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mercredi 11 juillet 2007

La société du spectacle... ou le spectacle de la société ?

Free vient donc de dégainer son Armageddon, intitulé tvperso. 3 ans de suspense pour en arriver à proposer à ses - seuls - abonnés la possibilité de diffuser du contenu via leur box. Un dailymotion sur le réseau TV, la nouvelle est entendue. Sauf à leur permettre de proposer des contenus soumis à copyright - et de concurrencer TF1 - le soufflé retombe vite.

Mais à y regarder de plus près, une option retient l'attention : la possibilité de broadcaster du live. Voilà donc la "catastrophe d'ampleur planétaire" : donner la parole aux abonnés de free ! Leur permettre un blog vidéo, en direct. Ouvrir une multitude de fenêtres, publiques ou privées, dans les intérieurs douillets des freenautes. Autoriser les autres à s'inviter chez soi, dans le spectacle permanent de la représentation ou de l'être. Secret Story pour tous... on en revient à TF1... 

Ce qui nous ramène à une multitude de prophéties, et à leurs erreurs. Aux 15 minutes de Warhol, qui oubliait de prendre en compte la persistance de l'information. Aux écrits de Debord.

Debord fustigeait le société de consommation, et le pouvoir de la marchandise. Pourtant, la société qui est en train de lui succéder, celle de l'information, remet en cause son capitalisme honni. Si tout le monde produit du spectacle, son spectacle, reflet de chacun, qui mettre en cause ? Et comment différencier le bourgeois du prolétaire puisque tous sont propriétaires de leurs moyens de production et de distribution (exception faite du trépané) ?

La possibilité donnée à tous de produire son propre spectacle, en l'occurrence sa propre vie, rejoint ce que Jeremy Rifkin écrivait dans L'âge de l'accès : une course à la monétisation de l'expérience. Partant, la peopleisation du monde est en marche, où tout un chacun pourra être quelqu'un, sorti des cercles "monopolistiques" des élites, artistiques, économiques ou politiques. Ce modèle de valorisation de sa propre personne est actuellement en cours, indirectement, puisqu'il fait le bonheur des réseaux sociaux tels myspace ou facebook. Les connaissances (savoir comme humains), l'intérêt comme l'audience (au travers des moteurs de recherche), tout cela valorise au travers des outils les individus qui les utilisent.

Mais on peut également voir cet accès à l'autre sous la forme d'une ouverture, accès qui ne passe pas nécessairement par une valorisation monétaire. Une fenêtre ouverte sur le monde, un passage, tel qu'imaginé par Dan Simmons dans "Les Cantos d'Hyperion", sous la forme des "portes distrans", dispositifs - gratuits - permettant un déplacement instantané entre les mondes...  

"La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une "immense accumulation de marchandises" dégainait Marx (in Le Capital, 1867).

"Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles." répondit Debord (in la société du spectacle, 1967).

Et si le processus en lui-même n'était qu'un immense spectacle, rendant acceptable le fait de n'être qu'un processus ?


Communiquons (ma tv rend fou) par Lionel Kaplan, trouvé sur l'excellent blog tvnomics

mercredi 6 juin 2007

Producteurs recherchent talents

Une suite consacée au pro-ams, avec une extension des domaines de création. Petit tour d'horizon.

Lire la suite...

Oeil de links*

Parce que ce blog est tout autant un moyen de communiquer qu'une externalisation de ma mémoire, j'inaugure ma série famous bookmarks.

En voici 3 traitant des hommes et des chiffres.

Le voyage de l'humanité est une carte interactive décrivant les migrations et le développement humain...

Universcale représente les échelles d'espace et de temps de notre univers connu...

Quant à Worldometer c'est un site regroupant des statistiques en temps réel du nombre de naissances, d'emission de CO2 ou de velos produits dans le monde (données approximatives)...

