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mercredi 27 novembre 2013

Journalisme ou information ?

Lors de la sortie d'une "nouvelle" version du site internet du quotidien Libération, en septembre dernier, l'éditorial proclamait l'alpha et l'omega du journalisme :

" Un journalisme de réactivité, donc, et un journalisme d’approfondissement, soit les deux dimensions, aussi exigeantes et passionnantes l’une que l’autre, qui définissent aujourd’hui le métier d’informer. "

Pourtant, il semblerait que l’exigence et la passion ne paient plus. Alors que la 7è édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'Information de Metz (intitulées cette année "Réinventons le journalisme") vient de s'achever, étaient publiés les derniers chiffres de la diffusion de la presse quotidenne nationale (PQN). Sans appel, ils constatent un effondrement de leur diffusion kiosque (moins 10% pour le Figaro, 17% pour le Monde, 29% pour Libération !).

Mais la baisse des vente ne touche pas que la PQN. Les news magazine voient leur lectorat déserter, et même la PQR, que l'on pourrait croire à l'abri d'un désintérêt à cause d'un ancrage local, enfile plan social sur plan social.

 

Et l'Europe n'est pas en reste, comme en témoigne ce petit tour d'horizon.

Il ne se passe pas un jour sans que des Diafoirus ne s'agitent au chevet des organes d'information, en crise, à l'agonie, en état de mort apparente, administrant, à défaut de remèdes, des diagnostics péremptoires. C'est la faute du grand méchant Internet, de la convergence des média, du travail des amateurs, de l’abêtissement des masses, des passagers clandestins.... Pourtant, on n'a jamais vu autant de production d'information, et partant, de consommation: de l'émergence des blogs au fil twitter, du rayonnement international de fanzines à la constitution de marques d'information globales, il n'y a jamais eu autant de contenus à disposition, et le temps passé devant un média n'a jamais été aussi important dans toute l'histoire de l'humanité.

Jamais d'ailleurs la définition première de l'Internet - les autoroutes de l'information - n'a eu plus de sens que pour le secteur des médias. Toutes les causes citées plus avant sont réelles, et toutes sont amplifiées par le réseau des réseaux; en aplatissant temps et espace, en abolissant la frontière entre producteurs et consommateurs, en redéfinissant l'intermédiation, Internet a totalement transformé l'industrie de l'information, comme elle l'a fait avec celle de l'entertainment. Internet a bousculé les positions établies, et démontre a contrario des oracles de pacotille que le secteur est dynamique, en état de recomposition permanente, bref, vivant. Mais la tension qui s'opère sur le secteur prend une dimension particulière quant à la matière qui le compose. A l'instar de la définition Unescoienne de la culture, l'information n'est pas une marchandise comme les autres: elle structure la société, elle joue un rôle dans l'éducation, elle a pour ainsi dire une mission de service public. Pour autant, elle reste principalement soumise aux règles du marché, et ses médiateurs sont aux mains d'entreprises privées.

La crise de l'information que l'on nous sert à toutes les sauces a plutôt un goût de restructuration. Des empires naissent, d'autres meurent, accompagnant les mutations tant techniques que sociales qui accompagnent la création de ce réseau planétaire qui transporte le signal. La médiation du signal, sa production, sa consommation, son intérêt, sa valeur sont des objets dynamiques qu'il est difficile de mettre en équation. Pourtant, plus que jamais, nous avons besoin qu'elle soit mise au jour, décryptée, transmise.

 

Crise de l'information, ou crise des organes d'information ?

Parce qu'il est un médiateur, le média est la principale caisse de résonance du monde qui nous entoure. Et le sujet qu'il maîtrise le plus, c'est in fine lui-même. Il est effarant de constater la propension du média à se repaître de lui-même. Au hasard de formats et de territoires, il est question d'information sur l'information : la rationalisation des titres de presse, par Axel Ganz, le rachat du groupe La Provence, par Bernard Tapie, la fin de PCWorld en version papier, le fait que mêmes les séniors désertent le papier. Mais encore : la lettre d'une pigiste italienne couvrant la Syrie, les prochaines pratiques de reportage avec les Google Glass, la destruction des données de Snowden par le Guardian...

Toutes ces informations traitent de l'organe d'information, du métier d'informer, de la donnée elle-même. Et parce que des journaux ferment, des journalistes sont sous-payés ou des données sont censurées, alors le couperet tombe : l'information est en crise. Le fait est que cette proposition est valable dans l'univers de MacLuhan : le medium est le message. Or, il faudrait plutôt considérer l'information comme une unité de signaux, à l'instar de la théorie de Shannon, ou des travaux de Norbert Wiener; le medium est seulement un noeud d'interconnexion.

Internet a redéfini le secteur de plusieurs façons : en désintermédiant (ou réintermediant) la relation producteur/consommateur d'une part; en exacerbant la concurrence des organes de presse qui fournissent un même produit de l'autre; in fine en abolissant la frontière entre celui qui crée l'information, celui qui la propage, et celui qui la consomme. De fait, en modifiant la structure d'organisation - pyramidale - c'est toute la chaîne économique qui ressent ces effets. Cette tendances, lourde et sans possible retour en arrière, témoigne d'un changement des usages comme de l'appréhension de l'information même: un simple signal.

 

Media, médiation, médiateur

En aplatissant le temps et l'espace, Internet a agi comme un vecteur qui permet de réduire les intermédiaires et d'accéder directement à la source. C'est ainsi qu'une catastrophe aérienne est racontée en temps réel par ses acteurs, via différentes techniques, que des partis politiques produisent et diffusent leur matériel de communication, ou que des populations civiles syriennes diffusent via youtube les exactions qu'elles subissent.

C'est ainsi également que de nouveaux médiateurs mettent en relation l'information et son consommateur. Ces nouveaux entrants (moteurs de recherche, réseaux sociaux, agrégateurs) tirent parti de l'industrialisation de processus de production mis en place dans les rédactions, puis de l'externalisation de compétences. Le signal est mis à disposition des consommateurs sur des places de marché autrefois réservées à des professionnels.

Cette industrie bénéficie d'une filière de production : les agences de presse sont des grossistes qui se fournissent chez une multitude de producteurs : les événementiels récurrents (ligues sportives), les manifestations préalablement définies (agendas gouvernementaux) et le nerf de la guerre, l'imprévu (le fait divers). Les média sont des semi-grossistes, qui opèrent dans des filières de production typées quant à la donnée (information générale, culturelle, sportive, économique...) et à la porteuse (radio, presse écrite, télévision); le journaliste fait office de détaillant, qui, via sa rubrique, son expertise, son réseau, fournit au consommateur final la donnée mise en forme.

Cette industrialisation n'est pas nouvelle; elle a notamment été permise par la création de filières professionnelles. Sainte Beuve n'a pas suivi d'études de journalisme, tout simplement parce qu'à son époque, on entrait en journalisme comme en religion : en poussant une porte. De nos jours, le métier - ou plutôt la technique - est enseignée dans des écoles ad hoc, et via des filières qui se spécialisent à l'extrême (ainsi, Sciences po, qui concourt désormais sur le marché des écoles de journalisme). Mais, si la formation est diplômante, la qualité ne découle que de la pratique.

Cette industrie, qui s'est construite historiquement sur des signatures, c'est-à-dire des conteurs, est aujourd'hui déshumanisée et standardisée; le summum étant atteint par des journaux comme 20 minutes ou Métro, où la promesse est avant tout marketing : fournir un contenu compréhensible dans un temps donné.  Et nous n'en sommes qu'au début: les robots journalistes sont à notre porte; le datajournalisme fait apparaître une mécanisation encore plus grande des processus de récit; et l'agrégation de contenus touche désormais le contenu audiovisuel (ainsi de WatchUp, qui permet de réaliser son propre JT à l'aide de sources média différentes).

Des médias - certains pure players - ont aujourd'hui fait le choix d'une politique de plume; c'est le cas du Huffington Post, ou dernièrement de l'Opinion. Derrière ce journalisme d'éditorialiste, on trouve également de l'investigation, toujours dans une politique de signatures : ainsi Mediapart avec Laurent Mauduit et l'affaire Tapie, Fabrice Arfi et l'affaire Cahuzac, ou encore le futur journal monté par Pierre Omydiar, le fondateur d'ebay, autour de Glenn Greenwald ou Jay Rosen.

Certains autres ont des politiques de blogueurs invités; c'est le cas du Monde, ou du New York Times. Les talents, ces signatures, sont de nouveau au centre de la valeur. Comme le rappelle le NiemanLab,

" On Election Day 2012, more than 20 percent of NYTimes.com traffic visited Nate Silver’s blog "

Quant aux blogs eux-mêmes, en France en tout cas, ils sont désormais assimilés à des organes de presse depuis une jurisprudence de la Cour de Cassation de 2011. Par contre, à l'heure du journalisme élastique, les journalistes - titulaires d'une carte de presse - bénéficient toujours d'un traitement supérieur au rédacteur d'un blog, qu'ils s'agissent d'avantages fiscaux ou d'un droit particulier de "garder le silence" (la fameuse protection des sources). 

 

Concurrence et substitution

Si la réintermédiation induit une nouvelle concurrence (des nouveaux entrants, des consommateurs), elle exacerbe l'ancienne. Chaque organe d'information territorialisé est désormais en compétition avec d'autres, sur un marché global de consommation. De plus, son modèle économique (panachage de recette publicitaires et de vente produit) subit également la concurrence de pure players. Craigslist aurait "couté" aux journaux américains 5 milliards de dollars entre 2000 et 2007. De même, on ne peut que constater les variations des investissements publicitaires depuis l'apparition du net; mais que ce soit Google ou Craigslist, il est délicat de parler de transfert pur de ces investissements.

 http://www.statista.com/topics/1001/google/chart/709/google-s-ad-revenue-since-2004/ (via N. Colin @ TheFamily)

Un pure player comme Slate produit des contenus pour son marché de référence, les Etats-Unis, contenus qui seront par la suite traduits pour le marché français. Mediapart n'est pas en reste, puisqu'il propose des versions anglaise et espagnole de certains de ses articles. Le Monde a récemment sorti son scoop sur les armes chimiques en anglais, et envisage une édition en anglais, lorsque El Pais réfléchit à des contenus en portugais.

