bien peur qu'on en soit encore loin.
Oui, la monétisation prend de l'ampleur, mais on n'en connait pas encore les résultats sonnants et trébuchants.
PS : il faut ramener la production de contenus sur MySpace (et voir lesquels) au nombre de visites sur MySpace, ça permet de beaucoup relativiser.
@ aisyk : les UGC ont permis a beaucoup (les hebergeurs entre autres) de faire de l'argent, mais la compétition étant ce qu'elle est il faut dorénavant rémunérer les auteurs, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit.
@ hubert : je ne pense pas qu'un blog puisse être rentable pour son auteur, de façon directe s'entend (mais plus en notoriété et reconnaissance, moins facilement valorisable), mais que l'agrégation de blougueurs en fonction de leurs spécificités engendre un media, qui saura monétiser une audience globale comme un media traditionnel. quant au professionnalisme, beaucoup d'appelés, peu d'élus (règle des 1% des 1% ?)
Je dis des bêtises parfois.
La monétisation des blogs francophones
progresse nettement. Exemple :
http://www.presse-citron.net/?2007/...