 

titre honteusement piqué à Florent Latrive

mercredi 30 mai 2007

Le web 2.0 est mort, vive le web

La toile bruisse actuellement de soupçons concernant la santé du web 2.0. Que ce soit chez Froissant, qui trouve le 20 Minutes spécial hitech "le web 2.0 en pleine crise de croissance" non dénué de réalisme.

Que ce soit chez l'excellent quebecois Leblanc, qui se fait l'écho de la thèse d'Alexandre Cabanis (ici chez TechCrunch France), interpellé par l'ambivalence de création de valeur sur le web.

Ou encore chez Pisani, qui commentant l'évolution de Technorati, estime que la blogalaxie s'essouffle.

Alors quoi, le webtoupoyonto est-il malade ? Ne vit-il ses dernières heures ? Si oui, tant mieux, tant cette appellation est un slogan de marketeux voulant redonner du sens à la machine à cash web, slogan dénoncé par l'un des pères du Web, Tim Berners-Lee.

Le web Deux Point Zéro se meurt. Place au Web. Point barre.

Car quoi, on a réinventé l'eau tiède ? Les internautes sont capables de création. Première nouvelle ! Les internautes peuvent produire des contenus intéressants. Deuxième nouvelle ! Internet a inventé le réseau. Troisième nouvelle ! Nous pouvons faire de l'argent avec. C'est énorme !

Tout part de la définition du web. Car en réduisant Internet à un media, en y segmentant les pratiques, en qualifiant les citoyens connectés d'internautes (a-t-on déjà employé le terme téléphonautes ?), n'a-t-on pas occulté le fait que la Toile est le reflet des sociétés, voire une société elle-même ?

 

Récapitulons : au fur et à mesure que les citoyens connectés s'appropriaient les techniques, elles-mêmes de plus en plus simples et de moins en moins chères, les citoyens, consommateurs, sont devenus des producteurs, et d'applicatifs, et de contenus (la dernière idée étant les mashup d'API, par exemple le Popfly de Microsoft).

Parachevée par l'emploi du net, qui n'est que la réplique exacte des comportements sociaux (dont la communication), la place de marché mondiale révée par les acteurs de la bulle 1.0 s'est retournée contre ses promoteurs : la concurrence pure et parfaite de Walras était en marche,  les monopoles détenant les contenus (éditeurs, distributeurs, créateurs) ont volé en éclat...

Sauf que, sauf que... la schizophrénie du producteur citoyen est ici à l'oeuvre, plus que partout ailleurs. Il suffit que l'un des 2 milliards d'internautes offre un produit ou un service pour que tout l'édifice de marché s'écroule. On l'a vu avec le marché de la musique, avec Linux, avec Wkipedia. 

Dans les années 80, l'économiste Joseph Stiglitz, prix Nobel en 2001, théorisa avec Grossman le paradoxe qui porte leurs noms : le marché de l'information (dans leur cas l'information financière) ne peut être efficient car si toute l'information pertinente est contenue dans les prix de marché, alors aucun agent n'est incité à acquérir de l'information sur laquelle sont fondés les prix. Mais si chacun n'est pas informé, certains agents paient pour devenir informés.

Or, dans notre société de l'information, il est extrêmement difficile d'empêcher une information de circuler. Cette restriction, qui fait sa valeur (la rareté de Malthus), est combattue par le réseau lui-même, qui interprète cette "censure" comme une erreur. Il faudra donc la contourner.

En 2001, le sociologue Castells évoquait déjà dans "La Galaxie Internet" l'Etat-Réseau, sorte de mélange entre une infosphère chère à Dan Simmons et une noosphère à la Teillard de Chardin, doté d'une organisation structurée.