Si la langue demeure un caractère clivant quant à la consommation d'un média, il est patent de constater que les médias belges, suisses ou canadiens sont consommés par le public français. Un site comme le New York Times dispose d'une audience hors Etats-Unis de 35%, le Wall Street Journal de presque 50% (décembre 2012, digiday).  Le NYT, toujours lui, développe sa marque à l'international, et, redéployant l'International Herald Tribune sous la marque ombrelle New York Times, crée une version internationale multi-plateformes avec des contenus adaptés aux marchés locaux. D'autres acteurs s'essaient à l'inverse : ainsi, TheLocal fournit des informations de pays étrangers dans la langue de Shakespeare...

Par ailleurs, la concurrence sur le marché de l'information tourne à plein via le prix acquitté par le consommateur. Si Google News fait actuellement de l'ombre aux journaux, ce n'est pas tant qu'il agirait comme un prédateur sur le marché publicitaire mais bien qu'il permet un choix du produit final, l'article. Dans un monde où la majorité des contenus sont offerts sans exclusivité par le semi-grossiste, le mieux disant demeure le gratuit. Cet état de fait se retrouve dans le paradoxe de l'information - au même titre que celui de la culture : la concurrence a lieu non seulement entre entreprises privées, mais également entre la sphère publique et le privé. Un même "produit" final est dès lors disponible à des prix différents; charge au consommateur à "maximiser sa satisfaction"...

La substitution s'opère entre plusieurs diffuseurs pour un même contenu, mais également pour des contenus différents. La seule contrainte dans l'équation est une contrainte de temps. Le fameux "temps d'attention disponible", qui structure l'économie de l'attention n'étant pas élastique, l'arbitrage du temps choisi versus le temps subi est essentiel. Qu'importe le sens de la donnée; le délai qu'il faut au consommateur pour assimiler l'information est exclusif.

Le double problème des médias à l'heure d'Internet, nouvelles médiations et nouvelles concurrences, peut être réuni sous un seul terme : la convergence.

 

Convergence, où comment la multitude devient unique

La convergence n'est pas un fait nouveau. Elle découle de l'appréhension de l'information comme d'un signal. Comme le rapporte Mathieu Triclot dans "Le moment cybernétique", dès 1935, le directeur des laboratoires Bell écrivait :

" Nous sommes contraints de penser, et ce qui est pire, d'agir, en termes de télégraphie, téléphonie, de diffusion radio, de téléphotographie ou de télévision comme s'il s'agissait de  choses séparées. Elles ne sont pourtant que les parties différentes d'une même science appliquée. En tout et pour tout, elles dépendent pour leur fonctionnement et leur utilité de la transmission à distance d'une forme d'énergie électrique qui, au moyen d'une manipulation adéquate, rend possible un transfert quasiment instantané d'information. "

La convergence des média, qui fait figurer le web comme un "meta média", a fait naître des créatures hybrides, et aucun média sectoriel n'est épargné. C'est le cas de France Info qui produit de l'image, ou des papiers totalement écrits - qui sortent du format premier, la radio; le cas des hebdomadaires papier (Le Point, L'Express, Le Nouvel Observateur) qui produisent du contenu quotidien; le cas des chaines de TV qui lancent des applications couplant texte, audiovisuel, voire réactions des consommateurs comme FranceTVInfo, ou des organes de presse qui se transforment en média audiovisuels.

Plus encore, dans cette convergence, on (re)voit l'organe d'information comme une agrégation de conteurs, dans une dynamique qui colle à l'accélération du monde et de l'économie. La rareté du contrat de travail indéterminé, mais aussi la pérennité toute relative des entreprises de presse impose une gestion des coûts drastique et dynamique. Le développement d'un marché de pigistes induit un vivier important d'électrons libres qui peuvent collaborer occasionnellement à des organes de presse. L'agrégation de talents, sur des plateformes, est également un résultat de cette convergence. Ainsi de Storify, qui clame :

" Everyone is now a reporter. Whenever something happens on this planet, eyewitnesses, experts and celebrities share what they see and react on social networks like Twitter, Facebook, Instagram, YouTube ... and whatever comes next. We believe this is a tremendous opportunity to be better informed. The voice of people on the ground, living through events that resonate far and wide, need to be amplified so that we can understand our world. "

Ainsi, des "journaux" d'information agrégées de type paper.li. Il suffit d'une personne pour "éditer" une somme d'informations sous le vocable journal. Mais également de tout type de flux d'information, comme les SNS. Florent Latrive*, par exemple, est rédacteur en chef adjoint de libe.fr. Mais son compte twitter est un vrai journal. La journée du 18 septembre, outre la Une de son employeur, "Bijoutier de Nice, la haine en réseau", le contenu de "son" journal était : un éditorial d'Alexandre Delaigue sur les risques de l'innovation, un papier d'un des blogs associés du NYT sur les projections test et les pirates, une interview de Jean Daniel dans le Nouvel Obs, le rapport de la Cour des Comptes sur les aides de l'Etat à la presse écrite, un texte d'une prof suédoise de sciences de l'information sur les communs provenant de la vie des idées, un papier (du NYT) sur la poursuite de la politique de QE par la FED. Ce type est rédacteur en chef; pour Twitter. Il opére un méta-media, dont je suis le client final. Et sans préjuger du coût de fabrication des contenus qu'il médiatise, je ne lui paie aucun salaire.

Enfin, la réduction de la chaîne de production à un essentiel technique a vu l'apparition d'un nouveau rédacteur en chef, Google, lequel remplit désormais la fonction d'éditorialisation, hiérarchisation et mise en avant vers le consommateur. Google News orchestre désormais pour un vaste public l'information, en créant une "meta chaîne", ou "meta marque", reproduisant à un niveau supérieur le fonctionnement d'un media. Google est d'ailleurs assimilé en France à un organe de presse, si l'on s'en tient à un récent jugement de la Cour d'Appel de Paris, qui s'est appuyé sur la législation propre à la presse pour constater la fin d'une infraction... Convergence aidant, ce rôle de médiateur a un autre nom en économie : une place de marché.

 

Dans tous les cas, le consentement à payer pour avoir accès à un bien d'expérience reste problématique. La qualité de "l'information" dépend tout autant de son état intrinsèque que de la valeur que veut bien lui accorder son consommateur.

 

 

Qu'est-ce que l'information ?

Dans leur édito commun précité, Costemalle et Demorand parlent du sujet qui fache : le coût, le prix, la valeur :

" Car, contrairement à l’idée folle qui a pu animer l’Internet pionnier, l’information a un coût et donc un prix : celui qu’il faut payer, comme lecteur, pour passer du fait brut, reçu par exemple sur son téléphone via une alerte, aux autres formes de journalisme qui ne peuvent être produites en une seconde ou même une heure. "

L'information, qu'elle soit brute ou retraitée, reste un bien. Or, tout comme le bien culturel, elle est un bien d'expérience; on ne mesure sa valeur qu'une fois qu'elle a été consommée.

Coût de production et valeur d'usage

Pourquoi les organes de presse meurent-ils s'est demandé le patron du NiemanLab ? Détaillant la politique du paywall du NYT, il s'interrogeait sur ce paradoxe: comment faire payer a priori?

" Puis le New York Times a mis en place son «metered paywall», très largement imité, puisqu’il a l’avantage de régler un problème fondamental pour la presse: comment offrir un échantillon au lecteur avant de le faire payer? Car on ne sait jamais si un article est bon avant de l’avoir lu, il faut que le lecteur pense qu’il y aura un retour sur investissement."

Le consentement à payer de l'information repose sur un intangible : la satisfaction de l'individu après la consommation d'un bien dont la nature est par essence imprédictible. En cela, la politique de structuration de marques permet de déjouer une partie du problème du paiement a priori. Mais quelles que soient la qualité de l'information et du médiateur, le consommateur doit être persuadé de l'utilité de son achat. Or, l'ambivalence de sa nature rendent ce consentement à payer problématique.

La crise qui touche les organes d'information - et la presse en premier lieu - remet en cause cette industrie si particulière, puisqu'elle est perçue comme un service public. En France, il existe une entité publique produisant ce bien : il s'agit de l'AFP. Sa production est structurellement déficitaire, ce qui fait dire au Ministre de la Culture que " alors qu'elle n'est pas administrée par la puissance publique [...], si l'AFP survit, c'est parce que "l’Etat est [son] client essentiel ". Elle est majoritairement financée par la puissance publique via des acquisitions de tiers (ministères, SIG, organismes publics, rectorats...).

Le statut particulier de l'AFP repose sur une double contrainte : l'impartialité du traitement de l'information, et la concurrence non faussée. Mais, dans les faits, la majorité des semi-grossistes et détaillants commercialisent sur le sol français un produit qui a déjà été payé par le corps social. Cela dit, semi-grossistes et détaillants survivent également grâce aux aides d'Etat, toujours grâce à l'ambivalence de l'information : il y a lieu de soutenir le pluralisme de la société.

