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mardi 13 février 2007

Pirates !

Coup sur coup deux études viennent rappeler que les chiffres ne veulent rien dire d'autre que ce que l'on veut bien leur faire dire.

La plus récente tout d'abord, celle de l'Idate, Download Monitoring menée avec Mediametrie, qui se veut la première sur l'usage d'applications de téléchargement "légales et non autorisées". Si l'on passe sur les "applications non autorisées", il est dommage qu'elle ne prenne pas en compte les logiciels comme Windows Live Messenger, ou les pratiques de forums (avec entre autres des logiciels comme Grabbit) ou encore les hébergeurs professionnels, tels Megaupload, Rapidshare, etc...

Pourtant, l'étude relève ce que beaucoup supputaient, à savoir que les deux modes de téléchargements (gratuits et payants) ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Et que si le téléchargement illégal est majoritaire avec 85% des usages, il ne faut pas oublier la dimension sociale du partage. Et donc que les vendeurs oublient trop souvent que "les invisibles" de l'économie participent de l'économie elle-même. Un peu comme cette analogie développée par l'économiste Yann Moulier Boutang sur les abeilles et l'apiculteur, estimant le revenu des apiculteurs américains à quelques centaines de millions, mais chiffrant la perte en cas de disparition des abeilles à plusieurs dizaines de milliards de dollars (cité lors de la conférence Forum modernités, Le moteur à explosion dans l'économie de la connaissance du 12 février 2006).

Le chiffre du téléchargement "hors commerce" est d'ailleurs corroboré par Steve Jobs, qui constate - cyniquement - que moins de 3% des titres présents sur un iPod proviennent d'iTunes.
Pourtant, nous apprend une étude de GFK pour SVM, tout juste antérieure (janvier 2006), les français téléchargeraient moins mais mieux, avec un tassement de la musique et une augmentation des films. Si l'on suit le raisonnement développé par les ayants-droit musicaux, il y aurait lieu de crier aux "Pirates !" aussi fort que la Sacem, et de poursuivre encore et toujours ces asociaux anti-économiques. Pourtant, les succés rencontrés par la VoD, ou la mise en place de la plateforme de l'INA disent le contraire. Et lorsque l'on voit que les salles de cinéma françaises ont enregistré 188,45 millions d'entrées en 2006 (dont 84,76 millions pour les films français), un chiffre en hausse de 7,5% par rapport à 2005, il y a de quoi rester perplexe face à un tel paradoxe.

Pourtant, il est vraisemblable que le web agit comme une formidable caisse de résonnance pour les contenus. Comme l'indique le document de la FING, réflexion engagée sur "Musique et numérique", dont le colloque aura lieu le 15 février prochain, Internet a vu l'industrialisation du "bouche à oreille" et de la prescription de musique, depuis des réseaux informels d'amis ou d'amateurs (forums, Newsgroups, salons de "tchatche", blogs...). Le document est disponible ici.
Le seul problème, pour les acteurs économiques autrefois responsables de la communication (journalistes spécialisés, spécialistes du marketing, publicitaires, attachés de presse, diffuseurs), c'est qu'ils font de moins en moins partie de la chaine de valeur, et sont dépossédés de leur "métier" par des amateurs. C'est le grand paradigme du web.

vendredi 12 janvier 2007

Du récepteur au diffuseur

Canal + a donc fait la paix avec TF1. Après des batailles titanesques pour l'exclusivité de programmes (films US en première diffusion, football, séries), leurs filiales respectives, TPS et CanalSat ont fusionné pour ne former plus qu'un opérateur. C'est que le temps de la concurrence sur le crénau de la diffusion satellite est terminé. Les nouveaux entrants sur le marché de la diffusion, principalement issus des industries des telecom, constituent une nouvelle menace, menace validée par l'avis favorable à la fusion du CSA.

Et l'une des conséquences est l'apparition des chaines TF1 et M6 sur les différentes ADSL Box.  Si l'on en croit l'institut Gartner, cité par Le Monde, d'ici à 2010 cinq millions de français regarderont la TV via l'ADSL en 2010. Hypothèse que l'on peut considérer comme basse lorsque l'on voit la vitesse de progression des abonnements du haut débit et ses quelques 11 millions d'abonnements au 3eme trimestre, dont 1,5 millions recevant d'ores et déjà la TV ADSL. Le métier de diffuseur est en complète réorganisation, tout comme ce secteur, où l'on a également assisté récemment au regroupement des cablo-opérateurs français.

