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dimanche 2 septembre 2007

Je suis une Marque déposée


Quel que soit le chiffre accolé au terme web (1, 2, 12), et sa signification ontologique (un media, une infrastructure, un message, etc..), il faut reconnaitre qu'il a changé profondément l'économie. En amenant les entreprises sur des marchés globaux, à la vitesse d'un électron dans une fibre optique. En transformant un simple individu en valeur financière, par la seule grâce de son existence.

Résumons : d'abord le B2C (et le B2B). Où comment ouvrir son marché à une clientèle plus vaste.

Puis le C2C (type ebay, ou zikio). Où comment transformer un consommateur en vendeur.

Puis le C2B. Où comment le consommateur devient fournisseur à l'entreprise, à l'actionnaire, d'une idée, d'un concept (startup), d'un média, d'une audience, d'art et de création intellectuelle (des blogs, des "UGC", de la musique type Jamendo). La professionalisation des amateurs.

Derrière ces acronymes pittoresques, rien de nouveau sous le soleil. Du travail, des échanges, de l'investissement, du capital. Mais voilà, au fil du temps, le facteur de production capital a pris une place de plus en plus importante, au point de se ramifier en capital social, humain, immatériel. Et c'est ce dernier qui, dans notre désormais société du savoir, fait espérer le plus de bénéfices (à lire, le rapport Lévy-Jouyet sur l'économie de l'immatériel).

Les entreprises de la "nouvelles économie" valorisent leurs bases de données. A titre d'exemple, Facebook, qui revendique 30 millions de membres, prévoit, selon le Wall Street Journal, un chiffre d'affaires de 150 millions de dollars pour un bénéfice de 30 millions. Le réseau social professionnel LinkedIn, quant à lui, fort de ses 9 millions de profils, était valorisé en janvier dernier à 200 millions d'euros. Pour autant, les valeurs de ces deux sociétés sont bâties sur un capital immatériel dont les investisseurs - les membres - pourraient attendre des dividendes. Or, comme pour les UGC, il n'en est - pour l'instant - rien.  Pour l'instant, car ces données sont une propriété intellectuelle. Au titre de la marque.

Actuellement, si la PI se niche partout, la PI se cède gracieusement. C'est l'innovation majeure du webdeuzéro. Dernier exemple, via le barrablog, ce site de recettes en ligne, qui selon ses conditions générales d'utilisation, dépouille le cuisinier amateur de son mérite (et de l'exploitation de ses oeuvres). Pirates, disaient des bigoudaines dans une publicité pour une marque, qui, désormais, désigne les hackers dans la communauté informatique.

Car c'est tout le paradoxe du web : si les majors de l'édition crient au piratage des oeuvres dont elles gèrent les droits, les nouveaux groupes media font l'impasse sur les centaines de millions d'oeuvres (photo, vidéos, textes, créations multimédia) qu'ils veulent bien héberger et diffuser, car, c'est bien connu, l'internaute est un être désintéressé qui ne vise qu'à la satisfaction de son ego. Mais un ego identifié, et qui rapporte à des tiers. C'est ici que la marque entre en jeu.

Nous sommes tous des journalistes. Et nous sommes le web. Et nous sommes aussi tous des auteurs. Et à ce titre, tout ce que nous produisons peut et doit être soumis au droit d'auteur. Ou ne pas l'être, comme le revendiquent les tenants d'un bien commun (les commonistes) pour lesquels le savoir (donc la création) ne peut pas - plus ? - être approprié. Et pour une raison toute simple : mais qui a fait l'oeuf ?

Mais pour l'instant, c'est le copyright qui prime. Et c'est ainsi que se transforme petit à petit l'individu en une entreprise commerciale, détenteur de sa propre marque, laquelle sera valorisée au nombre de ses amis dans myspace, son rank dans la blogosphère, son audience sur dailymotion...

Et qu'on ne pense pas que cette sanctification du Je n'est possible que dans l'éther du net : ne vient-on pas de voir une madame chose réclamer - et obtenir - le changement de pseudo d'une actrice porno, sous peine d'astreinte. Mais que fait Rupert Murdoch ?