En France, les organes de presse écrite disposent de nombre d'aides, dont le montant varie de 500 millions à 1,2 milliards d'euros, selon que l'on incorpore les aides directes ou indirectes (les aides au portage ou les tarifs postaux réduits par exemple). C'est la catégorie IPG (pour Information Politique et Générale) qui reçoit l'essentiel de ces aides. Comme le rappellait Sylvie Clément-Cuzin, de la DGMIC, lors de la conférence sur le financement de la presse organisée par le SMC en mai dernier, l'IPG est défini par des textes de loi, notamment l'article D19-2 du code des Postes et des communications électroniques :

" Pour être considérées comme présentant le caractère d'information politique et générale, les publications doivent réunir les caractéristiques suivantes :

1° Apporter de façon permanente sur l'actualité politique et générale, locale, nationale ou internationale, des informations et des commentaires tendant à éclairer le jugement des citoyens ;

2° Consacrer la majorité de leur surface rédactionnelle à cet objet ;

3° Présenter un intérêt dépassant d'une façon manifeste les préoccupations d'une catégorie de lecteurs ;"

Est donc prise en compte pour définir ces aides la fourniture d'une offre non désirée, "l'intérêt dépassant les préoccupations d'une catégorie de lecteurs". On pourrait parler d'information comme on parle de politique culturelle : un bien dont la valeur n'est pas perçue immédiatement, et dont le consommateur n'a - a priori - que faire. La logique d'offre subsiste dans un monde de demande : même si le contenu est hors de l'intérêt du consommateur, il lui est fourni, dans cette optique de pluralisme. Partant, les producteurs d'information et les diffuseurs s'entendent pour composer le menu qu'ils offriront - sous couvert d'importance - aux consommateurs.

 

La fin du marronnier

Le web a institué une société de la demande. Si certains peuvent faire un lien avec un libéralisme éffréné, il n'empêche que le choix fait partie de la liberté de s'informer. N'en déplaise à Dominique Wolton, on peut très bien vivre en ne lisant que l'Equipe. Il est évident que le paysage médiatique va évoluer dans les années à venir, et que beaucoup d'organes de presse écrite, voire audiovisuelles, vont disparaître. Les acteurs historiques font de la résistance, soutenus par l'Etat à cause du caractère de service public de ces organes, et d'un chantage plus ou moins avéré à la diffusion de la parole politique. Pour autant, si la recomposition est inéluctable, les seules questions dignes d'intérêt sont : à quoi sert la presse ? qu'est-ce que l'information ? en quoi participe-t-elle de l'éducation des citoyens à la vie en société ?

On ne peut s’empêcher de constater la parallèle entre la désaffection pour la chose politique (devenue politicienne) et pour le média d'information générale. Et les propos récents du président du CESE, dans une interview qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux, peuvent totalement être appliqués aux patrons de presse :

"Ces dernières années [...] les politiques obsédés par le pouvoir ont préféré gagner des électeurs même s’ils perdaient des citoyens."

Comme si le média, devenu au fil du temps outil de communication, voire de propagande, n'intéressait plus. Dans le temps choisi, le choix offert au consommateur est démultiplié par le canal de diffusion Internet; seule la rareté du temps disponible limite ce choix.

Les media sont pour la plupart dans une position attentiste, essayant de trouver de nouvelles sources de revenus pour compenser la perte de leurs ressources habituelles (achat, publicité). Il en ressort une frilosité et un manque de courage, que l'on peut voir par exemple dans l'évitement de couverture de conflits (en Syrie). Ils n'en sont pas encore à blâmer, comme l'a fait l'industrie de l'entertainement, leurs consommateurs. Du coup, ils blâment l'innovation, les moteurs de recherche, quémandent encore et toujours plus d'aides, sous forme de nouvelles taxes (voir le soutien des organisations de presse écrite à une taxe sur les appareils connectés ou le fonds Google). Et se raccrochent aux branches des vieux pots de confiture, le maronnier, le fait divers, et les sujets clivants, comme les tweets débiles.

Le marronnier est un sujet dont la source et la récurrence proviennent du média lui-même; ici, c'est le media qui détient l'agenda. Mais dans le monde d'internet, de la mémoire parfaite, le marronnier redevient l'archive. Puis a toutes les chances de devenir un article de wikipedia. Parce qu'il s'agit aussi de mémoire...

Lorsqu'on parle du journal (newspaper), on parle également du papier pour emballer le poisson. Le support est jetable, le contenu a une valeur temporaire, l'information du jour chasse celle de la veille. Or, dans cette économie de flux, il y a lieu de s'interroger sur le format de l'information, lorsque, par exemple, le format de reconnaissance de ses producteurs entre eux n'est plus un article de journal, mais un livre... De même, quid de la durée de vie d'un contenu, que le créateur du site Pocket (un bookmarkeur d'information) estime à 37 jours...

Contre ces modèles de production obsolètes, d'autres font au contraire le pari de contenus plus denses que les modèles prédigérés de type 20 minutes, ou des palmarès et foires en tout genre. C'est le cas de XXI, ou de Narratively, ou de Medium. D'autres pensent média globaux, multilinguisme, investigation. Ou refont de la niche avec des publics spécifiques, comme PCInpact ou TheVerge.

 

Information honnête, signal fiable

Dans le troisième épisode de la nouvelle série de The Newsroom, le scénariste Aaron Sorkin décrit les faiblesses du journalisme TV américain, dans un très long monologue dont il a le secret et qui pourrait s'avérer son manifeste :

" Et ce soir, je commence ce bulletin en rejoignant M. Clarke et en m'excusant auprès du peuple américain pour notre échec - l'échec de ce programme au cours duquel j'ai eu la charge de réussir à informer et éduquer l'électorat américain. [...]

La raison pour laquelle nous avons échoué n'est pas un mystère - nous avons failli à cause de la pression des audiences.

Je me suis rendu complice, de façon constante et inavouée d'une longue série d'échecs qui nous ont menés jusqu'ici. Je suis à la tête d'un secteur qui a annoncé des élections à tort, surexposé des alertes, alimenté des controverses, et qui n'a pas relaté les transformations de notre pays. De la chute du système financier aux vérités sur notre puissance, jusqu'aux dangers sur notre route. […]

Aux origines de la communication de masse, les Columbus et Magellan du journalisme audiovisuel, William Paley et David Sarnoff, sont allés à Washington pour conclure un accord avec le Congrès. Le Congrès permettrait aux réseaux naissants l'utilisation gratuite des ondes appartenant aux contribuables en échange d'un service public. Ce service public serait une heure de temps d'antenne réservé tous les soirs pour la diffusion d'information, ce que nous appelons aujourd'hui les nouvelles du soir.

Le Congrès, incapable d'anticiper l'énorme capacité de la télévision à offrir des consommateurs à des annonceurs, a omis d'inclure dans son contrat une exigence qui aurait infiniment amélioré notre discours national. Le Congrès a oublié d'ajouter qu'il ne pourrait en aucun cas y avoir de publicités payantes lors de la diffusion d'information. Ils ont oublié de dire : les contribuables vont vous donner gratuitement les ondes pendant 23 heures par jour, pendant lesquelles vous devriez faire du profit, mais pour une heure par nuit, vous travaillez pour eux.

Et maintenant, les informations des network sont ancrées dans l'histoire grâce à des journalistes intègres comme Murrow, et Reasoner, et Huntley, et Brinkley, et Buckley, et Cronkite, et Rather et Russert ... Maintenant, ils doivent rivaliser avec des gens comme moi, qui suis dans le même secteur que les producteurs de "Jersey Shore ".

[...]

Dorénavant, nous déciderons ce que nous mettons à l'antenne et la façon dont nous le présenterons, basé sur la seule vérité est que rien n'est plus important pour une démocratie d'un électorat bien informé."

"Nous ne sommes pas des restaurateurs vous servant des histoires de la façon dont vous les aimez"

En Europe, il semblerait également qu'a été perdu de vue que c'est le contenu qui décide de la valeur du contenant. Que ce contenu a une valeur et que le devoir du média, social, mais aussi économique, est de produire une information de qualité à même d'éveiller les consommateurs d'informations, qui sont aussi des citoyens, au monde qui les entoure.

Car de l'information, c'est avant tout une éducation au monde, où les journalistes ont remplacé dans l'appréhension et la démystification du monde les professeurs des écoles. A ce titre, l'information est un signal parmi le bruit, qui doit remplir deux caractéristiques : éveiller l'intérêt du consommateur, et être vraie. La responsabilité engendre le respect, et le consentement à payer.

D'un autre temps fait écho la vérité, et l’honnêteté :

" Il est un autre point de vue auquel je tiens à me placer. Le Canard Enchaîné assume l'originalité de se vendre deux fois plus cher que les quotidiens bourgeois, lesquels comportent environ quatre fois plus de texte que lui. Cependant, le Canard Enchaîné a trois cent mille lecteurs. Lorsqu'il s'agira, pour un gouvernement de Front populaire, de réglementer le commerce des stupéfiants, cette liberté de mentir qu'on s'entête à appeler la liberté de la presse, lorsqu'il s'agira d'interdire aux intérêts des uns de peser sur les intérêts des autres, il faudra retenir ceci : qu'un journal indépendant et ne publiant aucune ligne de publicité peut vivre à cause même de son honnêteté. "

Cette déclaration d'un célèbre billettiste d'un autre temps, prononcée en 1936 (André Wurmser, cité in "Messieurs du Canard") font écho à celle de Demorand quant au coût de la fabrication d'un journal.

Que reste-t-il donc de l'information ? Qu'est-ce qui ferait sens ? De l’honnêteté (de la fiabilité) du signal ? De sa modulation ? Selon une étude du Pew, relayée par Eric Scherrer (sur meta-media), les "jeunes" n'aimeraient plus l'info. Ils préféreraient Internet. Dans le vieux monde des patrons de rotatives, il existe donc bien une hiérarchisation de l'information, selon le support.  