Cette concentration des distributeurs répond donc à l'apparition des nouveaux fournisseurs de contenus, dépourvus de l'éditorial, désormais laissé aux seuls clients : le marché de la VoD exite les convoitises, si l'on regarde les chiffres US qui font état d'un marché de 26 millions de récepteurs VOD. Et tout l'enjeu revient une fois de plus à l'exclusivité, définie par la chronologie des media, qu'elle soit politique en France ou économique aux Etats-Unis, comme le rapporte le NYT.

Le métier de grille, organisant des créneaux horaires avec des contenus selon des profils de consommateurs, est désormais en phase de marché ouvert. Et ce marché ressemble de plus en plus à celui de la vente de biens physiques matérialisé par ebay : une conception de programmes définie - et partagée - par l'utilisateur.

Et la menace est double : une concurrence sur la diffusion du contenu, avec des technologies d'hyperdistribution telles Venice ou de redistribution de Orb. Mais également d'éditorialisation avec les chaines utilisateurs de Dailymotion ou Youtube.

Dans ce contexte, la loi sur la télévision du futur, qui sera débattue à la fin du mois par le parlement, offre une vision très archaïque de la conception du futur du media. Notamment en terme de régulation, de quotas ou de financement des oeuvres audiovisuelles. Mais que le politique soit en retard sur les mutations technologiques ou sociales, on commence à en avoir l'habitude...

mercredi 20 décembre 2006

Du contrôle du net

Alors que l'on croyait la parenthèse DADVSI fermée, voilà que quelques événements viennent nous rappeler la bataille qui se joue pour le contrôle des flux transitant sur les fameuses autoroutes de l'information.

Comme le rapporte l'excellent avatar Champeau, le Japon vient de créer un précédent en condamnant le créateur du logiciel de p2p winny, très populaire au pays du soleil levant. Plus près de nous, les belges de la SABAM (la Sacem qu'Outre-Quievrain) veulent endiguer le problème du p2p à sa source, c'est-à-dire en contraignant les FAI à faire la police parmi les internautes, vraisemblablement au moyen d'outils de surveillance des réseaux.

Encore plus près, puisque chez nous, c'est le BLIC (Bureau de liaison des industries cinématographiques) qui demande, à l'aune du réexamen de l'accord portant sur la Vod, "davantage d'engagements des FAI" contre le piratage; en balance, la possibilité d'aligner l'exploitation Vod sur celle DVD en vidéoclub, dans la fameuse chronologie des media.

Pourtant, cette resucée du débat a tout du combat d'arrière garde. D'abord parce que le filtrage des contenus est absolument impossible, que ce soit pour des raisons légales ou techniques. Si la technique reste une affaire de techniciens, peut-être. Mais lorsqu'on peut partager des fichiers à l'aide du Windows live, que des services comme yousendit ou neobebox permettent d'archiver et d'échanger des fichiers de la taille d'un film...

Enfin, ce débat est surtout l'oeuvre d'acteurs de la génération unpointzero, dont les rentes de situation sont bousculées, comme l'a souligné le rapport Levy-Jouyet au regard de la gestion des droits intellectuels. Pourtant, les nouveaux acteurs comme Google s'activent. La BMI (la Sacem d'Outre-Atlantique) vient de signer avec SpiralFrog.

Le récent - et très médiatisé - succés d'Autumn avec 400.000 visionnages (chiffres Google) à début décembre est là pour rappeler qu'un nouveau mode de distribution existe, et qu'un contenu avec une vraie production et une durée cinéma peut s'inscrire dans la petite lucarne du web, entre long tail et contenu exclusif, avec des frais réduits, marketing comme distribution..
Mais comme le souligne Champeau, il est vrai que le patron du BLIC est en même temps celui de Gaumont, le distributeur. Alors la pression pour le contrôle est là, mais ne doutons pas qu'elle fera pshiit..

lundi 18 décembre 2006

On n'est jamais mieux servi....

Time magazine a donc élu l'internaute "personnalité de l'année", et ce, entre autres, parce que "les créateurs et les consommateurs des UGC transforment l'art, la politique et le commerce"...
La génération 2.0 est donc célébrée, révérée, au point qu'elle fait désormais l'objet de toutes les attentions, de la part des fonds d'investissement mais aussi des politiques, qui n'hésitent pas à faire leur show dans des meeting autrefois reservés aux geeks.