Si l'on considère que le Web est l'exact photocopie de nos comportements, de nos pratiques, de nos personnalités, puisque l'on y parle démocratie, comme le dit Cabanis, avec ses problèmes de libre expression, de communautés d'intérêts, de pouvoirs et de contre pouvoirs. Puisque le réseau est à la fois une mémoire et un tuyau, alors il n'y a pas plus de web 2.0 qu'il n'y aura de web 3.1. Seulement un nouveau territoire en train de se construire, bati par petites touches par ses habitants.

mardi 22 mai 2007

Des pro-ams qui virent au pro

Ce qui devait arriver arriva. Après l'audiovisuel avec Youtube (déjà précédé par Revver, Break.com ou Eyeka), c'est au tour des contenus écrits d'être rémunérés en fonction de leur audience.

Poursuivant sa stratégie d'achat de contenus "pro-ams", commencé avec la rémunération de videos via WAT, TF1 via sa nouvelle acquisition overblog veut maintenant rémunérer ses blougueurs.

Initiée en France par des sites tels Come4News, cette pratique de monétisation de l'audience prend de l'ampleur à mesure que les publicitaires investissent la Toile, et que les contenus deviennent intéressants, qualitatifs, et rares. Une récente étude citée par Internetactu estime que si 12% du trafic US concerne les sites du truisme web 2.0, seuls 1% des internautes sont concernés par la production de contenu. Encore ne faut-il pas oublier qu'un site comme Myspace déclare héberger quelques 100 millions d'utilisateurs/producteurs...

La stratégie de marques des massmedia est entre autres une politique de signatures. Si l'on se souvient des liens unissant le journal Libération et Jean-Paul Sartre, quid des auteurs comme Mauriac, Giraudoux ou André Maurois, plumes du Figaro ?

Le "media 2.0" est en train de rejoindre le massmedia sur ce segment, l'heure étant à l'aggrégation de contenus, qualitatifs, et à leur exclusivité, moyennant rétribution, en cours ou à venir. L'éditorial joue à plein, avec sélection de contenus par des comités de rédaction, comme chez Agoravox, ou cooptation de blougueurs, et labellisation, chez French 2.0.

En début d'année paraissait sur le site de Haaretz la retranscription d'une intervention d'Arthur Sulzberger, l'un des dirigeants du New York Times au forum de Davos. Rejoignant certains autres avis sur la fin de l'ère papier du "newspaper", il livrait également sa vision sur l'un des aspects essentiels du journalisme : l'intégrité.

Dans un monde de millions de blougueurs, il estimait que le public cherchait dans le NYT des informations crédibles. Et de définir le journal comme un Conservateur d'informations... C'est que le collaboratif a ses limites. On l'a récemment vu avec la polémique sur l'EPR dans Wikipedia, ou encore avec le déluge de contributions sur Guy Moquet.

Si donner la parole au peuple est une belle chose ("Peuple prend la parole et garde là" disait déjà Libération dans les années 70), seuls quelques rares élus blougueurs peuvent se targuer d'une audience, et pourront monétiser leur visibilité (ou enrichir leur ego). Mais ce n'est toujours pas la quantité qui fait la qualité.

Au final, la révolution web 2.0 rencontre une fois de plus la vraie vie : produire du contenu, intéresser une audience, monétiser l'intérêt. Vous avez dit professionnel ?


Mise à jour du 4 juin : et un milieu de plus touché par les pro-ams. Selon Francis Pisani, sur Transnets, c'est au tour du monde du porno US de se plaindre de la concurrence des amateurs....

mercredi 16 mai 2007

La Nation est-elle soluble dans le Web ?

Alors que l'on a assisté au retour en grâce de la Nation, célébré - à droite comme à gauche - le drapeau, voire l'identité, et entendu des discours très patriotiques,  il est flagrant de constater que la grande, vieille et belle Nation a quelques plombs dans l'aile.

Passons sur les dangers de la mondialisation - forcément industrielle - et restons sur le media et le citoyen. La campagne présidentielle s'est déroulée pour la première fois sur le Web. Le récent documentaire diffusé sur Arte (garanti sans morceaux de Lemeur dedans, oh, joie!) en a rendu compte avec brio.