 

Fin des statuts, fin des privilèges. Nouvelle époque

 Les journaux blâment internet, le buzz, les jeunes qui ne s'intéressent à rien. Dans un récent post, Cyrille Franck (de médiaculture) parie que "la qualité ne sauvera pas la presse". Sans doute. Parce que la presse (le papier) est en voie de disparition. Sans doute, parce que la qualité est une notion largement subjective. Sans doute, "redonner de la valeur au journalisme ne suffira pas à sauver la presse". Mais le journalisme, somme toute, on s'en fout. La valeur, c'est l'information, pas le métier qui la structure.

On assiste actuellement à une recomposition de l'actionnariat des groupes de presse. Les nouveaux entrants sont les moguls des années 30, dont la fortune provient de leur réussite dans l'industrie du XXIème siècle. Xavier Niel et Le Monde, Jeff Bezos et le Washington Post, Eric Schmidt au board de The Economist

Ceci pour les vieilles marques. Mais que penser de Pierre Omydiar, le très discret patron d'Ebay, qui crée de toutes pièces une marque autour de Glenn Greenswald, celui par qui les documents Snowden sont "sortis" dans la presse ? Et de Niel, qui est - discrètement - actionnaire des pure players Mediapart, Bakchich, Atlantico, Causeur, du défunt Owni, d'Électron Libre, de MarsActu.. ?

Pour ces personnages, l'information est sans doute une source de pouvoir. Comme elle l'était pour la génération précédente, le marchand d'armes Dassault, le politique Hersant, le bétonneur Bouygues... Il n'y a pas à faire la fine bouche devant des entrepreneurs qui opèrent dans ce secteur. Pas plus qu'il n'y a à faire la fine bouche devant les "jeunes" qui ne s'intéressent plus à la politique (qui les blâmeraient quand on voit l'envers du cirque?) et qui font le succès de pureplayers d'info facile. Comme si Filipachi n'avait jamais existé....

 

N'en déplaise aux Cassandre, il n'y a pas de fin de l'histoire, comme il n'y a pas d'éternel recommencement. Il n'y a que l'agrégation d'histoires, qui forment une Histoire, et un processus narratif en constante évolution.

Il y a surtout un mouvement de fond d'égalitarisme qui bouleverse les statuts et les positions installées. A l'heure où l'on parle de crise de la presse, on ne peut pas ne pas faire le parallèle avec les menaces sur la liberté d'expression. Il est dommage que dans un monde un mouvement, les journalistes commémorent leur défunt statut, lorsque le vulgum pecus se voit doter des devoirs de la presse (ainsi, la LCEN qui s'aligne sur le régime du droit de la presse) sans en avoir ses droits. Lorsque l'autorité des marchés condamne des blogueurs pour diffusion de fausses informations, là ils ces derniers font valoir leurs droits à une pensée hétérodoxe. Lorsque des pure players qui remplissent le rôle d'organes d'information (comme Reflets) ne peuvent bénéficier de leurs droits, car ses membres ne sont pas éligibles à la fameuse carte qui permet - entre autres - la protection des sources. Lorsque le législateur décide de se passer de juge pour censurer des propos condamnables sur la Toile. Lorsque des gorges profondes sont célébrées en héros dans le monde mais persécutées de toutes parts, exilées ou condamnées comme des traîtres à leur patrie.

Comme se demande le professeur de journalisme Mark Tatge, cité par le CSMonitor à propos de Bradley Manning :

" The question is whether people should have the right to freely disseminate information that reflects negatively on the US government. How this information is disseminated and eventually published – blog, tweet, spoken conversation, published news story – really shouldn't matter”

Que l'on s'attriste des mutations du métier d'informer est une chose. Mais, l'information est bien vivante, même si son existence est toujours fragile. Quant à l'industrie autour, elle fait ce qu'on lui demande de faire : produire pour un marché. Pour le reste, on attendra que l'Unesco édicte que "l'information n'est pas une marchandise comme les autres". En attendant, je retourne lire le Gorafi Magazine

 

* [disclaimer : je suis ami avec Florent sur fb, et nous nous suivons mutuellement sur twitter. Mais je ne connais pas sa femme, n'ai jamais embrassé ses enfants ni caressé le chien de la famille]

merci pour leur veille et leurs sources : @ldupin, @latrive, @nicolas_colin, @cnaux, @mobileeks

 

lundi 13 mai 2013

L'affaire Dailymotion

36 15 le village gaulois, c'est ainsi qu'Olivier Tesquet a résumé dans Télérama "l'affaire" Dailymotion. S'inscrivant dans le lâchage du ministre du "redressement productif", le journaliste s'interrogeait sur l'existence d'un protectionnisme français, et parlant de "curatelle" de l'Etat sur certaines entreprises, voyait un amalgame malheureux entre tuyaux (Orange) et contenus (Dailymotion).

Il n'y a pas que Tesquet qui a écrit sur le sujet; toute la presse française, mais aussi la presse américaine, les blogueurs, tous les medias possibles ont commenté le couac (Le Figaro), la cacophonie gouvernementale (Le Monde), la balle dans le pied (New York Times).

Notre digital champion (Gilles Babinet) a déploré le syndrome du coq français, tandis qu'un autre célèbre entrepreneur numérique (Tariq Krim) regrettait l'absence de grandes entreprises de l'internet français dans le top des internets.

 

Si l'affaire fait grand bruit, c'est parce que les internets sont l'eldorado promis pour l'emploi dans les nations occidentales désindustrialisées (voir "poids du secteur dans l'économie" sur le site du Ministère éponyme). Et qu'en temps de crise, l'emploi, la Nation, c'est important. Le futur, encore plus. #ohwait.

Le futur, quel futur ? Petite plongée dans le core du sujet

 

1. Les acteurs

Orange

Orange s'est porté acquéreur en janvier 2011 de 49% de la plateforme de vidéo à la demande (appelons un chat un chat). Très exactement deux ans plus tard, en janvier 2013, Orange rachète l'intégralité des parts. Puis, quatre mois plus tard, décide d'en céder 75% à Yahoo. La stratégie d'Orange est assez intéressante, si tant est qu'elle existe. Le visionnaire Lombard avait conclu, dans "Village numérique mondial, la 2ème vie des réseaux", paru en 2008 :

" La couche opérateur de réseaux devrait rester encore longtemps la plus importante en terme de valeur ajoutée. "

Remplacé depuis par Stéphane Richard, la stratégie du FAI est toujours très floue. Mais passons. Passons à Yahoo

Yahoo ne représente plus en search que 12% du marché US (janvier 2013). Marissa Mayer, la CEO fraichement débarquée de Google, a décidé de recentrer l'activité sur les services. Yahoo se présente comme un succédané du défunt AOL, avec une page portail proposant des services (météo, finance, rencontres, news...). Particulièrement actif dans l'information via Yahoo News (au terme d'un accord avec ABC), Yahoo a totalement raté le coche des services innovants; le seul orienté web2.0 étant flickr, après la revente de del.icio.us en 2011. Mayer procède actuellement à une frénétique politique d'achat, les plus récents étant astrid (app mobile), loki (jeux pour mobiles), gopollgo (mini sondages pour twitter ou facebook), Milewise (système de miles) ou summly (résumés d'information).

Yahoo avait tiré un trait sur ses revenus publicitaires issus de son propre search, à l'issue d'accords avec Microsoft. A son arrivée, Mayer a dénoncé l'accord Microsoft, et indiqué l'ouverture de ses résultats de search à Google Ads, de façon non exclusive.

Dans la bataille qui se joue actuemment au sommet du web entre les GAFA, deux secteurs sont particulièrement prisés : le mobile (parce qu'il adresse individuellement l'utilisateur, et qu'il permet le paiement), et les biens culturels, notamment vidéo. Si Yahoo est actuellement le 5ème site de VOD aux Etats-Unis, l'achat de Dailymotion lui aurait permis, selon Business Insider, de doubler son audience mondiale.

Et le journal en ligne de préciser la stratégie de Mayer :

" Mayer's big-picture content strategy: to reduce Yahoo's original content costs to "essentially nothing," do lots of partnerships with outside media brands, buy up as much user-generated content as possible, and then offer a personalized experience for the consumption of it all."

A la suite de l'épisode Dailymotion, Yahoo a exprimé très rapidement son intention de se rapprocher de hulu. Et l'on parle également de blip, ou de vimeo.

 

Dailymotion

Dailymotion, la "pépite française", dispose d'une valeur triple :

1/ Un nom, forgé à l'issue d'une longévité rarement atteinte pour un site français (fondé quasiment au même moment de Youtube). Cette notoriété fait de Dailymotion le 44ème site visité au niveau mondial, (selon Google AdPlanner). Par contre, même si Dailymotion claironne d'un bon positionnement aux US, le site ne fait pas partie des 10 principaux diffuseurs américains sur le web (selon Comscore, mars 2013)

2/ Des contenus, issus d'accords avec les ayants droit (ainsi, l'INA, des accords SACEM antérieurs à ceux signés récemment avec Youtube, ou avec des majors du disque). Et les fameuses videos de chatons UGC

3/ Une expertise technique, et une infrastructure 

 

Une dernière valeur, et à mon sens la plus importante d'un point de vue stratégique, est son ancrage en France, et en Europe. Et osons le : Dailymotion est la dernière chaine de TV française privée. Voici pourquoi.

 

2. Histoire de la télévision

La fameuse famille Gilet est morte. Dans un article du 12 mai dernier, Pascal Lechevallier est revenu sur l'annonce de Youtube de commercialiser des chaines. En fait, permettre à n'importe quel agrégateur de contenus diffusant sur sa plateforme de fixer un prix d'abonnement. En incipit, il citait Robert Kyncl (Google's Vice President and Global Head of Content at YouTube) :

"Les gens ne sont pas en train de passer de la télévision à internet. Ils l’ont déjà fait [...] Je pensais que YouTube était comme la télévision, mais ce n'est pas le cas. Je me suis trompé. [...] La télévision est à sens unique, Youtube est interactif. Et Youtube est partout."