C'est que le geek a bien veilli. Autrefois jeune boutonneux amateur de jeux vidéo, il a grandi et - s'il reste amateur de jeux vidéos - il a créé de la valeur via la technologie. Il a été le précurseur de l'internaute, lequel consomme, s'informe grâce au web. Son ultime chose est le e-citoyen, comprendre le citoyen interactif, dont le corrolaire non digital est la fameuse démocratie participative.

Dans le domaine de la création de valeur, on a bien vu que la réalisation de sites "videogags" mondiaux,  ont entrainé les surenchères que l'on sait, afin de bénéficier des effets de bords, communauté, personnalisation, viralité, profiling publicitaire. Mais l'apparition de ces nouveaux media n'est pas du goût de tout le monde. En fait, les professionnels, ceux dont l'expertise ou le talent sont remunérés, sont dans l'oeil du cyclone. Aussi, le milieu professionnalise-t-il les amateurs, en le faisant entrer dans la chaine de valeur.
Une nouvelle start-up, eyeka, propose donc de "valoriser son travail comme un pro" en envoyant photo et video, tandis que Channel 5 paye les internautes qui auront transmis - et rendu exploitable - une photo pour son antenne.
Ces nouveaux producteurs sont la source de valeur, et les agrégateurs sont en danger. Ce qui vaut par exemple pour la presse, où l'information étant gratuite, la légitimité des titres - et leur coût - est contestée par les lecteurs.

Mais dans le domaine de l'audiovisuel, où la chaine de production est beaucoup plus importante et spécialisée, pas question de se laisser manger la laine sur le dos. Comme le rappelle John Battelle, les 3 piliers de ces producteurs sont la propriété intellectuelle, le contrôle du réseau de distribution et un modèle de rémunération élaboré autour de la publicité ou de l'abonnement. Trois piliers qui sont remis en question par le web...
Alors, concurrencé par le nouvel arrivant Youtube, propriété de Google, les géants US du media, savoir Fox, Viacom, CBS et NBC Universal, discutent de la réalisation d'un compétiteur a révélé le Wall Street Journal. Afin que l'audience d'un contenu propriété de l'un d'entre eux ne profite... qu'à l'un d'entre eux..

jeudi 30 novembre 2006

Les contenus en mobilité

Les opérateurs téléphoniques et les FAI proposent désormais des offres convergentes, poussées en cela par des avancées telles la voix sur IP. Tout le bénéfice est pour le consommateur, et pour l'opérateur, c'est la garantie de retenir celui-ci dans ses filets, puisqu'il gère dorénavant communications, accès aux contenus et services.

Mais l'extension des possibilités de nouveaux objets communicants que sont les téléphones mobiles peut également se faire au détriment de ces derniers.
En effet, à sortir le mobile de logiques propriétaires (en particulier via le wifi), certains risquent de voir leur fameux ARPU se réduire comme peau de chagrin. Certains essaient de s'en prémunir, à l'instar du fameux wifi proproétaire d'un Zune.

Mais la conccurence est rude, et les FAI marchent désormais sur les plate-bandes opérateurs mobiles, tels Neuf avec son Twin. Si l'on suit le développement d'un service comme Skype, celle d'opérateurs comme FON (dont les investisseurs sont entre autres Google et ... Skype), et la multiplication des points d'accès wifi gratuits (comme ici à Paris), voire l'intérêt que suscite le Wimax de la part des opérateurs privés comme des collectivités territoriales, on mesure que les opérateurs mobiles risquent de changer très vite de coeur de métier.

Et c'est via un article d' ars technica que l'on apprend la grogne des opérateurs mobiles US contre Google, qui via ses services mobiles occupe de la bande passante et dénature les services propres à ces opérateurs. En attendant les versions mobiles de Linux, qui feront pénétrer sur un marché "ouvert" un tas d'applicatifs gratuits, et donc les services qui vont avec. Le "commun" du net risque de frapper à nouveau.
On comprend mieux les prétentions des opérateurs de se muer en fournisseurs ou producteurs de contenus.

mercredi 29 novembre 2006

La société des écrans

De l'image, encore de l'image, toujours de l'image... En 2006, selon un rapport de la société Accustream cité par Ecrans, le supplément très web de Libération, les internautes auront visionné près de 31 milliards de vidéos sur le web. Si l'étude ne prend pas en compte le frenchy Dailymotion, elle estime l'audience des poids lourds US Youtube et Myspace à près des 2/3.