Mais la Toile s'est également invitée dans cette élection au travers de la presse francophone, qui a couvert de blogs l'événement, mais a aussi fait exploser le droit national en publiant, dès 17h30, les premières estimations. C'est ainsi que la tsr a enregistré un million d'internautes le dimanche 6 mai, avides du résultat d'un sondage "en direct". Et si les blougueurs français ont dans l'ensemble respecté la loi (ciel bleu, humidité à 54% à 17h30 chez embruns), et les connections au web ont été moins importantes qu'au premier tour, les résultats se sont vraisemblablement propagés sous le manteau, via SMS

A y regarder de plus près, la transgression de la loi (dores et déjà présente via les usages du peer to peer), émanation du pouvoir législatif, est à même d'affecter la Nation, ensemble de citoyens détenant la puissance politique. En s'invitant dans le débat, le media suisse (ou belge) a compromis la puissance politique française, l'a affaiblie, l'a défiée.

Pourtant, ce décalage entre loi et réseaux n'est finalement que la poursuite d'une tendance lourde : celle de la mondialisation du droit, apparue avec les Traités internationaux et qui se poursuit dans l'écriture de lois à l'échelle européenne par exemple.

Mais cette écriture se réalise de plus en plus via les usages du Web, en dehors des enceintes parlementaires, sous la pression collective des citoyens connectés. Comme le remarque Olivier Ezratty, dans un post sur les paradoxes de la TV numérique, "les lois anticipent rarement les grandes évolutions technologiques, elles ont plutôt tendance à s’y adapter au fil de l’eau".

Une pression collective qui a fait plier certaines majors sur les DRM, ou a obligé le site Digg.com à enfreindre la loi DMCA au sujet d'un article sur les clés AACS, crise qui est vécue par un de ses fondateurs comme une lutte à mort ('Nous mourrons en ayant essayé' ).

Ces pressions, réappropriation du débat public par des citoyens connectés, ont par le passé permis au débat sur DADVSI d'avoir un retentissement inattendu, et à celui du TCE d'être aprement discuté. Une tendance qui n'est pas prête de s'arrêter, et qui voit même l'honnie licence globale remise au goût du jour dans le récent rapport Cédras, constatant de l'impossibilité de contrôler le réseau. Ou, quand la sagesse des foules rejoint le lobbying institutionnel...

 

Tout est une question de pouvoir

La défiances contre les pouvoirs établis n'est pas neuve (pour preuve le récent livre de Pierre Rosanvallon sur la contre-démocratie), mais elle semble se nourrir à son exact opposé des élites contre le peuple. D'où la méfiance des massmedia et le traitement condescendant des blougueurs. D'où la crainte des professionnels (journalistes, photographes, mais aussi artistes ou cinéastes) envers les amateurs.

On rira de savoir que la SRF (Société des réalisateurs de films, présidée par Cédric Klapisch) a demandé aux présidentiables d'appliquer aux FAI les mêmes droits et devoirs qu'aux chaines de télévision, notamment des quotas de diffusion (sur un media non linéaire..).  On rira de lire Internet, et après de Dominique Wolton, tant l'incompréhension du réseau est grande.  

 

Mais que ces incompréhensions existent, apparaissent alors des revendications de nouveau pouvoir (le 5eme, d'après ses promoteurs, Agoravox en tête), quand ce ne sont finalement que la remise à niveau des anciens.

Que vient donc faire la Nation dans cette fable ? Mais tout, mon général ! Si la Nation est l'expression politique du peuple, qu'est-ce donc que le Web ?

jeudi 3 mai 2007

Du nouveau dans l'info

Rue89.com - le site des transfuges de Libération (Riché, Mauriac, Haski, Penicaut...) sera en ligne dimanche 6 mai à 18h.

Ce nouveau "journal", qui lorgne vers The Politico, se veut partie prenante de la "révolution des medias en cours, à l'instar des radios libres" (Riché), instituant une nouvelle "relation de confiance avec les lecteurs" (Mauriac).

