De l'image, encore de l'image, toujours de l'image... En 2006, selon un rapport de la société Accustream cité par Ecrans, le supplément très web de Libération, les internautes auront visionné près de 31 milliards de vidéos sur le web. Si l'étude ne prend pas en compte le frenchy Dailymotion, elle estime l'audience des poids lourds US Youtube et Myspace à près des 2/3.

Ce qui est vrai pour le monde l'est aussi pour la France.  Après l'ère de la rareté des chaines, dues à des raisons règlementaires puis techniques (le nombre des fréquence n'étant pas extensible à l'infini), voici l'abondance. En terme d'images, l'ouverture de la TNT a provoqué les remous que l'on sait chez le mesureur Médiamétrie, qui devant la fronde de ses souscripteurs a dù remplacer sa présidente. Nouvelles chaines, nouvelles images, nouveaux contenus, qui ont rencontré la demande des téléspectateurs. Les très bons chiffres obtenus par la chaine jeunesse Gulli, mais aussi par Arte et France 5 sur ce nouveau canal de diffusion en sont les premiers révélateurs. Pourtant, l'audience cumulée est en baisse. La faute au Web ?

Ce qui est sûr, c'est que les nouvelles images du Net ont trouvé preneur. Et la seule rareté qui reste, c'est celle du temps du spectateur. Le mass media réfléchit donc à investir ces nouveaux canaux, afin de recréer l'écosystème en cours : une marque, des chaines, du temps de cerveau disponible. Après donc TF1 et son WAT, M6 son Wideo (et segmentant ses Yootribe, Habbo et Skaz), NRJ a l'intention de proposer une plateforme ressemblant à Youtube.

C'est que le temps presse : l'auditeur/spectateur/lecteur zappe, butine, picore. Il est volage. Le média en est réduit à sa définition éthymologique : un passeur. Le contenu prime. Et c'est bien ce que l'on retrouve dans le top 15 du rapport MorganStanley "The State of Internet" de novembre 2006 : des producteurs "institutionnels" (Time Warner, Viacom) et les nouveaux entrants Youtube ou Wikipedia - Fox via Myspace ayant déjà très bien négocié la page du webdeuxzéro.

Il faut donc de l'exclusivité. Ce qu'on très bien compris ces nouveaux diffuseurs que sont les FAI, qui continuent l'agrégation verticale. Après le double, triple, voire quadruple play, voilà donc la création d'une filiale de production par France Télécom, et Neuf Cegetel qui se déclare prêt "dans quelques années" à la production de contenus. Pis encore, ce sont les annonceurs, qui, revenant aux sources du soap, produisent et mettent en scène leur marque.
Enfin, qu'importent les règles, règlements ou lois protégeant des secteurs ou des territoires : la diffusion web de contenus se porte bien. En attendant la démocratisation d'outils tels le Gascomposer de Gaspanik.tv, solution browser based de production et de distribution vidéo..

La désintermédiation propre à internet risque de laisser un acteur de poids sur le carreau : le diffuseur. Et si les contenus étaient dorénavant distribués "du producteur au producteur" ?