We, the media
Par julien breitfeld le mercredi 11 octobre 2006, 16:18 - media - Lien permanent
Dans un ouvrage paru en 2004, un journaliste américain du nom de Dan Gilmor tentait de montrer comment les blogs, les wikis, les forums, le P2P étaient en train de transformer la sphère médiatique. We the media était aussi une charge incisive contre l'establishment journalistique, considérant les bloggeurs au mieux comme de gentils illuminés, au pire comme de dangereux irresponsables, mais dans tous les cas n'ayant aucune légimité, déontologie ou professionalisme, pour exercer le métier de l'information.
Pourtant, 2 ans plus tard, il semblerait que l'avis des profesionnels de la profession ait sensiblement évolué. Si l'exemple d'un Oh My News, quotidien corréen en ligne, dont l'audience est estimée entre 1 et 2 million de lecteurs, est le plus parlant et s'explique autant par des considérations politiques et techniques (il fut le principal organe de presse indépendant dans un pays où la quasi totalité des citoyens sont connectés), la tendance est aujourd'hui à associer le lecteur à la production de contenu.
Ainsi, après le projet Exchange de CNN, Ecrans.fr nous apprend que la vénérable Reuters se met au journalisme collaboratif. Alors que la presse écrite est en crise, et vraisemblablement le modèle du "passeur" également, des initiatives de journalisme citoyen se mettent en place, à l'instar en France de Agoravox ou du monde citoyen. Une fourniture des UGC (User generated contents), de façon fortuite comme lors des attentats de Londre ou du tsunami de 2004, ou continue, comme de la cadre des blogs..
La principale avancée d'Internet a été de permettre à l'individu de diffuser, hors les contraintes qu'elles furent techniques (bande passante trop étroite), règlementaires ou politiques. Ce qui ne va pas sans heurts, car l'apprentissage de la liberté d'informer par tout un chacun débouche sur une énorme cacophonie, où la masse de l'information ne peut plus être vérifiée afin d'être crédibilisée. Il en va donc de la responsabilité de chacun. Mais il reste quand même que cette prise de parole équivaut pour certains à une prise de pouvoir, comme l'estime le directeur du quotidien El Pais en Espagne pour qui "Le numérique, c'est la fin de la démocratie bourgeoise" (cité lors du débat "démocratie.fr" du Monde).
Il est à signaler enfin le projet de la BBC, dans le cadre de Creative future, intitulé Eyewitness - History. Il s'agit ni plus ni moins que de permettre aux individus "d'enregistrer et de partager leur mémoire et leur expérience sur les 100 dernières années". Bref, de permettre à monsieur-tout-le-monde d'écrire sa biographie, un témoignage dans la mémoire collective du globe, de l'archiver et de la transmettre. Si avec ça nous ne sommes pas le media...