Ils ont volé notre recette !

lundi 29 janvier 2007

De la propriété intellectuelle

Le droit de la propriété littéraire a deux siècles. Si l'on se penche sur son histoire, il est frappant de constater l'analogie entre les faits qui ont amené sa création et la bataille qui se joue en ce moment du fait de la révolution numérique.

Sur la création, ce sont d'abord les éditeurs qui - imprimerie aidant - s'arrogent un monopole d'exploitation sur les oeuvres imprimées. La loi sur les « privilèges perpétuels » de 1686 accorde aux libraires des monopoles d'exploitation pour compenser leurs investissements. Puis, dans les années 1780, c'est un diffuseur qui dispose d'un monopole de fait. Les théâtres, et en premier lieu la Comédie française, font la pluie et le beau temps sur la diffusion des oeuvres. Non seulement ses sociétaires choisissent les oeuvres, mais évitent le plus souvent de payer les auteurs. Un certain Beaumarchais mène alors la révolte des auteurs, qui aboutira à une grève des écrivains, qui ne fourniront plus les théâtres en production littéraire.

Il fallut attendre 1791 et 1793 et la fin des privilèges pour qu'une législation protégeant les auteurs voit le jour. Aidés par des structures puissantes, la Société des auteurs (SDA), puis la SACEM, et la Société des gens de lettre, les auteurs prennent de l'épaisseur et participent aux succès de leur oeuvres, à part égales avec les directeurs de théâtres et les troupes interprétes.

Ce bref aperçu montre que le combat entre auteurs et producteurs, éditeurs ou diffuseurs, n'est pas récent. Pourtant, il est en train de se jouer une partie beaucoup plus importante, d'un point de vue social comme d'un point de vue économique. En effet, le jeu se jouait entre "ceux qui étaient auteurs et ceux qui ne l'étaient pas". Structurés comme des groupes économiques, les auteurs pouvaient se prévaloir des droits particuliers, qui régissaient une catégorie sociale identifiée, repertoriée. Le fait d'appartenir à l'une de ces sociétés (on dira aussi syndicat) revenant à faire partie d'une "entreprise" soumise à un régime économique spécifique.

Or, il apparaît que la circulation des oeuvres, la mise à disposition d'outils bon marché, et le passage à une société de l'information induit le consommateur à intervenir en tant qu'acteur, producteur d'un point de vue économique, auteur d'un point de vue intellectuel.

L'expansion du domaine culturel en tant qu'activité économique a forcé le législateur a reconnaître des nouveaux droits, dits droits voisins, à des catégories professionnelles telles les interprêtes. Des droits d'exploitation puis de diffusion se sont empilés sur ceux existant. L'une des plus formidables batailles est en train de se jouer à l'OMPI sous la pression des diffuseurs (via un "traité des casteurs") pour leur reconnaître une propriété sur le signal. Un avant goût de ces dispositions, dont le corrolaire est l'abandon du droit à la copie privée, est mis en oeuvre par TF1 qui vient d'interdire l'utilisation de la fonction multiposte par Free (c'est-à-dire la diffusion du flux sur le réseau IP de l'internaute).

Car, s'il se profile à l'horizon la possibilité pour le citoyen d'échanger des oeuvres à titre gratuit, c'est-à-dire de se substituer au diffuseur, dans le cadre d'une probable licence globale, le diffuseur tient à verrouiller son business. Il est ahurissant de constater que le mass media ne tient pas compte des erreurs des majors du disque, et risquent de s'aliener leurs propres clients. Clients qui sont eux-mêmes, par la grâce du numérique, devenus auteurs, en constituant des playlist ou en recyclant des oeuvres existantes. Pour un "Grand détournement" réalisé par des professionnels, combien de mashups de clips ou de films se retrouvent-ils sur le web ?
Et lorsque l'on apprend qu'enfin Youtube considère les UGC comme des oeuvres, et va rétribuer les auteurs, tout en ayant signé des accords avec les ayants-droits, on se demande si le diffuseur du futur ne sera pas tout simplement une énorme agence de gestion des droits...


mardi 17 octobre 2006

Le droit d'auteur soluble dans les UGC ?

