Alors que l'on a assisté au retour en grâce de la Nation, célébré - à droite comme à gauche - le drapeau, voire l'identité, et entendu des discours très patriotiques,  il est flagrant de constater que la grande, vieille et belle Nation a quelques plombs dans l'aile.

Passons sur les dangers de la mondialisation - forcément industrielle - et restons sur le media et le citoyen. La campagne présidentielle s'est déroulée pour la première fois sur le Web. Le récent documentaire diffusé sur Arte (garanti sans morceaux de Lemeur dedans, oh, joie!) en a rendu compte avec brio.

Mais la Toile s'est également invitée dans cette élection au travers de la presse francophone, qui a couvert de blogs l'événement, mais a aussi fait exploser le droit national en publiant, dès 17h30, les premières estimations. C'est ainsi que la tsr a enregistré un million d'internautes le dimanche 6 mai, avides du résultat d'un sondage "en direct". Et si les blougueurs français ont dans l'ensemble respecté la loi (ciel bleu, humidité à 54% à 17h30 chez embruns), et les connections au web ont été moins importantes qu'au premier tour, les résultats se sont vraisemblablement propagés sous le manteau, via SMS

A y regarder de plus près, la transgression de la loi (dores et déjà présente via les usages du peer to peer), émanation du pouvoir législatif, est à même d'affecter la Nation, ensemble de citoyens détenant la puissance politique. En s'invitant dans le débat, le media suisse (ou belge) a compromis la puissance politique française, l'a affaiblie, l'a défiée.

Pourtant, ce décalage entre loi et réseaux n'est finalement que la poursuite d'une tendance lourde : celle de la mondialisation du droit, apparue avec les Traités internationaux et qui se poursuit dans l'écriture de lois à l'échelle européenne par exemple.

Mais cette écriture se réalise de plus en plus via les usages du Web, en dehors des enceintes parlementaires, sous la pression collective des citoyens connectés. Comme le remarque Olivier Ezratty, dans un post sur les paradoxes de la TV numérique, "les lois anticipent rarement les grandes évolutions technologiques, elles ont plutôt tendance à s’y adapter au fil de l’eau".

Une pression collective qui a fait plier certaines majors sur les DRM, ou a obligé le site Digg.com à enfreindre la loi DMCA au sujet d'un article sur les clés AACS, crise qui est vécue par un de ses fondateurs comme une lutte à mort ('Nous mourrons en ayant essayé' ).

Ces pressions, réappropriation du débat public par des citoyens connectés, ont par le passé permis au débat sur DADVSI d'avoir un retentissement inattendu, et à celui du TCE d'être aprement discuté. Une tendance qui n'est pas prête de s'arrêter, et qui voit même l'honnie licence globale remise au goût du jour dans le récent rapport Cédras, constatant de l'impossibilité de contrôler le réseau. Ou, quand la sagesse des foules rejoint le lobbying institutionnel...

 

Tout est une question de pouvoir

La défiances contre les pouvoirs établis n'est pas neuve (pour preuve le récent livre de Pierre Rosanvallon sur la contre-démocratie), mais elle semble se nourrir à son exact opposé des élites contre le peuple. D'où la méfiance des massmedia et le traitement condescendant des blougueurs. D'où la crainte des professionnels (journalistes, photographes, mais aussi artistes ou cinéastes) envers les amateurs.

On rira de savoir que la SRF (Société des réalisateurs de films, présidée par Cédric Klapisch) a demandé aux présidentiables d'appliquer aux FAI les mêmes droits et devoirs qu'aux chaines de télévision, notamment des quotas de diffusion (sur un media non linéaire..).  On rira de lire Internet, et après de Dominique Wolton, tant l'incompréhension du réseau est grande.  

 

Mais que ces incompréhensions existent, apparaissent alors des revendications de nouveau pouvoir (le 5eme, d'après ses promoteurs, Agoravox en tête), quand ce ne sont finalement que la remise à niveau des anciens.

Que vient donc faire la Nation dans cette fable ? Mais tout, mon général ! Si la Nation est l'expression politique du peuple, qu'est-ce donc que le Web ?