Ce qui est vrai pour le monde l'est aussi pour la France.  Après l'ère de la rareté des chaines, dues à des raisons règlementaires puis techniques (le nombre des fréquence n'étant pas extensible à l'infini), voici l'abondance. En terme d'images, l'ouverture de la TNT a provoqué les remous que l'on sait chez le mesureur Médiamétrie, qui devant la fronde de ses souscripteurs a dù remplacer sa présidente. Nouvelles chaines, nouvelles images, nouveaux contenus, qui ont rencontré la demande des téléspectateurs. Les très bons chiffres obtenus par la chaine jeunesse Gulli, mais aussi par Arte et France 5 sur ce nouveau canal de diffusion en sont les premiers révélateurs. Pourtant, l'audience cumulée est en baisse. La faute au Web ?

Ce qui est sûr, c'est que les nouvelles images du Net ont trouvé preneur. Et la seule rareté qui reste, c'est celle du temps du spectateur. Le mass media réfléchit donc à investir ces nouveaux canaux, afin de recréer l'écosystème en cours : une marque, des chaines, du temps de cerveau disponible. Après donc TF1 et son WAT, M6 son Wideo (et segmentant ses Yootribe, Habbo et Skaz), NRJ a l'intention de proposer une plateforme ressemblant à Youtube.

C'est que le temps presse : l'auditeur/spectateur/lecteur zappe, butine, picore. Il est volage. Le média en est réduit à sa définition éthymologique : un passeur. Le contenu prime. Et c'est bien ce que l'on retrouve dans le top 15 du rapport MorganStanley "The State of Internet" de novembre 2006 : des producteurs "institutionnels" (Time Warner, Viacom) et les nouveaux entrants Youtube ou Wikipedia - Fox via Myspace ayant déjà très bien négocié la page du webdeuxzéro.

Il faut donc de l'exclusivité. Ce qu'on très bien compris ces nouveaux diffuseurs que sont les FAI, qui continuent l'agrégation verticale. Après le double, triple, voire quadruple play, voilà donc la création d'une filiale de production par France Télécom, et Neuf Cegetel qui se déclare prêt "dans quelques années" à la production de contenus. Pis encore, ce sont les annonceurs, qui, revenant aux sources du soap, produisent et mettent en scène leur marque.
Enfin, qu'importent les règles, règlements ou lois protégeant des secteurs ou des territoires : la diffusion web de contenus se porte bien. En attendant la démocratisation d'outils tels le Gascomposer de Gaspanik.tv, solution browser based de production et de distribution vidéo..

La désintermédiation propre à internet risque de laisser un acteur de poids sur le carreau : le diffuseur. Et si les contenus étaient dorénavant distribués "du producteur au producteur" ?

samedi 11 novembre 2006

Bien entendu, c'est off

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Web. Depuis l'avènement du truisme web 2.0, et la démocratisation des outils et de la bande passante, le vulgus pecum internetus se prend pour un musicien, de comique, un journaliste.


Il en va de même pour ces derniers, qui expulsés du media mainstream, continuent de travailler via ce nouvel écran, à diffusion mondiale et instantanée. On y retrouve donc le très policé Karl Zéro ou le trublion John Paul Lepers, en congé de Canal+, où encore l'ex enfant du Rock et toujours vert Philippe Manoeuvre, pour un "Punk Press Club" diffusé sur Dailymotion.

Dans cette fièvre à communiquer et ce mélange des genres, le lièvre du jour s'appelle le off. Le off, dans le langage courant, c'est un secret. Dans le langage journalistique, c'est la marque de confiance d'un personnage public envers un media, le respect de l'intimité, voire des liaisons dangereuses; au choix, des enfants naturels, des accords secrets, des tours pendables... Certaines proximités peuvent couter des places, certaines embrassades paraître déplacées...

Malheureusement, le off a tendance à disparaître, parce que la vie privée se confond avec la vie publique, et que chacun peut dorénavant rapporter - preuves à l'appui - ce qu'il a vu ou entendu. Son corollaire, le double langage, a aussi une espérance de vie assez courte. On se souvient du pauvre Jack Lang pratiquant l'autosatisfaction. Mais aussi du macaque du républicain George Allen, dont il se pourrait bien qu'il lui ait couté son siège au Sénat, et pendant le basculement de cette chambre aux démocrates pour la première fois depuis 1994. Le New York Times a en son temps parlé d'une Youtube election.