L'excellent blog de Didier Durand est revenu sur l'accord de Warner et Sony avec Google concernant les UGC. Accords qui sont selon lui un préalable à l'absorption de Youtube par Google.

Néanmoins, si l'on s'en tient à Google vidéo, les accords passés ont pour objet de permettre les fameux mashup qui sont des créations d'internautes à partir de matériaux soumis au droit d'auteur.
Ces accords sont censés mettre un terme à l'insécurité juridique qui eurent raison d'un Napster. Pourtant, même ainsi rédigés entre la major et le diffuseur, ils occultent un des principes fondamentaux du droit d'auteur français : le droit moral.
Ainsi, sur les oeuvres audiovisuelles, il se trouve pas moins de 5 catégories de personnes considérées comme auteur et titulaire de ce droit (Art. L 113-7). Ce sont  l'auteur du scénario, l'auteur de l'adaptation, l'auteur du texte parlé, l'auteur des compositions musicales avec ou sans paroles spécialement réalisées pour l'oeuvre et le réalisateur.

Or l'article L121-5 édicte que "toute modification de [l'oeuvre audiovisuelle] par addition, suppression ou changement d'un élément quelconque exige l'accord des personnes mentionnées au premier alinéa", à savoir le réalisateur, les coauteurs et, le producteur. En outre, l'article L121-1 reconnait à l'auteur un droit au respect de son oeuvre.

Si le copyright anglo-saxon permet de modifier très facilement les oeuvres audiovisuelles, la réalisation de mashup d'auteurs français risque de donner des sueurs froides aux juristes.

Finalement, DADVSI aurait gagné à être rebaptisé : droit d'auteur dans la société de l'information mondialisée.

mercredi 20 septembre 2006

Web 2.0 et copyright

Dans la société de l'information, le droit d'auteur est le nerf de la guerre. Plus exactement le copyright. Car le copyright est un seul droit patrimonial, il ne s'embarrasse pas du droit moral des auteurs des oeuvres.

Le concept du web 2.0 a popularisé l'acronyme UGC ("User Generated Content") et une nouvelle valeur fiduciaire : la reconnaissance. Se basant sur la prophétie de Warhol, les sociétés les plus en vue du web 2.0 pillent allègrement les "oeuvres de l'esprit" des internautes, dont elles s'approprient les droits (à lire, l'article du jour du Guardian sur la détention des copyright dans le monde virtuel).

Pourtant, cette pratique, aussi appelée crowdsourcing, notamment pour les développeurs de logiciels, n'est pas propre à la netéconomie, cet impropre néologisme. Caveat Emptor avance deux hypothèses, l'une pseudo marxiste, l'autre multitudiste, qui ont toutes deux l'inconvénient d'être correctement dérangeantes.

Le seul tort - mais en est-ce un ? - que l'on puisse reconnaître à cette approche, et plus généralement au web lui-même, c'est de privatiser l'entiereté de l'espace public. En effet, la publication de contenu par le citoyen lui-même dans la sphère publique l'oblige à se conformer aux règles qui la régissent (la structure structurante), et le transforme de fait en auteur, affublé de toutes ses prérogatives. Ce faisant, en l'état actuel, soit il accepte ces règles, et bien souvent par méconnaissance il abandonne ses droits, soit il contourne ces règles au travers de nouveaux types de licence tels les Creative Commons.

Le web, qu'il soit 1, 2 ou 12, est un simple outil de mise en relation. Place de marché ou agora démocratique, il permet de s'affranchir des intermédiaires, qui n'ont de cesse de prouver leur valeur ajoutée. Un problème rencontré par les agences de voyage, les commerçants de toute sorte, les journalistes. Le système est chaotique et se met en place; lorsqu'il sera parvenu à une masse critique, il faudra bien le réguler.

 

vendredi 4 août 2006

Rentrée littéraire

DADVSI code, nouveau best-seller

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