Si Netflix a servi 79 minutes de vidéo par utilisateur et par jour en 2012 aux Etats‐Unis, Youtube en a délivré près de 100 minutes. Google détient l'infrastructure technique, son propre magasin sur tous les appareils Androïd, son réseau social et sa régie publicitaire. Selon ZenithOptiMedia (avril 2013), "entre 5 et 10 % des dépenses publicitaires audiovisuelles partent déjà dans des formats vidéo, dans la télévision de rattrapage bien sûr, mais surtout sur YouTube". Google a lancé son propre dispositif à la Netflix, GoogleTV, qu'il peut d'ores et déjà enrichir de plus d'une centaine de millions de vidéos déjà présentes sur Youtube. A titre d'exemple, le nombre de programmes disponibles sur la plateforme commune des réseaux NBC, ABC et NewsCorp, hulu.com, est de 100.000 oeuvres.

Le basculement pour tout une génération (la Generation C, celle qui n'est pas aux commandes de la télévision linéaire) est flagrant. Lechevallier de noter que :

" 66% de la génération C dépense plus de temps à regarder la vidéo en ligne que la TV "

Cette fameuse génération C contribue aujourd'hui à l'économie de Google, en France, via les chaines adhoc Youtube, comme Studio Bagel, qui revendique 500.000 abonnés et 40 millions de vidéos vues, en 6 mois d'existence. On retrouve sur Youtube cette économie dans l'exemple de la chaîne américaine AwesomenessTV, "next generation version of Viacom Nickelodeon", en passe d'être rachetée par Dreamworks studios.

 

Aujourd'hui, la télévision de la famille Gilet est répartie entre public  (groupe France Télévision), privé gratuit (TF1, M6..), privé payant (Canal+, chaines Oranges...). L'exception culturelle, qui permet à l'Etat français de protéger sa filière de création via l'instauration de taxes, dépend de la bonne santé des diffuseurs. L'arrivée de la consommation "à la demande" sur des "chaines" non nationales bouleverse considérablement la donne.

Le diffuseur TV n'est qu'un intermédiaire; il propose en top down une programmation linéaire, en achetant des droits à ceux qui les détiennent. Et est donc totalement à la merci des producteurs. Ainsi, si TF1 truste 84 meilleures audiences sur 100 de l'année 2012, 50 sont le fait de séries américaines, et 3 films sur 9 sont des productions US. On peut s'interroger sur la pérénnité de la chaine à moyen terme, vu la baisse d'audience continue de celle-ci depuis 2 ans, et partant, de ses recettes publicitaires, dans un marché qui s'effondre. La transition vers le numérique s'opère, et pas en douceur.

Si Canal+ dispose d'un fort cheptel d'abonnés, du fait de droits exclusifs sur le sport ou de fenêtre de diffusion souple (chronologie des média), la perte de certains droits au profit de BeIn ne doit pas être en faveur d'un bon churn rate. Après avoir perdu le segment du porno (au profit de youporn et assimilés), les droits sportifs, l'intérêt de Canal+ se réduit à une première exclusivité dans la chronologie des médias. La chaîne se tourne désormais vers des productions propres (qu'elle recycle en 2ème fenêtre sur Direct8).

Or, le rapport Lescure, qui sort aujourd'hui, préconise un assouplissement de cette chronologie, aujourd'hui fixée à 36 mois pour la sVOD.

 

3. Futur de la diffusion

La télé connectée détient deux avantages considérables sur la télé hertzienne : elle est orientée demande, et elle bénéficie du return path. Le diffuseur, sans faire appel à du déclaratif, qu'il soit en temps réel (dispositif médiamétrie) ou a posteriori (sondages) est capable de mesurer en temps réel, sans aucun biais, l'audience d'un programme. On peut dès à présent - sans abonnement médiamétrie - contempler la carte géographique des vidéos Youtube les plus vues aux US (par tranche d'âge et sexe), fournie bien évidemment gracieusement par Google.

C'est une révolution comme Google sait si bien faire : tuer les intermédiaires, et de fait ouvrir le marché - oligopolistique - des agences et sociétés d'expertise. Ce return path permet d'affiner les stratégies publicitaires, comme celles de production. Et en matière de production, le bien culturel le plus vu, c'est la série tv. Série, qui, entre parenthèse, n'est pas touchée par la chronologie des médias.

Si l'on suit l'adoption de l'économie de la demande, et plus de l'offre, regardons la musique, et plus précisément la Suède, où, nous apprend Phlippe Astor :

" En Suède, terre natale de Spotify, l’abonnement à lui seul a pesé 91% des revenus du numérique en 2012 — contre à peine 16 % en 2008 "

Se basant sur les usages, et notamment ceux d'Outre-atlantique, il n'y a aucune raison de penser que le train de la VOD et surtout de la sVOD ne va pas défoncer la maison Gilet.

 

4. Futur de la production

Aujourd'hui, la majeure partie des contenus consommés aux Etats-Unis en VOD ou sVOD sont des séries. Les coûts de production sont vite amortis (bassin de diffusion, vente à l'étranger..), le feuilletonnage permet l'adaptation rapide, et la suppression pour faible audience très simple.  Le return path permet de tracker à la seconde les comportements des spectateurs. Fini, les screen test; vive le monitoring en temps réel, segmenté par cible. Pour les films, le whamo (une règle d'écriture des scripts, un gros whamo tous les 12 pages - meurtre, explosion - un petit whamo toutes les 5 pages - baiser, bagarre) peut également être adapté en fonction des publics.

Si les diffuseurs privés français ont mis en place une politique de production propre, même cette dernière est potentiellement délocalisable. "Jo", nouvelle série sur TF1, qui repose sur les épaules de Jean Reno, est franco-britannique et tournée en anglais. Elle s'intitule "A Cop In Paris" et les titres de ses épisodes sont des arrondissements de la capitale. Mais, dans l'économie de l'audiovisuel, un script, 3 acteurs, quelques fonds verts et une filière de compositing...

 

Concernant le film Gravity, avec Sandra Bullock et Georges Clooney, sur les écrans français en octobre, le producteur exécutif, Chris DeFaria, a déclaré :

" Au lieu de créer de vraies personnes et de créer ce qu’ils font, nous allons tourner autour de ce concept et créer un film presque entièrement animé, puis nous importerons les acteurs dans le film. En fait, nous n’allons pas importer les acteurs dans le film, nous allons importer leur visage. Vous aurez leur petit visage intégré dans leur petit casque de cosmonaute. "

Un peu de prospective : vous n'aimez pas Sandra Bullock; qu'à cela ne tienne, vous pouvez choisir une autre actrice parmi 20. Vous préférez votre femme - et vous avez raison - voici le film dont elle est l'héroïne.

Les tournages se faisant sur écrans verts, les images étant créées par ordinateur, vous pouvez localiser un film dans le pays de votre choix, intégrer des placements produits selon les régions ou les exclusivités, produire à des coûts dérisoires et diffuser massivement en fonction de bassins d'audience prédéfinie.

C'est de la science-fiction ? Pensez aux écrans verts. Pensez à jetueunami.com. Pensez à House of Cards sur Netflix.

Si Netflix a choisi de produire et de diffuser la série House Of Cards, c'est après avoir étudié toutes ses données de consommation. La big data au service du storytelling : Giving viewers what they want. Aux oreilles des artistes du cinéma français, cela sonne sans doute comme une insulte. Mais c'est produit par David Fincher et joué par Kevin Spacey et Robin Wright...

 

5. Du nationalisme

De la santé financière des diffuseurs dépend la santé de toute la filière de production. Le commissaire européen Karel de Gucht est en train de négocier des accords bilatéraux UE/US connus sous le nom de TAFTA. Dans le panier, entre autres, la culture. Alors que le programme européen Digital Agenda se gargarise de TV connectée, l'Europe est totalement hors jeu sur ce sujet. La publication du livre vert sur la convergence du monde audiovisuel le 24 avril dernier arrive trop tard : les entreprises n'attendent pas le bon vouloir des politiques pour innover !

La filière française du cinéma vit la même sclérose que les autres industries : plus de prise de risque, peu d'investissement autre que celui "subventionné" par la filière elle-même, in fine l'attente de la garantie de l'Etat. Cette stase a été récemment dénoncée par le président de l'ARP, Michel Hazavanicius, dans une tribune dans le Monde. Jusqu'ici tout va bien. Mais l’atterrissage approche...

 

Que Netflix (ou Amazon, Hulu, Apple) fournisse un service de sVOD en France - et en Europe - et c'en est fini des chaines privées (en moins d'un an, Netflix a recruté un million d'abonnés en Grande Bretagne). Sauf à se spécialiser dans les programmes de flux type The Voice, et les débats clivants type FoxNews, TF1 met la clé sous la porte (Les experts, Law&Order, Revenge, Ghost Whisperer, The Mentalist sont disponibles sur Netflix). Sauf à se spécialiser dans les films français et/ou européens, c'en est fini de Canal+

Car la double spécificité française, basée sur une chronologie des medias et une taxation du diffuseur, échappe complètement à des services situés hors du territoire français (voire européen).

Selon le patron de Netflix, cité par Eric Scherrer, directeur de la prospective à France Television :

" La vidéo en ligne via Internet va remplacer la TV de rendez-vous proposée en mode linéaire."

Selon lui, "le mouvement est tiré par des acteurs comme Netflix, HBO, ESPN ou la BBC". Soit : des producteurs diffuseurs sur abonnement, un licencieur exclusif de sports, un groupe de télévision public - anglais.

Laisser le seul diffuseur web français - et européen - tomber dans l'escarcelle d'un groupe US, et c'en est fini de toute une économie de la production audiovisuelle.