Notre élection à nous a toutes les chances de singer la consultation américaine. Les politiques ont envahi la toile, chacun draguant le chalant à coup de blogs multimedia, de webtv, de forums participatifs. Certains semblent s'y être très bien acclimatés. D'autres sont même sensibles aux jeunes pousses qui proposent des moyens de diffusion - le P2P - récemment vilipendés. Mais tous sont heureux de l'exposition qu'ils y trouvent.

Seulement voilà, la communication n'est plus à sens unique. Et son contrôle appartient à tout le monde. Ce qui apparait cocasse avec la déjà deuxième-tourable Ségolène Royal, qui ne peut qu'au mieux déplorer, au pire stigmatiser cette démocratisation pourtant appelée par ses soins. Après donc l'épisode Bourdieu, puis les sifflets du Zénith, elle est de nouveau sur la sellette avec ses propos sur les profs et les 35 heures.
Ne nous méprenons pas, cette surmédiatisation fait aussi le jeu de ses petits camarades compétiteurs, dont on peut même penser qu'ils en sont les instigateurs. Pourtant, l'audience de ces informations est au rendez-vous, ce qui prouve que la demande existe.

La prochaine présidentielle se jouera donc aussi pour la première fois sur le net. Un net à charge, et à décharge. Un net qui sert de mémoire, et d'agora (ou de cirque, c'est selon) médiatique.
Big Brother is watching you. Mais dans l'état décentralisé du net, le Grand Frère n'est plus celui que l'on pouvait craindre.

mardi 31 octobre 2006

La poule - aux oeufs d'or - au pot

Myspace, Youtube… en quelques mois, ces deux sites sont devenus des success-stories, espaces communautaires et collaboratifs, alter ego socio-culturels de l’espace de développement des geek développeurs es logiciels libres. Cette liberté d’expression passait par la mise à disposition de données personnelles (j’aime, j’aime pas) et de données soumises à copyright (la musique que j’aime, les films qui me font rire…).

Le rachat de ces sites par des entités media ou publicitaire mondiale, leur valorisation et leur potentiel publicitaire ont réveillé les ayant droits, encore endoloris de leur bataille – perdue en termes d’efficacité et d’image – contre le p2p.
Après la purge de certains contenus comme ceux de Comedy Central, c'est au tour de Myspace de se plier aux demandes des ayant droits. Le blog Maverick cité par Battelle, postule que le "Do no evil" de Google est en train de changer. Et d'expliquer que 500 millions de dollars ont été provisionnés pour d'éventuelles poursuites des ayant droits. Mais que 6 mois de répit ont été obtenus pour faire le ménage, dans les fameux UGC.

Si la stratégie des majors est d'éliminer les contenus dont elles sont propriétaires des sites sociaux, on peut légitimement se demander ce qui retiendra les internautes sur ces sites, qui vont de plus se retrouver petit à petit envahis par la publicité. Les mois qui viennent vont être décisifs dans la négociation entre Google (et Newscorp) et les détenteurs de copyright, pour que les utilisateurs puissent continuer à "partager" leur expression personnelle...


mercredi 18 octobre 2006

De la distribution des UGC

Canal+ serait sur le point de lancer son site communautaire nous apprend la CBNewsletter du jour. Il rejoindrait TF1 avec Wat et M6 et son offre Wideo. Pour tout ces media, un seul mot d'ordre : les UGC, ou User Generated Contents.

Cet acronyme, popularisé par l'explosion de sites tels Youtube, est la régénération d'un terme tombé dans l'oubli, ou opportunément passé à la trappe : l'oeuvre.

En effet, bien que masqué par des problématiques de droits propriétés des majors, les UGC ne sont pas tous des mashup d'oeuvres existantes, mais bien la création ex nihilo par des auteurs qui s'ignorent. Un bloggueur du nom d'Asi Sharabi a réalisé une étude empirique sur les 100 vidéos les plus vues au mois de juillet (lien via Internetactu). Sur les 100, plus de la moitié sont une oeuvre de création, et un tiers ne contient pas de matériel soumis à copyright.

Si Youtube (et les autres) ont bien inventé quelque chose, c'est donc un nouveau canal de diffusion d'oeuvres artistiques qui ne trouvaient pas preneur dans le milieu de la distribution classique.

