Ce qui devait arriver arriva. Après l'audiovisuel avec Youtube (déjà précédé par Revver, Break.com ou Eyeka), c'est au tour des contenus écrits d'être rémunérés en fonction de leur audience.

Poursuivant sa stratégie d'achat de contenus "pro-ams", commencé avec la rémunération de videos via WAT, TF1 via sa nouvelle acquisition overblog veut maintenant rémunérer ses blougueurs.

Initiée en France par des sites tels Come4News, cette pratique de monétisation de l'audience prend de l'ampleur à mesure que les publicitaires investissent la Toile, et que les contenus deviennent intéressants, qualitatifs, et rares. Une récente étude citée par Internetactu estime que si 12% du trafic US concerne les sites du truisme web 2.0, seuls 1% des internautes sont concernés par la production de contenu. Encore ne faut-il pas oublier qu'un site comme Myspace déclare héberger quelques 100 millions d'utilisateurs/producteurs...

La stratégie de marques des massmedia est entre autres une politique de signatures. Si l'on se souvient des liens unissant le journal Libération et Jean-Paul Sartre, quid des auteurs comme Mauriac, Giraudoux ou André Maurois, plumes du Figaro ?

Le "media 2.0" est en train de rejoindre le massmedia sur ce segment, l'heure étant à l'aggrégation de contenus, qualitatifs, et à leur exclusivité, moyennant rétribution, en cours ou à venir. L'éditorial joue à plein, avec sélection de contenus par des comités de rédaction, comme chez Agoravox, ou cooptation de blougueurs, et labellisation, chez French 2.0.

En début d'année paraissait sur le site de Haaretz la retranscription d'une intervention d'Arthur Sulzberger, l'un des dirigeants du New York Times au forum de Davos. Rejoignant certains autres avis sur la fin de l'ère papier du "newspaper", il livrait également sa vision sur l'un des aspects essentiels du journalisme : l'intégrité.

Dans un monde de millions de blougueurs, il estimait que le public cherchait dans le NYT des informations crédibles. Et de définir le journal comme un Conservateur d'informations... C'est que le collaboratif a ses limites. On l'a récemment vu avec la polémique sur l'EPR dans Wikipedia, ou encore avec le déluge de contributions sur Guy Moquet.

Si donner la parole au peuple est une belle chose ("Peuple prend la parole et garde là" disait déjà Libération dans les années 70), seuls quelques rares élus blougueurs peuvent se targuer d'une audience, et pourront monétiser leur visibilité (ou enrichir leur ego). Mais ce n'est toujours pas la quantité qui fait la qualité.

Au final, la révolution web 2.0 rencontre une fois de plus la vraie vie : produire du contenu, intéresser une audience, monétiser l'intérêt. Vous avez dit professionnel ?


Mise à jour du 4 juin : et un milieu de plus touché par les pro-ams. Selon Francis Pisani, sur Transnets, c'est au tour du monde du porno US de se plaindre de la concurrence des amateurs....