Alors oui, Dailymotion est un actif stratégique. Et si Orange n'a pas de stratégie pour les contenus, il ne doit pas rechercher de partenariats aux Etats-Unis, mais bien en Europe. Il en va de la diversité d'un secteur audiovisuel en pleine mutation, et de la création d'une économie des biens culturels forte.

 

NB : toutes ces données n'auraient pas pu être compilées sans les excellentes veilles de Lionel Faucher (akamedia) et Pascal Lechevallier (blogueur de la Digital Home Revolution)

La - fameuse - famille Gilet

mercredi 2 janvier 2013

Le Père Noel est une ordure

"Le Père Noël est une ordure". C'est ce qu'aura twitté manhack le 21 décembre dernier. Et l'alignement des planètes - comme un business plan mal ficelé - a eu raison d'un journal d'informations "pure player", d'un laboratoire d'idées et d'expérience politique non identifiée. Owni, un titre de presse pourrait-on oser, à l'aura des standards de qualité vantés par le journal papier. #ohwait.

Owni est mort, et le Monde de formuler ses voeux, le 27 décembre, en éditorial et en première page, à la presse écrite. Car la presse va mal. Signe des temps, l'ancêtre du journalisme de qualité, Newsweek, fondé en 1933, vient d'arrêter le papier. #LastPrintIssue.

Et l'éditorial, après avoir égrené les déboires des confrères, nationaux ou non, de revenir sur la mission de la presse :

Pour cette presse-là, qui se conçoit comme le tableau de bord de l'honnête homme du XXIe siècle, il existe donc bien, et pour des années encore, quelque chose comme une alchimie particulière entre l'imprimé et la multiplication des écrans. Une alchimie dont toute la presse écrite cherche la recette, et la cherche avec la modestie requise par l'importance de l'enjeu : nourrir la démocratie et dénouer la complexité du monde.

En 1891, Jules Verne, dans sa Journée d'un journaliste américain en 2889 prophétisait la mort de la presse (litteralement, une machine permettant d'exercer une pression), grâce à l'invention du téléphone : le journal parlé était né. Pour autant, l'information continuait. Internet, le réseau téléphonique et téléphotique de Verne, a introduit la convergence, le temps réel et la déterritorialisation. La convergence des supports a eu raison des formats : France Soir est certes mort, mais le Nouvel Observateur est devenu un quotidien sur le web, tout comme l'Express, Marianne ou le Point, mais aussi FranceTV ou BFM. Et Nicolas Demorrand, de Libération, de citer enfin la convergence : "Nous allons faire un hebdo par jour" a-t-il déclaré en décembre dernier. Enfin...

radioLondres2012

De même, l'information n'est plus l'apanage des groupes de presse nationaux, ni des détenteurs de cartes de presse : certains blogueurs ont des audiences de journaux de province, et la presse belge ou suisse peut dire merci à son public français, spécialement lors d'événements sportifs ou le phénomène #radioLondres. La fréquence d'actualisation d'un site est de toutes façons de l'ordre du temps réel. Et twitter, le gazouillis qui remplace le téléscripteur AFP, pourrait sans détonner s'appeler le "Instantly Star". 

Mais qu'est-ce que la presse ? Qu'est-ce que l'information ? De quelle nourriture l'honnête homme que je suis a besoin pour dénouer la complexité du monde ? Les résultats du PSG ? Le classement de l'OGCNice ? Ces histoires d'usines qui ferment, d'acteurs qui partent ? Le chassé croisé des journalistes "compagnes de" ? Le palmarès des voitures qui flambent ou des SMS du nouvel an ? Le patrimoine des meilleurs hôpitaux de province dirigés par les francs-maçons ? 

Le fameux agenda, celui qui s'impose à tout rédacteur en chef et doit servir de "tableau de bord de l'honnête homme", quel doit-il être ? Cet honnête homme, abreuvé de telenovela via le media d'entertainment, doit-il supporter la comedia del Arte d'élections truquées dans les pages politique ou divertissement ? Doit-il considérer le journaliste s'ébaubissant devant des scripts doctor du story telling comme un critique de cinéma? Et la presse magazine féminine comme une démonstratrice de produits cosmétiques ?

L'information doit être décryptée, et c'est pour cela que je pleure plus la mort d'Owni que celle d'un canard US marquant la fin d'un modèle :

"Ces énormes machines qu'étaient les news magazines étaient obligées d'avoir une attitude centriste, "mainstream", qui ne colle plus avec la polarisation des citoyens aux Etats-Unis, souligne Bertrand Pecquerie, directeur du Réseau mondial des rédacteurs en chef (Global Editors Network)"

Décrypter, sans choquer. Eduquer, mollement. Penser, au centre. L'Europe avait traditionnellement 5 ans de retard sur les US, en termes de technologies. Nous y arrivons, mais un poil plus vite. Comme le résume bien Autheuil avec la valeur de la presse, la presse, en France, ce n'est pas de l'information, c'est un rapport de forces entre groupes de pression. Le lecteur n'est donc plus qu'un otage au service des uns ou des autres. Notre rapport de forces, aux petits frenchies, ce sont des marchands de canons ou de sanibroyeur, et les éternels barons de province; lorsqu'aux Etats-Unis, le nouveau patron de Newsweek est l'IAC, qui opère des services comme vimeo, match ou encore about. Son executive est Barry Diller; on a les magnats qu'on peut... et les contre-pouvoirs également.

Alors, Owni. 2 générations, une crise de croissance plus tard, des journalistes en herbe, des codeurs en devenir, des designers à l'étude. Owni, c'était d'abord le journal qui a sorti - avec le Monde - les dossiers wikileaks, qui est allé montrer aux américains sur leur terrain de jeu que les "frenchies" pouvaient leur tenir la dragée haute (deux prix consécutifs en 2010 et 2011, par l'Online News Association, soutenue elle-même par la Fondation Knight, respect!). 

Owni, c'était des gens pour qui bouleverser la "Une" voulait dire également coder des CSS, créer des apps, éditer des infographies à l'ère de la dataviz. La dataviz, l'INSEE pour les nuls. la simplification d'un système complexifié à dessein. La vulgate de la société des images. Foutus écrans.

Owni, c'était aussi Jean Yanne qui aurait pu monter RadioPlus sur le web. Les chats volants du Pion VS Nyan Cat. Une expérience d'écriture numérique de la génération des écrans, du lol, des icônes et du gifanimé. Comme représenter une information non textuelle. Rendre intelligible une donnée, le plus simplement possible. Avec une pincée de MDR. 

Owni, c'était aussi et surtout une ligne éditoriale; on y traitait société ou culture, mais aussi "pouvoirs". Un mot pas neutre dans un organe d'information. Un journal de signatures propres ou de blogueurs invités, non des pigistes interchangeables rewritant des dépêches. Des expertises pour des mises en situation du numérique dans la vraie vie, à mille lieux des raccourcis du média traditionnel : le futur est numérique, autant le comprendre dès à présent. Des experts de leurs domaines, ayant un titre bien plus noble qu'une carte de presse : une déontologie, masquée sous les termes technoïdes de "fact-checking" ou de "data-journalism". Une écriture citoyenne, forcément politique. Et tellement apolitique.

Alors Owni est mort et ça n'intéresse personne. Aucun membre du gouvernement, aucun politique (à part peut-être @lauredlr) à déplorer la fin d'un organe d'information.

Par contre, un Premier ministre se félicite qu'un groupe de presse spécialisé dans les faits divers et les petites annonces classées soit repris par Bernard Tapie. Et on repense à l'app des aides à la presse, via le fonds de modernisation, sournoisement appelée "Le juste prix" et exposant sous la forme d'un quizz les dérives de ces aides. Deux ans plus tard, le rapport du député Michel Françaix (cité chez Owni), sème la panique à l'heure de la lex Google...

Alors, qui décryptera ce genre de rapports indigestes à l'avenir, nécessaire dans un monde de pouvoirs et de servitudes, lorsqu'on apprend que Rue89 - nouvellement détenu par le Nouvel Observateur - quitte à son corps défendant le SPIIL,  Syndicat de la presse indépendante d'information, lequel était opposé à la taxe Google.. ? Ce qu'on touche ici, c'est forcément ce système "à la française" fait de clientélisme et d'obligés, ou des castes prospèrent sur fond de subventions publiques, mettant en avant les missions d'intérêt général. Tiens, c'est drôle, il semble se passer des choses du coté du cinéma

Alors non, rien n'est perdu. Les amitiés vont continuer. Manhack va continuer son travail d'alerte sur un blog associé du Monde. Calimaq ou Dorne sur le leur. On ira leur rendre visite, tout comme chez reflets, numerama, framablog ou pcinpact. On ira voir les nouveaux, les ragemag, actualitte; on retournera chez ecrans. On suivra les twitter des owni. Et on se réjouira quand même. Pour ceux qui se sont recasés, au premier  essaimage dans les media établis (Le Monde, Telerama, Le Mouv..) et qui noyautent le LOL de l'intérieur; et les autres, plus tard.

Mais pour autant, à l'heure où la technologie est l'enjeu de l'économie, où l'économie est l'enjeu de la politique, qui décryptera ce nouveau monde? Malheureusement, le constat que Françaix applique à la presse l'est aussi pour la société française dans son ensemble :

“L’ancien monde n’arrive pas à mourir quand le nouveau n’arrive pas à naître.”

Il citait, parait-il, Antonio Gramsci. Tristan Nitot a quant à lui cité La classe américaine, le film de la génération numérique : #mondeDeMerde.

mercredi 10 août 2011

Qu'est-ce qui brûle réellement, en Angleterre?

Chere profession en voie de disparition.