Alors, vont-ils publier les sondages sortis des urnes à 18h, comme certains suisses veulent les vendre ? Vont-ils inverser la tendance à la défiance des décideurs envers les medias et les gouvernements, soulignée par le baromètre Edelman Trust 2007 ? Vont-ils rendre au journalisme ses lettres de noblesse, tant la profession est décriée pour sa collusion réelle ou supposée avec le monde politique ?

Vont-ils faire de la télé, comme le Télégramme de Brest ? Du participatif, comme tout le monde ?

Réponses dès dimanche.

 

 

vendredi 27 avril 2007

De l'audience et de la publicité

Des chiffres, encore des chiffres

Myspace réaliserait une audience de 40 milliards de programmes multimedia pour 61 millions de "téléspectateurs" sur le mois de janvier 2007, selon Comscore... Youtube @ Google en attirerait quant à lui 30 millions par mois, pour la seule vidéo. Des chiffres à relativiser, puisque Nielsen/Netratings évoque plus de 40 millions de visiteurs uniques pour Youtube, quand Alexa en annonce 80 millions.

Des chiffres très variables donc selon les mesureurs d'audience, qui ont occasionné une demande officielle de réalisation d'un audit technique du nouveau président de l'IAB (Interactive Advertising Bureau).

C'est que les annonceurs, désormais conscients du potentiel du media, réclament une certaine transparence, afin de pouvoir investir en toute connaissance de cause et ne pas surpayer leurs campagnes.

Transparence qui sera également nécessaire pour rémunérer les créateurs, puisque le modèle annoncé de Youtube de "revenue-sharing" du broadcast de contenus se précise : ce sera un partage 50/50 des revenus de publicités insérées avant et après un contenu.

Il semblerait donc que le modèle de financement de la diffusion de contenus sur le web soit majoritairement assumé par la publicité, comme l'indique encore l'annonce de Joost de partenariats avec des marques comme Sony, United Airlines ou encore Unilever.

Quant au media lui-même, il est à la croisée des chemins entre le 'froid' et le 'chaud', entre le on demand et la linéarité du temps réel. 

Un croisement dont on a pu voir les effets lors du massacre de Virginia Tech, où le site de CNN (via son module exchange) a enregistré une audience de 11 millions de vidéos, et les sites d'informations broadcast US une hausse de 28% par rapport au week end précédent (contre 11% d'augmentation pour les sites émanation de media print), selon hitwise.

Une "offre" globale, TV, web et participatif avec la production en temps quasi temps réel d'une page wikipedia, complétée par une mise en scène digne des meilleurs cliffhanger US : la réalisation par le tueur lui-même de son propre scoop, entre les deux tueries. Un scoop planétaire pour une audience mondiale. Et quelques sponsors..

Audimat
Audimat

mercredi 28 mars 2007

MaTV.moi (Part.1)

Alors qu'on assiste à une concentration sans précédent des diffuseurs, et à l'adoption du net en tant que de moyen de réception de contenus audiovisuels, le phénomène s'accèlère : c'est que l'apparition des plateformes d'hébergement du type Youtube a permis à chaque internaute de devenir son propre diffuseur. Et cette tendance risque probablement de s'amplifier dans un avenir proche, du fait des préoccupations - légitimes - des ayants droit.

Mais, il semblerait que ces mêmes internautes, après avoir gouté à la production de leur propres contenus, ne serait-ce qu'en réalisant des edit ou des mashup de films, y aient pris goût. Ce qui expliquerait que l'audience de Youtube continue de grimper avec des seuls contenus originaux. Ces nouveaux diffuseurs se placent désormais véritablement en concurrents des media traditionnels, avec plus de 3 millions de visiteurs uniques pour Youtube ou Dailymotion en France.

Et ce qui aiguise l'appétit de ces hébergeurs, dont la rentabilité est toute subjective; pour autant, voici un petit tour d'horizon des différents opérateurs en place... 

Choisir son hébergeur/diffuseur

Si Youtube, Dailymotion ou Google vidéo sont les plus connus, voici quelques autres compétiteurs, qui ont chacun leurs spécificités.

