Le New York Post indique que la défense de DSK laisserait entendre que la relation a été consentie. Elle changerait donc de système de défense en prévision des résultat des tests ADN, résultats qui ont sans doute été communiqués au grand jury, qui a décidé de l'inculpation.. J'imagine déjà Horacio Caine à New York indiquant que les traces d'ADN sous les ongles de Nafissatou Diallo sont celles de DSK.Que le sperme recraché par la victime sur un bout de moquette est bien celui du président du FMI. "A 99,99%, Monsieur le Juge"..
Donc qu'il y ait bien eu relation. Jusqu'à présent, le prévenu continue de nier. Ce qui sort dans la presse française est au choix le complot, les zones d'ombres, les réactions horrifiées de ses amis (photographié avec des menottes, que l'on n'a même pas vues, comme l'a reconnu un de ses avocats). De la supputation d'entraves comme des entraves à la présomption d'innocence. Déjà que le commissariat de Harlem, c'est loin du quai des Orfèvres. Comment imaginer DSK, tapissé comme n'importe quel délinquant? Passé en audience préliminaire entre 2 dealers? Envoyé en détention provisoire dans une prison aux 7.000 gardiens...?
Rien sur la "victime" du viol. La victime, c'est DSK, visé par un complot orchestré par, au mieux, Sarkozy - via Dassier -, au pire par "l'international". Et tout le cirque médiatico-politique de gauche surréagit, excuse, légitime, absous. Vulgairement.. Ou avec plus de tact. Jusqu'au rédacteur en chef du Point (que l'on ne peut soupçonner de partialité) qui y va de sa victime...
Marrant. Pas une chienne de garde, aucune ex-future présidentiable à prendre la défense de la pauvre femme de ménage. N'était-ce pas "la première loi qu'elle aurait fait passer" si elle avait été élue : violences faites aux femmes... C'est que la maid ne pouvait être qu'un instrument au service du complot. Dans le jargon, on appelle cela une pute. Ou un maitre-chanteur. Car, comment, cette gueuse n'a-t-elle donc aucune idée de la stature du VIP de la chambre 2806?
Marrant, pas un journal qui n'ait envisagé la vraisemblance de l'histoire. Trouver des angles, ça oui. Quid de la Grèce? De la réputation de la France? Même des psychiatres y vont de leur commentaire. Strauss-Kahn ou le syndrome Poulidor... Puis, petit à petit, une information transparaît, puis enfle jusqu'à la déraison : la "passion" de DSK pour les femmes. Ah, il est vrai que l'on est en France. Chose publique, affaires privées. Et qu'à défaut d'un "tout le monde savait", on a bien un "tout un monde savait". Dès lors, pour avoir des informations de journalistes français, mieux vaut lire leur livre que leurs papiers.
Pour autant, à l'heure du web, l'info vient de la planète entière, car DSK est l'un de ses chambellans. Alors on rivalise d'ingéniosité pour expliquer. A l'heure du web, on s'appuie sur le nouveau fil AFP mondial, twitter,que l'on cite comme une agence : ah, le fameux "selon twitter". Et à l'heure du web, la réponse concernant ce que la presse étrangère qualifie d'omerta (mot puissant désignant habituellement les systèmes mafieux) vient du CSA. Ce dernier enjoint les médias - français - à ne pas diffuser les images dégradantes, lesquelles sont condamnables depuis la loi Guigou sur la présomption d'innocence. Et de préparer un code de bonne conduite. C'est Xavier de Ligonnes qui va être content!
Le problème, si DSK change de ligne de défense, sera qu'il a menti. A la Terre entière. Il a nié. Il a nié les charges retenues contre lui. Ou plus exactement plaidé non coupable. C'est à dire qu'il se défausserait de la charge principale, le viol, puisque le rapport aurait été consenti. Consentement entre majeurs responsables : plus de viol.
Le seul intérêt dans cette histoire est ce que la démocratie américaine considère de plus grossier envers elle : le mensonge. Si Bill Clinton a eu droit à l'une des rares procédures d'impeachment de son Histoire, ce n'est pas à cause de rapports sexuels avec Monica Lewinski, mais c'est à cause de son parjure. Si actuellement le président de Goldman Sachs est inquiété, ce n'est pas à cause d'un rapport qui s'efforce de ne pas conclure sur la responsabilité de la finance dans la crise financière, mais à cause de parjure.
Le seul intérêt dans cette histoire est qu'il aurait menti. Et que l'ensemble de la presse française, old fashion comme pure player, se serait aplati comme une merde devant ses intérêts contradictoires. Devant la flatterie aux puissants, la loi du silence selon le New York Times.
Et c'est bien ça le problème. Dans une société où tout le monde ment, où le seul argument de la gauche contre la droite concerne ses mensonges, ses arrangements, ses promesses non tenues, qui croire dorénavant? En qui avoir confiance. Les jeunes n'ont plus confiance dans l'entreprise, selon un sondage LCP-AN. Les Français "doutent de la capacité des hommes politiques à changer leur vie", selon un autre de CSA. Les médias racontent toute la journée à ses publics qu'on leur ment : Servier leur ment, Bettancourt leur ment, l'agroalimentaire leur ment, la grippe aviaire leur ment, la finance leur ment. Le gouvernement. Arrive Wikileaks, chevalier blanc de la transparence. Sur une voie royale ouverte par Google, qui archive la connaissance du monde et renvoie la notion d'oubli au rang de concept. Mais je m'égare.
D'ailleurs, on nous ment tellement que pour 57% de mes concitoyens, DSK est au centre d'un complot. C'est là que j'aimerai dire, Arlette - on vous ment, on vous spolie - Laguiller, revient! Même si je n'ai d'affection qu'envers sa marionnette aux Guignols. Mais je m'égare.
Si DSK change son système de défense, alors, en plus des politiques, de l'entreprise, de la finance, les médias auront failli.Le système tout entier aura failli, et il faudrait alors le moraliser. Car, comme l'a noté FOG sur France 2 devant un Valls qui faisait mine de ne pas comprendre: quid de la morale?
Et les valeurs que recherchent les individus en temps de crise, pas des valeurs, mais les valeurs au sens noble du terme, seront à trouver, comme à chaque ventre mou de l'Histoire, dans l'austérité, la rigueur et l'inhumanité des extrêmes. Ou de l'armée, comme en Tunisie ou en Egypte. Car, comme d'habitude, ce sont les porte-flingues qui feront le ménage pour les autres. Et c'est toujours le Père Fouettard qui moralise.
Maintenant, que DSK ait menti ou non, on ne le saura sans doute jamais. Car aucune des deux victimes présumées n'a intérêt à révéler la vérité. Et déjà, on parle des mensonges de la femme de ménage.
Mais cette affaire légitimera malheureusement a posteriori le bonnet blanc du vieux borgne..