Avec le développement de l'informatique, le home-studio dédié à la musique s'est tout naturellement mué en régie de télévision, intégrant toute la chaine de production, jusqu'à la post-prod. Et cette explosion de talents est un vivier pour les chaines. Si Bzz n'avait pas eu un crénau de diffusion sur FR3 Méditerranée, Carette et Lauby auraient-ils pu créer avec Chabat les Nuls ?

Canal+ a commencé à diffuser les oeuvres de ces créateurs "à la maison" dans le cadre de son programme les Films faits à la maison. Mais la case est trop petite, et la diffusion reste à destination de ses abonnés.

Aujourd'hui, on assiste donc à une nouvelle période de création. Flash, téléphone portable, jeux vidéos sont mis à contribution pour réaliser de petites merveilles avec trois francs six sous. Pour des résultats souvent épatants. Le Festival Machinima, qui se déroulera à New York les 4 et 5 Novembre 2006, va élire ces films réalisés avec les moteurs graphiques de jeux comme World of Warcraft dans 16 catégories ! Et cocorico, un "film" français est nominé 9 fois. Il s'agit des Aventures de Bill et John.

L'industrie du film est engluée dans des superproductions dont les coûts menacent à chaque sortie leur studio. Des réalisateurs comme George Lucas envisagent de se tourner vers la télévision, car "pour 200 millions de dollars, vous faites un long métrage de 2 heures pour le cinéma, et 120 heures pour la TV". Et le site The Long Tail, reprenant cette interview, d'ajouter opportunément que 13.000 films sont soumis chaque année au Festival indépendant de Tribeca.


Pour les anciens media comme pour les nouveaux, la priorité est aux contenus. Aussi, la recherche de talents est essentielle, tout comme l'économie des coûts de production. Encore faut-il rémunérer les - nouveaux - auteurs.

jeudi 12 octobre 2006

Youtube googelisé

Google a racheté Youtube ! La news de la semaine, du mois, de l'année ! La news que la planète webdeuzéro attendait, préssentait, rumeurisait.


Car si par cet achat Google vient de démontrer qu'il ne peut gagner à tous les coups (Google video était très loin derrière son rival), il conforte néanmoins le géant de services informatiques dans sa stratégie de régie publicitaire mondiale. En effet, après le deal avec Myspace, c'est tout naturellement que s'intègre Youtube, visant à monétiser la diffusion vidéo auprès des internautes. Et une valeur ajoutée dans le cadre du profiling transparent de l'utilisateur.

Qui s'est jamais inscrit à une newsletter US lors du web 1.0 l'a experimenté : une liste impressionnante à remplir, age, sexe, profession, revenu, centres d'intérêts...

En mettant la main sur la recherche de Myspace, et maintenant sur Youtube, Google peut affiner le profil de l'utilisateur en fonction des goûts de chacun, de ce qui motive son réseau social, de ses préférences, "à l'insu de son plein gré". Et la politique déployée sur l'ensemble de ses applications - l'identification unique via son compte Gmail - crée une personne virtuelle dont les goûts et les couleurs sont scrutés lors de la rédaction d'un mail, le partage de vidéos, bientôt son Word ou son Excel online.


Alors que les "big four" (AOL, MSN, Yahoo et AOL) sont main dans la main avec les studio de cinéma, où un cinquième larron, Apple, décide de lancer sa Set Top Box - iTV - on voit que la nouvelle frontière du web est clairement la vidéo. Si les studios ont raté le virage mp3, il n'en est plus de même avec l'image. Warner a a préféré conclure un accord avec Youtube plutôt que de rejouer l'affaire Napster. Et Universal et CBS de suivre dans la foulée. On ne s'aliène pas - plus - 20 millions d'utilisateurs uniques. D'autant plus que si le web cannibalise la télé, il s'enrichit des contenus de cette même tv; les studios ont donc compris qu'il était dans leur intérêt de fournir eux-mêmes les contenus, fourniture dont le financement est assuré par ... la publicité.

Maintenant se pose la question du positionnement de Google. Il va devoir clarifier sa situation : media ou régie. Car même avec une valorisation de 128 milliards de dollars, il n'est pas de bon ton de se facher avec son nouvel-ancien partenaire, lorsque celui-ci s'appelle Rupert Murdoch.

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