Certains proposent de rémunérer les auteurs, fonction de l'audience de leurs oeuvres. C'est le cas de Metacafe, Revver, vSocialStupidVideos, Break, Flixya. Certains autres proposent de créer sa propre chaine, comme vPod.tv, Blip.tvSelfCast TV ou Current TV.

Certains sont très localisés, comme l'allemand ClipFish, le polonais video.i123, les japonais SeeHaHa ou UuMe, ou encore le chinois WangYou. D'autres font dans la niche, à l'instar de GrindTV, pour les sports extremes, CrossRoadVideos, orienté voitures, ou  AnimeEpisodes, qui diffuse "dans un but de promotion" des anime japonais, ou proposent des fonctionnalités inédites (Eyespot et ses fonction d'édition et de mixage).

Mais tous ne survivront pas. C'est pourquoi beaucoup sont adossés à des media, comme iFilm (MTV/Viacom), Myspace video (Fox), WAT.tv (TF1), Wideo (M6), Yahoo Video, AOL Video, ou des prestataires techniques comme DivxStage6, conçu dans le but de promouvoir le format Divx .

Et la liste est loin d'être exhaustive, en témoigne ce site

Se diffuser soi-même

Un autre aspect de la diffusion est d'être soi-même son propre hébergeur/serveur de diffusion. Une alternative au p2p, qui se révèlera gourmande en bande passante, avec des solutions comme izimi ou zapr, transforment donc un ordinateur en un serveur de données.

Une autre solution récemment apparue, netineo, permet facilement de broadcaster un flux linéaire, selon un principe de playlist. Flux que l'on récupérera à l'aide d'une adresse IP dans un lecteur type windows media.

Mais le plus abouti est le précurseur Orb, solution logicielle qui permet de streamer un contenu hebergé depuis son ordinateur vers un tiers, sur un principe on demand. Et qui annonce dernièrement sa compatibilité avec la Wii, la PS3 et la XBox 360. Avec un TiVo qui lance un service de diffusion depuis sa box, on est sûr que la nouvelle killer app du web est la vidéo.

Reste à savoir trouver son chat; ce qui fera l'objet d'un part 2... 

jeudi 22 mars 2007

They want You

 

Et un de plus. Alors que, selon le projet pour l'excellence journalistique, l'audience des media ralentit (à voir sur le transnet de l'excellent Pisani), un media de plus - et non des moindres - lance une initiative de media citoyen. Il s'agit de Wired.

L'un des plus anciens media numériques succombe donc au web2.0 (pardon, au participatif) sur l'air de "amateurs, professionnels, mettons en commun nos talents". Ou comment faire interagir journalistes, sources, lecteurs, spectateurs, acteurs d'un fait ou d'un événement, pour produire un "gros" papier. Cela s'appelle Assignment Zero, c'est en beta, et c'est à suivre.

Du media dont vous êtes le héros, on ne compte plus les initiatives. Appelant des rédacteurs, comme le précurseur en France agoravox - lequel s'imagine déjà, via ses fondateurs, en 5eme pouvoir (voir l'excellente vidéo de Vinvi en fin de post)- à youvox, plus spécialisé. Appelant des éditeurs, via des agrégateurs comme webwag ou netvibes, qui lance déjà sa "nouvelle formule", avec plus de morceaux d'interactif dedans, ou les annoncés paperblog ou itsmynews. Appelant des JRI, comme le old school France2 pour des contributions sur la présidentielle en partenariat avec Google video (rappelons que la diffusion d'happy-entartring est rigoureusement défendue). 

Le mot d'ordre est co-mmu-ni-quez ! Express yourself ! Le courrier des lecteurs, en direct, permanent, interactif. Et pas seulement en commentaires sur des blogs. Nous voulons de la matière. Car le problème du blog, c'est - comme le rappelle rue89, émanation en ligne des transfuges de Libération - la pertinence des commentaires. Donc quitte à commenter, autant écrire, argumenter, développer. Répondez-vous par articles interposés. 7 millions de blouggueurs, et moi et moi et moi.. Qui a dit qu'internet détruisait le lien social ?