Je regarde attéré en boucle les images des émeutes anglaises. BBC Live, Guardian Live, Al Jazeera Live. Je switche mon écran entre Youtube1 et Twitter2. Je parcours toutes les éditions de tous les journaux de toutes les langues que je sais lire sur GoogleSyndicate. Plus plein d'autres medias avec moins d'audimat mais de l'information supplémentaire.

Je vois des gens bruler leurs quartiers, sans doute les voitures de leurs amis et les commerces de leurs voisins. C'est moche. Et si ce ne sont eux, ce sont ceux du quartier d'à coté..

Mais combien sont-ils? Vous pourriez me le dire? Dans les manifestations, lors de troubles, on a toujours un compte, fait d'un coté par les organisateurs, de l'autre par la police. L'organisation des émeutiers étant quelque peu anarchique, nous ne pouvons que compter sur les chiffres de la police. Hors, nous n'avons aucun chiffre de la police. Enfin si, nous avons des chiffres. Quoique...

Nous savons que ses effectifs sont passés de 16.000 à 60.000 à Londres aujourd'hui. Nous savons que 685 personnes ont été interpellées à l'heure de ce post. Nous savons que 111 ont été inculpées. Nous savons qu'elle a 12 photos, qu'elle les poste sur Flickr. Nous savons que des "ONG" les assistent, lesquelles ont leur CCTV à elles, les photoshopeurs bons citoyens. Nous savons que le réseau de caméras de surveillance (CCTV), voyez-vous, ne voit rien, à cause de cagoules (dommage qu'on n'ait plus mam, qui leur aurait vendu le savoir-faire français en matière de lois...). 

Par d'autres sources que la police, nous savons qu'au moins 130 foyers d'émeutes ont eu lieu entre le 6 et le 9. 

Mais combien sont les émeutiers? En moyenne, chaque foyer est constitué de combien d'individus? 5, 20, 200? Et qui sont-ils? Des casseurs? Des sauvageons? Des punks? On sait qu'ils sont jeunes. Sur les photos que la police publie, certains sont équipés, cagoulés. d'autres ont l'air perdus au milieu de choses qui les dépassent, la tête nue, dans un gigantesque parc d'attraction. A tous les coups on gagne. Et "Nevermind the bollocks". C'est bien connu, quand on n'a rien à perdre, on fait n'importe quoi...

Nous savons qu'il y avait 27 millions de comptes anglais sur facebook. 17.000 membres ont exprimé de la sympathie aux nettoyeurs, 25.000 à la victime supposée de la bavure. Et les autres, ils disent quoi. Et sur Blackberry, SMS, twitter, youtube.. Combien sont-ils à se parler?  A en parler? Quel dommage pour News of the World. On aurait eu droit à des sondages...

Messieurs la corporation de livreurs de communiqués de presse,

Vous savez comme moi que les nombres, ça fluctue. Quand il n'y en a pas, ça ne peut préter à discussion. On applique ça en France à chaque St Sylvestre. On ne communique plus sur les feux de bengale. Ca pourrait "inciter à". Ca pourrait montrer une existence. Qu'on n'est pas seul. Que sous l'image auto-censurée montrée à la CCTV, il se passe des choses. Le principe de la révolution iranienne, des printemps arabes. On se compte. On se voit. On se filme, on se diffuse. On sait qu'on existe et on sait que les autres savent qu'on existe. Une webcam, et tout est repeuplé.

Messieurs les exécuteurs d'agenda formatés à la pensée digeste,

Vous savez très bien que les valeurs, les ordres de grandeur, c'est important. Lorsque vous additionnez les bouchons des vacances pour obtenir des centaines tape-à-l'oeil, lorsque vous assenez les palmarès, hit-parades, records.  Alors, combien?

Aussi, vu les iraniens, les tunisiens, les égyptiens, les bahreïnis, et tous les autres en cours, dans le monde arabe, en espagne, en israel, pourriez-vous juste faire votre travail et dire, au delà du spectaculaire du bus à impériale en flammes, s'ils sont 1000, 10.000, 100.000 ? Si c'est un hold-up, une jacquerie, ou une commune  ... 

Pourriez-vous me dire ce qu'il se passe réellement en Angleterre? 

mercredi 17 novembre 2010

Marché WTF

Tablette fnacbook : pour 200 euros, j'ai le droit à un terminal exclusif - sans browser ni app tierce - pour acheter des livres à la seule fnac; et comme ils sont en plus sympa, ils me donnent 50 livres du domaine public.... mais je peux les lire ensuite sur mon iPad... Y-a-t-il quelqu'un qui pense chez eux, ou c'est tellement pensé que ça fait froid dans le dos, ce fdg?

Assises du journalisme de Strasbourg : quand les journalistes auront compris qu'ils sont au même niveau que les enseignants, qu'ils doivent produire du sens/éducation et qu'ils ont une responsabilité morale vis à vis de leurs lecteurs/élèves, je me ferai du soucis pour les media qui se meurent. En attendant, qu'ils meurent!

jeudi 13 septembre 2007

De la convergence des media d'information

Au 2eme trimestre 2007, la France comptait plus de 30 millions d'internautes, selon Mediametrie (chiffres de juillet), tandis que, selon l'observatoire du haut débit établi par l'Arcep, on dénombrait (au 31 août) plus de 14,5 millions d’abonnés Haut Débit.

Par delà, la généralisation du multiple play est devenu une évidence, avec 7,8 millions d'abonnés à une offre de VOIP, et 3,3 millions à une offre de TV sur DSL (à fin juillet 2007).

Dans ce contexte de rapprochement des moyens techniques de communication, les media d'information opérent également des rapprochements entre les différents supports traditionnels de diffusion.

Ainsi, si la premier axe de développement a été la portabilité des media traditionnels sur le web ("copier-coller" de la presse en ligne, flux radios en streaming), le web a permis également de se jouer des formats imposés, du nombre de feuillets à l’iconographie pour un quotidien, ou la "taille" d’un reportage audio (voir l'emblématique arte radio).

Puis l’accès aux archives s’est développé, enfin l’enrichissement via des techniques dites multimedia, portfolio, animations flash, lecture automatisée de texte via des voix synthétiques. 

L’heure est dorénavant au cross-over, afin de permettre à une marque media de capter un auditorat, quel que soit le moyen de réception, avec une information disponible suivant l’acronyme ATAWAD (Any Time, AnyWhere, Any Device). En cette rentrée 2007, plusieurs projets retiennent l’attention, car les formats proposés s’éloignent du "genre" du media d’origine.

Ainsi Libération, qui s'apprête à lancer "Libé Labo" (la bande originale) et qui s'est pour l'occasion dotée d'un véritable studio permettant l'enregistrement de programmes audiovisuels. Ces emissions ne seraient pas destinées à du flux, mais s'intègreraient dans les séquences du journal en ligne.

Ainsi également France-Info, qui vient de se doter d'une véritable rédaction multimédia dédiée à la chaine information du groupe Radiofrance, permettant d'écouter le direct, mais aussi tous éléments sonores diffusés à l'antenne, et, dans une moindre mesure, de lire les informations proposées. Le site, basé sur le système de publication ouvert spip, devrait être en ligne dans les prochains jours, est en ligne.

Les media traditionnels sont en crise. Des USA à la Grande Bretagne, les pratiques des consommateurs sont des signes qui ne trompent pas. Converger ou mourir. Telle est la conséquence de la concurrence opérée par le web entre les media, lesquels sont confrontés, quoi qu'en disent certains, à l'ultime ressource - rare - des spectateurs de toute sorte : le temps de cerveau disponible. Et à la mutation de l'offre éditoriale, passant d'une logique d'offre à une logique de demande, laquelle a fait la fortune du géant Google.

Ainsi, l'intégration des doses d'intéractivité entre le producteur et le consommateur de l'information s'est-il développé. La production de contenus, les UGC, popularisée par les sites type Youtube, s'effectue de concert par les journalistes et les lecteurs. Un nouvel avatar de journalisme voit le jour, le journalisme-citoyen, qui ratisse large : d’Agoravox, lequel est avant tout un media d’opinions, au tout nouveau rejeton du groupe Le Monde, Le Post, sous-titré "Le mix de l'info", qui se présente comme "un fil continu d’informations rédigées par des journalistes et des internautes". Ces hybrides ont tous en commun d’exister par la grâce de la mutation du processus de production, apparu via le "toyotisme", puis largement répandu sous le vocable "collaboratif" dans le monde du travail, à la vitesse de l’électron-web..

A coté, certains continuent de raisonner selon des logiques top-down; ainsi, l'Etat français de décréter qui procède de l'audiovisuel extérieur ou pas, avec constitution de chaines ad hoc, lorsque le groupe national Radiofrance, par exemple, réalise via ses sites une audience non nationale de plus d'un tiers (chiffres Comscore de juillet 2007). Mais il est vrai que la spécificité française, de partitionner pour mieux régner, a engendré un maquis d'offres media étatiques qui se concurrencent elles aussi. Un morcellement qui ne peut qu'être regretté lorsque l'on voit les audiences hebdomadaires de l'entité BBC, de 233 millions d'auditeurs, téléspectateurs et internautes dans le monde entre mars 2006 et mars 2007.

La logique de l'audience s'appréhende donc dorénavant de manière globale. D'un coté une marque media, diffusant sur tous les supports, via l'infrastructure web. De l'autre une audience mondiale. Pourtant, dans l'offre pléthorique qui est proposée aux internautes, l'éditorial reprend ses lettres de noblesse.

Ainsi, si l'offre news, dont les coûts de production se sont drastiquement réduits et l'audience notoirement multipliée, est ultra concurrentielle, la pratique d'un journalisme "hors agence" reçoit les faveurs du public, qui y trouve une valeur ajoutée. Car, à coté du déclin de la PQN et de la PQR (voir l'étude EPIQ 2006-2007), concurrencés par les gratuits d'informations, où la valeur du titre est de proposer sur un format papier l'offre "gratuite" existant dans l'audiovisuel, les newsmagazines obtiennent des résultats inverses. Et un titre comme le Canard Enchainé continue d'être profitable. 

