Pirates !
Par julien breitfeld le mardi 13 février 2007, 12:17 - media - Lien permanent
Coup sur coup deux études viennent rappeler que les chiffres ne veulent rien dire d'autre que ce que l'on veut bien leur faire dire.
La plus récente tout d'abord, celle de l'Idate, Download Monitoring menée avec Mediametrie, qui se veut la première sur l'usage d'applications de téléchargement "légales et non autorisées". Si l'on passe sur les "applications non autorisées", il est dommage qu'elle ne prenne pas en compte les logiciels comme Windows Live Messenger, ou les pratiques de forums (avec entre autres des logiciels comme Grabbit) ou encore les hébergeurs professionnels, tels Megaupload, Rapidshare, etc...
Pourtant, l'étude relève ce que beaucoup supputaient, à savoir que les deux modes de téléchargements (gratuits et payants) ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Et que si le téléchargement illégal est majoritaire avec 85% des usages, il ne faut pas oublier la dimension sociale du partage. Et donc que les vendeurs oublient trop souvent que "les invisibles" de l'économie participent de l'économie elle-même. Un peu comme cette analogie développée par l'économiste Yann Moulier Boutang sur les abeilles et l'apiculteur, estimant le revenu des apiculteurs américains à quelques centaines de millions, mais chiffrant la perte en cas de disparition des abeilles à plusieurs dizaines de milliards de dollars (cité lors de la conférence Forum modernités, Le moteur à explosion dans l'économie de la connaissance du 12 février 2006).
Le chiffre du téléchargement "hors commerce" est d'ailleurs corroboré par Steve Jobs, qui constate - cyniquement - que moins de 3% des titres présents sur un iPod proviennent d'iTunes.Pourtant, nous apprend une étude de GFK pour SVM, tout juste antérieure (janvier 2006), les français téléchargeraient moins mais mieux, avec un tassement de la musique et une augmentation des films. Si l'on suit le raisonnement développé par les ayants-droit musicaux, il y aurait lieu de crier aux "Pirates !" aussi fort que la Sacem, et de poursuivre encore et toujours ces asociaux anti-économiques. Pourtant, les succés rencontrés par la VoD, ou la mise en place de la plateforme de l'INA disent le contraire. Et lorsque l'on voit que les salles de cinéma françaises ont enregistré 188,45 millions d'entrées en 2006 (dont 84,76 millions pour les films français), un chiffre en hausse de 7,5% par rapport à 2005, il y a de quoi rester perplexe face à un tel paradoxe.
Pourtant, il est vraisemblable que le web agit comme une formidable caisse de résonnance pour les contenus. Comme l'indique le document de la FING, réflexion engagée sur "Musique et numérique", dont le colloque aura lieu le 15 février prochain, Internet a vu l'industrialisation du "bouche à oreille" et de la prescription de musique, depuis des réseaux informels d'amis ou d'amateurs (forums, Newsgroups, salons de "tchatche", blogs...). Le document est disponible ici.
Le seul problème, pour les acteurs économiques autrefois responsables de la communication (journalistes spécialisés, spécialistes du marketing, publicitaires, attachés de presse, diffuseurs), c'est qu'ils font de moins en moins partie de la chaine de valeur, et sont dépossédés de leur "métier" par des amateurs. C'est le grand paradigme du web.