Alors d'abord, une précision. Le journaliste citoyen est un concept. Comme le web toupoillonto. On ne le répetera jamais assez, un journaliste est une personne qui tire au moins la moitié de ses revenus d'une activité... de journaliste. Le reste est l'art du conte, avec une pointe de sens moral (la très mésestimée déontologie), et de la technique.

Du coté des pros, il y a aussi du contenu. On y traite de tout, mais le plus représenté est le politique. Attendu, un Rue89.com avec les transfuges du plan social Rotschild 3, dont le modèle serait The Politico, émanation de transfuges du NYT. Déjà fonctionnels, Latélélibre, du trublion Lepers, Betapolitique, du juriste Souffron, iPol, d'une société de production indépendante, quelCandidat.com, site événementiel du Dauphiné Libéré, voire  Libération qui fait du TF1...

Ce maelstrom, quoique chaotique, fourre-tout et toujours en beta, est revigorant. Car tous ces nouveaux media sont des media d'opinion. Il y sévit autant d'éditorialistes que de journalistes sans carte, avec cet aspect café du commerce que le massmedia dominant, le media audiovisuel, avait anihilé. Sans doute à cause de sa dépendance au pouvoir, et d'un ministère de l'Information pas si vieux, surtout, pas de préférences. Impartialité et temps d'antenne égal. D'où les polémiques récentes concernant concubines ou femmes de ministres, et les suspicions toujours plus grandes envers les connivences, feintes ou réelles, subies ou affichées. Or, le parti pris existe dans la PQN, la presse magazine. Mais dans l'audiovisuel, point. On pourra gloser sur les amitiés maçonnes de l'Intérieur, le ton crypto-gauchiste d'une ex-tv mitterandienne, mais nous n'avons pas l'équivalent d'une Fox news - républicaine néo con - versus une CNN apparentée démocrate. Quant à la radio, si la publique fut taxée d'affinités socialistes, la crise du "non" au CPE TCE lui a fait rendre ses auditeurs les plus à gauche.

Le web reconstruit du media d'opinion, et suscite le débat. Le PC explose ses scores sur Dailymotion (une "second life" ?), les caricatures anti-bayrou succèdent aux appels anti-ségo auxquels répondent des pastiches anti-sarko à la vitesse du clic. Et, en ces temps de communication politique, jamais campagne n'avait suscitée autant d'attention. Et tout autant d'indécision. Alors ça jacte, blouggue, trollise, poste, forwarde, bookmarke, tagge. T'en penses quoi sur ce qu'il a dit hier soir attends voilà les images oh écoutes ce remix il cartonne mais c'est-y pas un éditorialiste qui affiche sa préférence ? La fabrique de l'opinion s'est muée en autant de fabriques qu'il y a d'opinions. 60 millions, sans compter nos amis belges !

Et que penser des résultats de recherche dans wikipedia.fr, où à l'heure où j'écris ce post Nicolas Sarkjozy est le 13eme article le plus demandé, devant Ségolène Royal 14ème, et "élection présidentielle en 2007" 18ème ? (info via l'excellent québécois Michel Leblanc).

Alors, parce que l'identité nationale est jacobine, on s'est dit qu'il n'y aurait pas trop d'un statut pour encadrer tout ce joli monde, et d'un label pour s'y distinguer, entre gens de bonne compagnie. Sauf que faire le tri entre 7 millions de personnes, ce n'est plus l'apanage d'une commission, c'est une mission pour Bercy.

Alors bienheureux le CSA de s'en tenir aux mass media français. Et bienheureux le Forum des droits sur Internet avec ses recommandations concernant la campagne sur la "propagande électorale". Mais dans tout ça, je me demande : à quand une carte de presse nationale d'identité ?


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