On ne pourra donc que saluer le succès d'un rue89, qui offre à ses lecteurs un traitement de l'actualité hors du sempiternel "agenda". Ou encore la constitution d'une cellule d'investigation au sein de la radio "France info". Parce qu'expliquer le monde, hors les officines de communication, soulever des lièvres, offrir des scoops, c'est encore ce que le media d'information fait le mieux. Quel que soit le support.

mercredi 11 juillet 2007

La société du spectacle... ou le spectacle de la société ?

Free vient donc de dégainer son Armageddon, intitulé tvperso. 3 ans de suspense pour en arriver à proposer à ses - seuls - abonnés la possibilité de diffuser du contenu via leur box. Un dailymotion sur le réseau TV, la nouvelle est entendue. Sauf à leur permettre de proposer des contenus soumis à copyright - et de concurrencer TF1 - le soufflé retombe vite.

Mais à y regarder de plus près, une option retient l'attention : la possibilité de broadcaster du live. Voilà donc la "catastrophe d'ampleur planétaire" : donner la parole aux abonnés de free ! Leur permettre un blog vidéo, en direct. Ouvrir une multitude de fenêtres, publiques ou privées, dans les intérieurs douillets des freenautes. Autoriser les autres à s'inviter chez soi, dans le spectacle permanent de la représentation ou de l'être. Secret Story pour tous... on en revient à TF1... 

Ce qui nous ramène à une multitude de prophéties, et à leurs erreurs. Aux 15 minutes de Warhol, qui oubliait de prendre en compte la persistance de l'information. Aux écrits de Debord.

Debord fustigeait le société de consommation, et le pouvoir de la marchandise. Pourtant, la société qui est en train de lui succéder, celle de l'information, remet en cause son capitalisme honni. Si tout le monde produit du spectacle, son spectacle, reflet de chacun, qui mettre en cause ? Et comment différencier le bourgeois du prolétaire puisque tous sont propriétaires de leurs moyens de production et de distribution (exception faite du trépané) ?

La possibilité donnée à tous de produire son propre spectacle, en l'occurrence sa propre vie, rejoint ce que Jeremy Rifkin écrivait dans L'âge de l'accès : une course à la monétisation de l'expérience. Partant, la peopleisation du monde est en marche, où tout un chacun pourra être quelqu'un, sorti des cercles "monopolistiques" des élites, artistiques, économiques ou politiques. Ce modèle de valorisation de sa propre personne est actuellement en cours, indirectement, puisqu'il fait le bonheur des réseaux sociaux tels myspace ou facebook. Les connaissances (savoir comme humains), l'intérêt comme l'audience (au travers des moteurs de recherche), tout cela valorise au travers des outils les individus qui les utilisent.

Mais on peut également voir cet accès à l'autre sous la forme d'une ouverture, accès qui ne passe pas nécessairement par une valorisation monétaire. Une fenêtre ouverte sur le monde, un passage, tel qu'imaginé par Dan Simmons dans "Les Cantos d'Hyperion", sous la forme des "portes distrans", dispositifs - gratuits - permettant un déplacement instantané entre les mondes...  

"La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une "immense accumulation de marchandises" dégainait Marx (in Le Capital, 1867).

"Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles." répondit Debord (in la société du spectacle, 1967).

Et si le processus en lui-même n'était qu'un immense spectacle, rendant acceptable le fait de n'être qu'un processus ?


Communiquons (ma tv rend fou) par Lionel Kaplan, trouvé sur l'excellent blog tvnomics

mardi 22 mai 2007

Des pro-ams qui virent au pro

Ce qui devait arriver arriva. Après l'audiovisuel avec Youtube (déjà précédé par Revver, Break.com ou Eyeka), c'est au tour des contenus écrits d'être rémunérés en fonction de leur audience.

Poursuivant sa stratégie d'achat de contenus "pro-ams", commencé avec la rémunération de videos via WAT, TF1 via sa nouvelle acquisition overblog veut maintenant rémunérer ses blougueurs.

Initiée en France par des sites tels Come4News, cette pratique de monétisation de l'audience prend de l'ampleur à mesure que les publicitaires investissent la Toile, et que les contenus deviennent intéressants, qualitatifs, et rares. Une récente étude citée par Internetactu estime que si 12% du trafic US concerne les sites du truisme web 2.0, seuls 1% des internautes sont concernés par la production de contenu. Encore ne faut-il pas oublier qu'un site comme Myspace déclare héberger quelques 100 millions d'utilisateurs/producteurs...

La stratégie de marques des massmedia est entre autres une politique de signatures. Si l'on se souvient des liens unissant le journal Libération et Jean-Paul Sartre, quid des auteurs comme Mauriac, Giraudoux ou André Maurois, plumes du Figaro ?

Le "media 2.0" est en train de rejoindre le massmedia sur ce segment, l'heure étant à l'aggrégation de contenus, qualitatifs, et à leur exclusivité, moyennant rétribution, en cours ou à venir. L'éditorial joue à plein, avec sélection de contenus par des comités de rédaction, comme chez Agoravox, ou cooptation de blougueurs, et labellisation, chez French 2.0.

En début d'année paraissait sur le site de Haaretz la retranscription d'une intervention d'Arthur Sulzberger, l'un des dirigeants du New York Times au forum de Davos. Rejoignant certains autres avis sur la fin de l'ère papier du "newspaper", il livrait également sa vision sur l'un des aspects essentiels du journalisme : l'intégrité.

Dans un monde de millions de blougueurs, il estimait que le public cherchait dans le NYT des informations crédibles. Et de définir le journal comme un Conservateur d'informations... C'est que le collaboratif a ses limites. On l'a récemment vu avec la polémique sur l'EPR dans Wikipedia, ou encore avec le déluge de contributions sur Guy Moquet.

Si donner la parole au peuple est une belle chose ("Peuple prend la parole et garde là" disait déjà Libération dans les années 70), seuls quelques rares élus blougueurs peuvent se targuer d'une audience, et pourront monétiser leur visibilité (ou enrichir leur ego). Mais ce n'est toujours pas la quantité qui fait la qualité.

Au final, la révolution web 2.0 rencontre une fois de plus la vraie vie : produire du contenu, intéresser une audience, monétiser l'intérêt. Vous avez dit professionnel ?


Mise à jour du 4 juin : et un milieu de plus touché par les pro-ams. Selon Francis Pisani, sur Transnets, c'est au tour du monde du porno US de se plaindre de la concurrence des amateurs....

jeudi 3 mai 2007

Du nouveau dans l'info

Rue89.com - le site des transfuges de Libération (Riché, Mauriac, Haski, Penicaut...) sera en ligne dimanche 6 mai à 18h.

Ce nouveau "journal", qui lorgne vers The Politico, se veut partie prenante de la "révolution des medias en cours, à l'instar des radios libres" (Riché), instituant une nouvelle "relation de confiance avec les lecteurs" (Mauriac).

Alors, vont-ils publier les sondages sortis des urnes à 18h, comme certains suisses veulent les vendre ? Vont-ils inverser la tendance à la défiance des décideurs envers les medias et les gouvernements, soulignée par le baromètre Edelman Trust 2007 ? Vont-ils rendre au journalisme ses lettres de noblesse, tant la profession est décriée pour sa collusion réelle ou supposée avec le monde politique ?

Vont-ils faire de la télé, comme le Télégramme de Brest ? Du participatif, comme tout le monde ?

Réponses dès dimanche.

 

 

vendredi 27 avril 2007

De l'audience et de la publicité

Des chiffres, encore des chiffres

Myspace réaliserait une audience de 40 milliards de programmes multimedia pour 61 millions de "téléspectateurs" sur le mois de janvier 2007, selon Comscore... Youtube @ Google en attirerait quant à lui 30 millions par mois, pour la seule vidéo. Des chiffres à relativiser, puisque Nielsen/Netratings évoque plus de 40 millions de visiteurs uniques pour Youtube, quand Alexa en annonce 80 millions.

Des chiffres très variables donc selon les mesureurs d'audience, qui ont occasionné une demande officielle de réalisation d'un audit technique du nouveau président de l'IAB (Interactive Advertising Bureau).

C'est que les annonceurs, désormais conscients du potentiel du media, réclament une certaine transparence, afin de pouvoir investir en toute connaissance de cause et ne pas surpayer leurs campagnes.

Transparence qui sera également nécessaire pour rémunérer les créateurs, puisque le modèle annoncé de Youtube de "revenue-sharing" du broadcast de contenus se précise : ce sera un partage 50/50 des revenus de publicités insérées avant et après un contenu.

Il semblerait donc que le modèle de financement de la diffusion de contenus sur le web soit majoritairement assumé par la publicité, comme l'indique encore l'annonce de Joost de partenariats avec des marques comme Sony, United Airlines ou encore Unilever.

Quant au media lui-même, il est à la croisée des chemins entre le 'froid' et le 'chaud', entre le on demand et la linéarité du temps réel. 

Un croisement dont on a pu voir les effets lors du massacre de Virginia Tech, où le site de CNN (via son module exchange) a enregistré une audience de 11 millions de vidéos, et les sites d'informations broadcast US une hausse de 28% par rapport au week end précédent (contre 11% d'augmentation pour les sites émanation de media print), selon hitwise.

Une "offre" globale, TV, web et participatif avec la production en temps quasi temps réel d'une page wikipedia, complétée par une mise en scène digne des meilleurs cliffhanger US : la réalisation par le tueur lui-même de son propre scoop, entre les deux tueries. Un scoop planétaire pour une audience mondiale. Et quelques sponsors..

Audimat
Audimat

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